‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 81 sur 177 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

homme que vous avez pour domestique, fait tout de bon la cour à Jenny Gottrau.

— Comment ? que voulez- vous dire ?

— Oh ! oui ; on les voit souvent ensemble , causer et rire, même après le coucher du soleil. Au reste, ça ne me regarde pas. Encore une fois, bonne nuit, madame Pasche. Je n'ai pas besoin de vous recommander le silence sur nos affaires ; je sais qu'on peut compter sur vous.

A rhorloge du village , dix heures venaient de sonner. Rosette alla prendre un châle déposé à l'auberge et dit à René que c'était l'heure de rentrer à la maison.

— Mais nous reviendrons ?

— Non, pas moi.

— Quel dommage! enfin, je dois vous obéir.

René plaça lui-même le châle sur les épaules de

Rosette, lui offrit son bras et s'en vint avec elle. Une lune douteuse , blanchâtre , éclairait à demi le ciel, voilé çà et là de nuages gris. En sortant d'une salle de bal, il faisait froid à la rue.

— Eh bien , Rosette , regrettez-vous d'être venue avec nous, — avec moi ? dit René en serrant un peu son bras sous le sien.

— Non, pas précisément ; j'ai eu du plaisir pendant quelques heures. Cependant , je crois que j'ai dansé aujourd'hui pour la dernière fois.

— Ne dites pas une chose pareille ! Pour moi , je n'ai jamais été si heureux que ce soir , ajouta-t-il ; et en disant cela , il entoura de son bras gauche la taille de Rosette, qui ne put l'en empêcher.

i68 DEUXIÈME PARTIE

— Vous m'avez promis de m'expliqaer ce qui avait pu faire de la peine à ma mère , dans un mot que je prononçai un soir, dit-elle en essayant, mais en vain, d'ôter le bras de René.

— Oui, je vous le dirai, à une condition.

— Laquelle?

— Celle-ci.

Et avant que Rosette pût se couvrir le visage d'une main, René lui avait pris un gros baiser, presque sur les lèvres.

— C'est lâche, ce que vous faites, René. Sachez bien que je n'y ai point consenti. Si vous abusez de votre force et de votre position de cette manière , je vous le déclare, il n'y aura jamais d'affection possible entre nous. Je veux pouvoir être confiante , où que nous soyons. Et respectée : entendez-vous?

— J'entends, oui. Rosette, j'entends comme un garçon qui revient de la danse avec une fille qu'il aime, et trop heureux pour ne pas le lui témoigner.

— Je n'ai pas besoin de ces témoignages. Voyons, expliquez-moi ce que je veux savoir.

— Eh bien, ce n'est pas une chose si terrible, après tout. Dans sa jeunesse, mon oncle aima une fille qui lui donna beaucoup d'espoir. Il alla à l'étranger pour se faire une position et revenir l'épouser ensuite. Deux ans plus tard , elle était mariée avec un autre, qui était riche et fut accepté en l'absence du premier. Mon oncle ne s'en est jamais consolé à fond. Comprenez-vous, maintenant ?

— Oui, sans doute. Qui était cette fille ?

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