‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 86 sur 177 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

et bourra le râtelier de Coco jusqu*au bord. Puis il revint à son logis, toujours plus excité par les désirs de là jeunesse. Pour mieux le vaincre par la convoitise, le démon fit passer devant ses yeux le charmant visage de Jenny Gottrau, avec toutes ses coquetteries. Connaissant Lothaire pour un petit danseur, René se dit que Jenny manquerait probablement de cavalier, ou tomberait entre les mains de garçons étrangers. Cela, il ne le permettrait pas ; son devoir était de ne pas Fabandonner ainsi, car Jenny était une amie qui le comprenait mieux que personne, mieux que Rosette, certainement. Elle était d'ailleurs dix fois plus jolie.

Soufflant sa lampe, René sortit de la maison sur la pointe des pieds. Un remords le prit lorsqu'il fut k la cour. Il s'assit sur le banc placé contre le mur et leva les yeux vers la fenêtre de Rosette. Le rideau de mousseline était tiré devant les vitres, mais sa transparence laissait voir la lumière, à l'intérieur. René toussa un peu fort^ dans l'espoir que le rideau s'entrouvrirait et qu'on lui dirait quelque chose. Qui sait! Rosette, après réflexion, se déciderait peut-être à revenir au bal avec lui? Il lui ferait des excuses, et elle lui rendrait ses bonnes grâces comme dans l'aprèsmidi. De nouveau il toussa, encore plus fort. Le rideau non-seulement ne bougea pas, mais devint terne et sombre. La lumière ne lui envoyait plus aucun reflet; elle était éteinte.

A ce moment, des pas d'hommes se firent entendre dans le chemin. Lothaire et Villioud se trouvèrent là pour enlever les derniers scrupules de René. Ils ve-

naient s'informer de ce qui le retenait loin de la danse

— Pschtl plus bas 1 leur dit-il en les interrompant au premier mot. Marchons sans bruit. Nos dames sont fatiguées ; il ne faut pas troubler leur sommeil.

— A la bonne heure, reprit Villioud quand ils furent à quelque distance de la maison; mais que diantre faisais-tu tout seul sur ce banc?

— Je songeais, ne te déplaise.

— Eh bien, danse maintenant !

Ce fut ainsi que Léon Villioud de la Yaraude appliqua la morale de là fable. Au reste, malgré ses belles pensées et ses beaux vers, Lafontaine en faisait bien autant, si ce n'est pis encore.

— As-tu soupe? demanda Lothaire à René.

— Sans doute, il y a demi-heure. Et vous?

— Non, pas encore. Je vais emmener Léon à la maison ; veux-tu te charger de faire danser Jenny en mon absence?

— Parfaitement; je suis libre.

— Après, on se reverra. Va, mon brave. Si Jenny ne danse pas, tu la trouveras sur le banc, à gauche, où je lui ai dit de m^attendre un moment. Elle sait que je suis venu te chercher.

René fit donc sa rentrée au bal vers les onze heures. Jenny eut l'air de se faire un peu presser, bien qu'elle fùX très contente d'avoir René tout à elle pour le reste de la soirée. Elle s'informa de Rosette et pourquoi elle n'était pas revenue. Pour un rien, René lui eût avoué ce qui s'était passé entre eux, mais il sut pour-

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