‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 89 sur 177 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

vais ; mais, dans le temps actuel et par le relâchement général des mœurs, elle est la cause d'une démoralisation effrayante. En ces choses-là, laisser faire et laisser passer, c'jestla ruine morale d'une génération, qui raine la génération suivante. Pourquoi ces réunions durent-elles toute la nuit? Pourquoi, dès les dix heures du soir, la salle du bal n'est-elle pas fermée par ordre de l'autorité, et le cabaret clos? — Il faut, dit-on, que les jeunes gens s'amusent et que le vin se vende. Réponse de brute humaine. Oui, les jeunes gens ont besoin de délassements extérieurs; et, oui aussi, le vin est fait pour être bu : mais le tout avec mesure et sagesse. Faut-il absolument que la jeunesse soit livrée à elle-même et à toutes ses passions? Le vin doit-il être englouti, servir à tuer l'homme au lieu de lui donner des forces ? Et parce que la chaleur est une bonne chose quand il fait froid, en résulte-t-il qu'on doive mettre le feu à sa maison ?

Pères et mères, qui lâchez la bride à vos enfants, ou fermez les yeux sur les écarts qu'ils se permettent; et vous, législateurs ou fonctionnaires qui, sous prétexte de liberté publique ou particulière, ne mettez aucun frein à une telle licence, vous amassez les charbons ardents qui nous consumeront un jour. On ne sort d'un tel état que par une sainte frayeur en temps utile, ou par une catastrophe qui ne laisse après elle que des ruines et des débris.

11 faut bien le dire aussi : le mauvais exemple est souvent donné de haut, parfois de tout haut, en ce monde. C'est alors comme un air empoisonné

qui souffle sur les masses et les infeste de son venin. Que dire à de simples campagnards pour les retenir, pour les rendre modérés dans l'usage des plaisirs et des jouissances matérielles, quand les villes fourmillent d'établissements publics destinés aux consommateurs oisifs , et qu'elles contiennent des lieux de corruption où l'on vend son corps et son âme au premier venu ! Que leur dire encore, lorsque la richesse vraiment stupide s'étale au soleil, toute galonnée et encocardée^ en présence des haillons et des besoins urgents de la pauvreté! quand chacun ne songe qu'à s'enrichir le plus et le plus tôt possible ! Ah ! le mal est grand partout, et beaucoup plus encore dans les hautes classes de la société que dans les rangs des habitants des campagnes ; il faudrait un retour à ce qui est modéré, juste et sage. Partout il faudrait que le cœur s'attachât au bien, à la source du bien, au Dieu de sainteté dont nous sommes les créatures. Hors de là, point de salut pour une nation. République ou monarchie, quand son heure est venue, elle périt.

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