‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 90 sur 177 · PAR LS CHEMIN · texte numérisé non relu

PAR LS CHEMIN

Le lendemain, Rosette se leva la première dans la maison. Sa mère avait eu de la peine à dormir, ce qui, au reste, lui arrivait souvent. Ne venant que tard, le sommeil était d'autant plus fort et plus nécessaire. La proposition de JuUiard avait préoccupé la veuve, bien qu'elle l'eût à l'instant repoussée et qu'elle fût sûre de la réponse de sa fille, môme avant de lui en parier. Quoique maniant beaucoup d'argent, les Julliard n'étaient pas très estimés au village ; on ne se fiait pas à eux, et leur genre de vie était trop décousu pour plaire à une femme qui aime à vivre en famille. Comme son père, Jean-Jules Julliard courait les foires, ou disparaissait subitement pour trois ou quatre jours, sans qu'on sût où il allait. On les voyait ensuite revenir avec un troupeau de vaches, ou quelquefois tout seuls,

ayant vendu leur bétail en chemin. Au retour, ils s'informaient à peine de la santé de la mère, quand elle vivait, et des autres enfants ; mais bien de ce qu'on avait fait en leur absence, et si des acheteurs s'étaient présentés à Técurie. Suivant ce qu'était la réponse sur ce dernier point, l'un des deux repartait bientôt dans une direction nouvelle. Un jour, le père était à Bulle ; le jour suivant, c'était le fils qui se rendait aux Ormonts. Ces deux hommes étaient partout et nulle part, toujours occupés de vaches, dont ils possédaient une statistique des plus complètes. S'ils n'étaient pas membres de la société pour la protection des animaux, on peut être certain qu'à eux deux ils en constituaient une pour l'achat et la vente des animaux. C'était là leur tout, leur vie.

Rosette, non plus, n'avait pas bien dormi. Elle avait parfaitement compris que René voulait retourner danser et s'amuser ; mais elle était loin d'imaginer qu'il fût capable de l'entraînement auquel il n'avait pas même essayé de résister.

Elle mit la maison en ordre et fit le déjeuner. Bientôt sa mère arriva. Elles prirent leur café dans la cuisine, pendant que René sifflait vers la fontaine, en faisant boire le cheval. La veuve raconta lajvisite du père JuUiard et ce qu'elle lui avait répondu.

— Tu aurais bien dû répondre en même temps pour moi, dit Rosette. Vraiment, ces Julliard nous achète» raient presque comme du bétail. Ils se trompent, s'ils croient que je voudrais d'une vie pareille. Au reste, celle que René me ferait, si je devenais sa femme, ne

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