‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 91 sur 177 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

vaudrait guère mieux, tant qu'il sera le môme. Il faut absolument lui dire de se chercher une place ; dès qu'il Faura trouvée, il nous quittera. Nous prendrons alors un homme déjà sur l'âge, qui ait été domestique et auquel tu confieras la direction de nos ouvrages de campagne. Avec des ouvriers dans les temps de presse, nous nous tirerons aussi bien d'affaire que si nous conservions René. D'ailleurs, il est devenu impossible pour moi dans la maison. J'en suis bien fâchée pour son oncle, qui m'inspire de l'afTection et beaucoup de respect.

— René s'est-il mal comporté à ton égard hier au soir?

— - Oui et non. Je préfère ne pas entrer dans les détails. Qu'il aille aussi à l'étranger et en revienne avec de meilleurs sentiments; je verrai alors ce qu'il sera possible de faire pour lui. Parles-en à son oncle, qui l'avertira de notre décision.

— Ah! quelle pénible commission tu me donnes! Nous allons nous trouver dans un grand embarras. Au moins, il faut que René reste ici jusqu'à ce que nous ayons trouvé un remplaçant qui nous convienne. Astu l'idée de quelqu'un ?

— Non ; nous chercherons.

— Voilà Charles Maubert seul maintenant ; peutêtre serait-il bien aise de se placer.

— Charles Maubert conduirait très bien nos affaires; mais il est du même âge que René. Tu sens aussi bien que moi les inconvénients de la présence d'un jeune homme dans la maison.

— C'est vrai. Il nous faut un domestique de quarante à cinquante ans. D^ailleurs, le pauvre Charles ne tardera pas trop à se marier. Dans sa position, il a besoin d'une femme.

— Je me demande parfois, depuis quelques jours, si M. Amy Lorand ne se mariera pas. Il peut très bien y penser encore ; une femme serait si heureuse avec lui.

— Ah I je ne crois pas qu'il pense à se marier, dit la veuve, en prenant les deux tasses pour les mettre sur l'évier. Au reste, tu te souviens de ce que nous disions à ,ce sujet, peu de temps après son retour à Croset.

René, qui montait l'escalier, ouvrit la porte et vint prendre son déjeuner. Il avait les yeux gonflés, les traits fatigués et durs, l'expression d'un homme qui manque de paix intérieure.

— Bonjour! comment cela va-t-il ce matin ? dit-il d'un air assez dégagé.

— Assez bien ; et vous? répondirent la mère et la fille presque en même temps.

— Oh 1 moi, ça va comme les gens qui ont des regrets.

— Tant mieux, dit Rosette. Vous êtes ressorti, hier au soir?

— Oui. Lothaire et Villioud sont venus me chercher. Il m'a fallu affirmer que vous étiez trop fatiguée pour revenir à la danse, quand même ce n'était pas la principale raison qui vous retenait ici.

— Vous auriez pu dire simplement que j'étai^ déci-

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