‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 93 sur 177 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

VOUS avez oublié comment on se traite sans conséquence dans nos amusements de jeunes gens.

— C'est possible, dit Rosette. Je n'ai, du reste, aucun souvenir à cet égard. J'ai été si peu aux fêtes de la jeunesse avant la mort de mon père I Et maintenant, comme je vous l'ai dit hier au soir, je crois que j'en fais partie aujourd'hui pour la dernière fois.

— Certes, si c'était pour devenir ma femme, je ne demanderais pas mieux que d'y renoncer avec vous. Combien nous serions heureux 1

— Nous parlerons-de cela avec ma mère, sans trop tarder ; car nous avons pris une décision à votre sujet pour l'année prochaine. Ici, causons d'autre chose.

René, à ce propos, devint tout pensif, soit qu'il eût compris qu'il devrait quitter la maison pour éviter tout bruit de langue dans le village, soit que sa conscience lui rappelât sa conduite de la nuit dernière avec Jenny. Dès ce moment, il ne répondit que par des monosyllabes évasifs aux questions de Rosette, ou aux observations qu'elle faisait sur les objets remarqués en marchant.

La campagne était morte, entièrement dépouillée. Vus de loin, les bois montraient leur robe rousse d'hiver. Seuls, les champs de blé gardaient une teinte d'un vert sombre : on voyait que, peu à peu, ils s'étaient durcis au contact des gelées et de la bise, afin d'être en état de supporter l'hiver sans périr. Çà et là, dans les prés jaunâtres, une draine sautillait, grattant le gazon ou cherchant des insectes sur les taupinières fraîchement élevées. Immobile sur son perchoir et la

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tête bien enfoncée dans les épaules, une buse brune digérait lentement quelque infortuné mulot surpris au bord de son trou.

Arrivés au village où ils se rendaient, les jeunes gens firent une station à Tauberge, puis revinrent chez eux par un autre chemin.

Gomme Rosette et René continuaient à parler très peu, Cornélie, qui marchait devant eux avec Jean- Jules JuUiard, se retourna une fois et leur dit :

— Je crois vraiment qu'on vous a coupé la langue, à vous deux. Est-ce que vous boudez?

— Pas du tout, répondit Rosette, mais René est peut-être fatigué. Il a dansé bien plus longtemps que moi la nuit dernière. Si je lui fais une question, il me répond oui ou non, sans rien ajouter de pius intéressant.

— Il est malade, le pauvre garçon. Si ça ne te fait rien. Rosette, changeons de place pour un moment. Jean-Jules , offrez votre bras à Rosette Pasche , et toi, mon pauvre René, prends le mien : je te soutiendrai.

— Très volontiers, dit JuUiard ; mais nous reprendrons nos rangs dans le troupeau, avant d'arriver à Groset.

— Il me semblait bien, dit Cornélie, que mon compagnon devait parler d'un troupeau. Jean-Jules aime avant tout les vaches : si j'avais été vous, mon ami Jules, je me serais attaché une sonnette au cou.

— Les vaches, ma chère amie, répliqua le maquignon avec un sourire, ont bien leur mérite; mais une

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