‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 95 sur 177 · YXSITE A LAUSANNE ET CHEZ ROSETTE · texte numérisé non relu

YXSITE A LAUSANNE ET CHEZ ROSETTE

Pour les garçons de Groset , la deuxième nuit de la fête ne valut pas mieux que la première , et même on peut dire que, pour plusieurs d'entre eux, elle fut plus mauvaise encore. La danse dura moins longtemps, mais la buvaille se continua fort tard. Le bal terminé, chacun d'eux enfila sa blouse sur le gilet, en place d'habit plus chaud ; ils étaient ainsi à l'aise, dans Tatmosphère ardente de la chambre à boire. Rosette n'attendit pas même, pour se retirer, que dix heures eussent frappé à l'horloge ; elle profita d'un moment de liberté et revint seule chez elle. Délaissée encore une fois par Lothaire et remise aux soins de René, Jenny accusa ce dernier de l'avoir négligée aussi , depuis la soirée précédente, pour s'occuper uniquement de Rosette , qui maintenant n'avait plus l'air de se

soucier de danser avec lui. La jalousie, ou la frayeur de voir René lui échapper, agitait le cœur de la jeune fille. Elle en pleura lorsque , vers minuit , René l'accompagna de nouveau en faisant un tour de village avec elle. Il ne lui fut pas difficile de la consoler, sans toutefois lui promettre de l'épouser quand il pourrait s'établir. Courtiser une jolie fille dans la solitude, à une telle heure, sans prendre aucun engagement sérieux pour l'avenir, cela lui paraissait chose très naturelle. Ces agréables moments écoulés , il n'y pensait plus et se retournait alors du côté de Rosette, dont la position de fortune lui convenait cent fois mieux que celle de Jenny. La simple bonne foi, la simple honnêteté de conscience , n'allait pas plus avant que cela dans son caractère. Et il y a des filles assez inconséquentes, assez insensées, pour écouter les propos de garçons pareils et y prendre plaisir! La séduction du péché leur plaît et les attire. Malheur à celles qui ne voient pas ou ne veulent pas voir l'abîme ouvert devant elles !

Le troisième jour de la fête ne fut qu'une orgie pour les garçons. Il restait encore du vin et des provisions ; malgré cela, on fit une tournée dans le village avec des paniers, des arrosoirs, même avec une brante, pour quêter tout ce que les mères de famille voudraient bien donner. Les filles avaient repris leurs vêtements ordinaires et leurs occupations , tandis qu'affublés de costumes dégoûtants et la figureavinée, les garçons se livraient à de véritables saturnales. René suivait la bande aussi , mais sans avoir rien d'extravagant.

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