‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 97 sur 177 · CHAPITRE xvn · texte numérisé non relu

CHAPITRE xvn

sur le moindre espace de terrain qui Tentoure ou qui, dans Tintéheur de son enceinte, n'a pas encore reçu sa dernière destinatioir. Toutes deux ont leur vie à part, comme leur accent différent , leurs doctrines et leurs tendances. Dans l'une, le Rhône coule à pleins bords en été; grâce aux machines hydrauliques le lac fournit à qui en veut des fontaines artificielles ; — dans l'autre , on va chercher à grande distance Teau de source qui jaillit des rochers.

Au retour, Âmy Lorand et Charles Maubert descendirent, le soir, à l'une des petites gares qu'on trouve sur la route ; puis, par différents chemins de traverse, tantôt dans les champs et les prairies, tantôt directement, d^un village à l'autre , ils arrivèrent chez eux vers neuf heures, bien plus satisfaits 'de leur journée que ne pouvaient l'être ceux dont la voix se faisait encore entendre au cabaret, soit dans des chansons d'ivrognes, soit dans un bourdonnement criard et tapageur.

Le lendemain , la fête était terminée. Il ne restait plus que le compte à régler entre l'aubergiste et les garçons; mais cela se faisait un autre jour.

Dans la matinée , Âmy Lorand vint faire une visite à t/L'o» Pasche et à Rosette. Il les trouva dans la cuisine , la mère préparant le dîner, la fille cousant vers la fenêtre. Elles le reçurent avec plaisir; Rosette, en particulier , lui tendit la main avec sa bonne grâce accoutumée.

— Je viens, lui dit-il , m'informer de vos nouvelles après les deux ou trois jours d'amusements auxquels

VOUS avez participé avec René. Vous n'avez pas l'air trop fatigué, Rosette?

— Je l'aurais beaucoup* plus si j'avais passé une grande partie de la nuit à danser , comme les autres filles; mais je suis revenue de bonne heure à la maison y déjà dimanche ; lundi, je n'ai fait qu'une courte apparition au bal , et hier , je n'avais plus à m'occuper de la fête.

— J'en suis bien aise pour vous. Et votre impression de tout cela, Rosette ? que vous en reste-t-il ?

— Il m'en reste , monsieur Lorand , que j'aurais mieux fait de n'y pas aller du tout , malgré le plaisir que j'ai eu d'abord à m'y retrouver. C'est peut-être la faute de mon caractère, mais je sens que je ne suis plus faite pour 'des réunions pareilles. Je ne puis y être à l'aise avec ma conscience, et je crois que je n'y retournerai plus à l'avenir.

— Dieu veuille fortifier en vous cette pensée ; c'est une lumière à laquelle il faut être fidèle ; pour vous, elle ira en grandissant, si vous ne cherchez pas à l'éteindre. Je serais heureux de voir mon neveu partager la même conviction. Tâchez de l'y amener; vous avez , vous pouvez avoir sur lui une bonne et sérieuse influence.

— J'ai peur que vous ne vous fassiez des illusions à cet égard, monsieur J^orand. René me paraît^ au contraire, bien décidé à ne suivre que ses propres conseils.

— Comment donc ?

— Oui, ma mère et moi, nous l'avions fortement en-

Page 1