‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 98 sur 177 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

gagé, dimanche au soir, à ne pas retourner au cabaret depuis dix heures, après mon retour avec lui à la maison. Mais bientôt il a quitté sa chambre , et n'est rentré que le matin.

— Et vous lui aviez demandé ... ?

— Nous ne lui avions rien demandé, dit M">« Pasche; nous lui avions simplement conseillé d'aller se reposer dans son lit. Au lieu de nous écouter , il a préféré suivre deux compagnons qui sont venus l'appeler ; et il a dansé le reste de la nuit avec Jenny Gottrau , qu'il a même reconduite deux fois chez elle.

Âmy Lorand poussa un soupir ; au bout d'un moment il dit^ comme se parlant à lui-même :

— Je crois qu'il sera bon à René d'aller en service un peu loin d'ici.

— C'est ce que ma fille pense aussi ; nous voulions justement vous en parler. Comment pourrait-on faire, d'abord, pour lui dire cela sans le choquer, et ensuite^ pour le remplacer convenablement chez moi? J'ai tellement l'habitude de le laisser faire , il conduit tout si bien, que je crains de ne trouver aucun domestique aussi intelligent et aussi actif.

Rosette ne disant rien, Amy reprit :

— On peut trouver un bon domestique , plus âgé que René. Pardonnez-moi , Rosette , si mes paroles ont quelque chose de trop direct en ce moment ; mais il s'agit du bien moral et religieux de mon neveu , du seul neveu que j'aie ; et il s'agit aussi de votre repos d'esprit, ma chère enfant. René dit qu'il vous aime, qu'il vous appartient du fond du cœur. Je ne sais ce

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que vous en pensez vous-même , et je ne vous le demande pas aujourd'hui ; mais il faut que René vous prouve son affection d'une tout autre manière qu'il ne l'a fait l'autre soir. Probablement, il n'est coupable que d'un caprice, d'une bouderie peut-être, qu'on peut pardonner dans son cas. Le regret de ne pas vous ramener à la danse l'aura exaspéré, et il a cédé à un mouvement d'orgueil qui est dans son caractère.

— C'est possible, dit Rosette avec abandon; je ne lui en veux pas pour cela ; Dieu me garde d' une telle rancune ! À cause de vous, monsieur Lorand, j'aurais voulu pouvoir m'attacher à René, car vous m'inspirez toute confiance et une respectueuse affection ; mais cet attachement n'est pas venu, ne vient pas, et, je dois le dire enfin , ne viendra peut-être jamais. Entre votre neveu et moi , entre son caractère et le mien , il y a dps différences trop grandes pour que nous puissions nous comprendre et vivre de la même vie. Peut-être un séjour loin d'ici lui sera-t-il utile. En tout cas, puisqu'il vous a mis au courant de ses intentions à mon égard , je demande qu'il quitte la maison et le service de ma mère, dès que cela sera possible pour lui et pour nous.

— Je vous comprends pleinement et je vous approuve , malgré le chagrin que cela me cause. Madame Pasche, voulez-vous parler à René, ou dois-je le faire?

— Oh ! oui , s'il vous plait , parlez-lui vous-même. Mais il ne nous quittera pas avant d'être placé, et

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