‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 99 sur 177 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

seulement lorsque nous aurons un domestique. Il faut que nous restions bons amis.

— Si je ne le vois pas dans la journée, reprit roncle, dites-lui de venir un moment chez moi ce soir. Rosette, dit-il encore en se levant , je vous prie de faire pour lui ce qui vous sera possible. Je ne vous cache pas que je verrais avec joie votre affection naître et grandir en sa faveur. Qu'il sache s'en montrer digne ! Ah ! si seulement il voulait tourner son cœur vers Dieu !

— Oui, et moi aussi, dit Rosette avec sérieux ; c'est ce qui nous manque à tous deux.

— Quand on le reconnaît sincèrement comme vous le faites , on n'est plus si éloigné du royaume des cieux , pour me servir d'une image de la Bible. Veuille le Seigneur vous y introduire l'un et Tautre !

En écoutant ce souhait presque paternel , la veuve laissa couler quelques larmes.

— Il faut remettre tout à Dieu, madame Pasche, ajouta-t-il. Gela se fera, si c'est sa volonté ; sinon, nous tâcherons vous et moi d'accepter ses dispensations, qu'elles qu'elles soient.

Ayant terminé l'entretien de cette manière , Amy Lorand reprit le chemin de sa maison.

— Quel excellent et digne homme ! dit Rosette à sa mère quand il fut parti. Ah ! certes, il mériterait bien d'être heureux , lui ! Si René voulait marcher sur les traces de son oncle, suivre ses conseils, je serais bientôt décidée en sa faveur. Mais René a une mauvaise tête, et je crains toujours qu'il ne cède à de grossiers

penchants. Enfin , à la garde de Dieu ! Le plus difficile pour nous est fait.

— Ecoute^moi, Rosette , fit la mère d'une voix très peu ferme , je t'ai déjà dit une fois que tu devais mesurer tes expressions à l'égard de M. Amy Lorand. Quand tu lui parles , c'est une raison de plus pour t'observer. Gomment peux-tu dire en face, à un homme encore en âge de se marier, que c'est à cause de l'affection qu'il t'inspire que tu te sens bien disposée en faveur de son neveu ? Cela, c'est une grande imprudence. Si vous rompez, René et toi, comme j'ai le sentiment que cela arrivera, son oncle est bien capable de demander ta main. L'accepterais-tu?

— Non, ma mère. M. Lorand est d'une génération qui précède la mienne ; il doit marcher avec son âge et moi avec le mien. Scissure, au reste, qu'il ne pensera jamais à moi pour sa femme. Si René fait un mariage qui lui plaise , M. Amy restera vieux garçon. Dans le cas contraire , oui , il peut encore se marier, mais pas avec moi. Si jamais il t'en parle, dis-lui seulement cela, sans aucun détour.

A midi , René arriva des bois pour dîner. 11 avait l'air ennuyé , comme les gens qui ont le sentiment d'avoir mal employé les journées précédentes. Rosette vit qu'il suffirait d'un mot mal reçu pour le iaâve sortir des gonds, aussi fut-elle avec lui plus prévenante qu'à l'ordinaire ; elle essaya même de lui parler avec une sorte d'amitié. Vraiment , elle commençait à le plaindre. René, au contraire, fut presque bourru.

— Il fait un froid de chien, dit-il. Un homme seul

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