SEIGNEURIE DE ROSNY
André du Chesne, historiographe du roi Louis XIII, dans son Histoire généalogique de la Maison de Béthune, s'exprime ainsi sur Rosny : ^ Rosny est une ancienne et « célèbre seigneurie tenue du Roy, à cause de sa comté « de Mante; elle a été possédée premièrement par des « seigneurs qui portoient le surnom de Mauvoisin. Mais « les filles de leur Maison prenoient ordinairement celuy « de Rosny. Entre lesquelles Ide de Rosny fut mariée « avec Jean III, comte de Dreux, seigneur de Montpen- « sier, prince du sang royal. Le dernier de ces seigneurs tt fat Guy Mauvoisin V, du nom de seigneur de Rosny, « fils de Guy Mauvoisin IV et de Laure de Ponthieu, « fille de Jean de Ponthieu, comte d'Aumale, qui estoit tt petit-fils de Jeanne, comtesse de Ponthieu, reine de tt Gastille et de Léon, et petite-fille elle-même de tt Louis VII, rov de France. ^
C'est dans le cartulaire de Tabbaye de Coulombs (Eure-et-Loir) que nous avons trouvé mentionnée pour la première fois, en 1070, la seigneurie de Rosny, dans
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lu personne de Raoul Muuvoisin, surnommé le Barbo. seigneur de Hosny.
Ce Huoul MiMivoiïfin, avee les sei{peurs de Jouy, de Septeuil et plusieurs nobles chevaliers de Mantes, avait pris les armes, à l'appel de Philippe 1", roi de France, i'ontre Cruillaume le Conquérant, roi dWngleterre et duc de Normandie.
Pendant la nuit, ils passaient la rivière de TEure à la tête de bandes armées, et rava{;eaient les terres do comté d'Évreux, enlevant les trou|»eaux, saccageant les moissfms, pillant les villages. La vengeance de Guillaume le Conquérant devait être sans pitié |K>ur Mantes, et terrible pour tous ses environs.
Le moine Orderic Vital, historien très apprécié, mort en 1 1 50 à l'abbave de Saint-Évroul en Normandie, a raconté Tépisode de la prise de Mantes par Guillaume le Conquérant, épisode qui est resté un des plus tragiques du moyen âge, et dans lequel se trouve mêlé le nom du premier seigneur de Rosny.
u I/ancienne haine entre les Normands et les Français u s'étant renouvelée, Tincendie des guerres se ralluma, u II en résultai malheureusement pour les clercs et les u laïques une très lourde affliction de dommages. Car
- Hugues de Septeuil, vicomte de Mantes, Raoul Mau-
- voi>^iii, seigneur de Rosny, et d'autres de la garnison
- de Mîintes, s'insurgèrent contre le roi Guillaume, et ' îi\;iiit réuni une» bande considérable de brigands, ils c fil «ni |ibj)rieurs incursions en Normandie. Ils tra-
de Garlande et de Livr\-, sénéchal de France, duquel descendait, au quatrième degré, Robert de Garlande, surnommé Mauvoisin, qui fut le chef de la maison des Mauvoisin-Rosnv.
Mais avant d'appartenir aux Mauvoisin, Rosny formait-il déjà une seifjneurie distincte, ou bien était-ce un simple fief relevant de quelqu'un des grands domaines seigneuriaux de la contrée?
Nous penchons pour cette seconde hypothèse, car s'il y avait eu d'autres seigneurs de Rosny, avant les Mauvoisin, nous avons peine à croire qu'il ne s'en retrouve pas trace, ne serait-ce que dans les cartulaires de l'abbaye de Saint- Wandrille, qui eut des possessions importantes à Rosny dès le huitième siècle.
D*autre part, avant Raoul V Mauvoisin, aucun membre de cette famille ne prend le qualificatif de seigneur de Rosny, que tous ses descendants directs, jusqu'à Guy Y Mauvoisin, revendiqueront et ajouteront à leur nom patronymique.
Tout porte donc à penser que c'est réellement Raoul Mauvoisin, dit le Rarbu, qualifié premier sire de Rosny par du Chesne, qui commença, vers lemilieu du onzième siècle, la longue et brillante lignée des seigneurs barons de Rosnv.
Quatre seigneurs du nom de Raoul se succèdent de père en fils et remplissent tout le douzième siècle.
Bien (|ue nous n'ayons que très peu d indications sur ces premiers Mauvoisin, la seule inspection de leur bla-
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que seinbU' devoir être attribuée la création âe la première école |irimaire établie à Ro>uv: car, ain»i qnenonf le verrons au chapitre suivant, une des clan«ef de IVtabli^senient ilu niona^^tère de Saint-Antoine, dont il fut le fondateur. [>ortait l'obligation |ionr left religieu^ses d'a|fprendre à lire, a écrire et a prier aux enfants du village.
Il avait troi> frères : Pierre. Raoul et Robert.
Pierre Mauvoi^in. chevalier banneret, seigneur do fief de Mi»n>^eau\. ^e couvrit de gloire à la bataille de Boovines. Trente an^ plu^^ tard, voyant son neveu Gu%' II Mauvoi>iii ^e di^po>er a |Mirtir en Terre sainte, â la suite de Loui^ IX. il >entit sa vieille ardeur guerrière se réveiller; iiial[;n' ?e> soixante ans. il s'embarqua â Aîgues- Mortes pour la cn»i>ade. L'empereur Baudouin II le prit en si {grande estime. «|u*il demanda à saint I^nis la faveur de le ;;arder a <^oiistanttnople. Un reçu de lui que nous avons retrouvé aux Archives nationales, nous apprend que pendant son séjour lâ-l>as, il prêta deux cent quarantecin([ livres a l'impératrice Marie. Cette somme lui fut restituée, en mai lâi9, par T intermédiaire de la reine Rlanclie : le reçu est rédigé en latin ; en voici la traduction : - Moi. Pierre, de Rooni. fuis savoir â tous ceux qui
- verront les présentes, que j'ai reçu de trê» haute
- dame lUanche. reine de Fnmce. par le ministère
- dÉlienne «le Montfort. clerc en la maison de THôtel- ^ Dieu de Paris, trésorier de ladite dame et Reine* deux
- cent quaranle-i'inq livres parisis à moi dues, à titre . de prêt, par trt-s illustre dame Marie, impératrice de
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chevaliers (|ui se distinguèrent le plus vaillamment aux côtés de Louis IX, à la bataille de Taillebourg (1242). Il suivit plus Uu*d le saint Roi dans ses deux croisades contre les infidèles.
La foi et la vaillance étaient héréditaires chez les Mauvoisin ; aussi rien d'étonnant que dans une entreprise comme celle-là, qui avait pour objet de venger l'honneur chrétien et où, par conséquent, avec sa bravoure de soldat, il apportait toute son àme de croyant, rien d'étonnant qu'il se soit signalé par des prouesses auxquelles Joinville, si sobre d'éloges, rend un bel hommage dans ses Mémoires.
De son mariage avec Agnès de Pinqueny, sœur de Gérard, vidame d'Amiens, il eut un fils, Guy III Mauvoisin, seigneur de Rosny, dont il est fait mention dans le Cartulaire de l'abbaye de Saint-Denis, à propos d'une redevance assez singidière. Il s'engage à donner, tous les ans, aux religieux de l'abbaye, pendant la grand'messe du jour ou de la vigile de Saint-Denis, soit un cerf, une biche ou un sanglier salés, soit une laie fraîche, au choix de l'abbé, à la condition qu'on lui garderait, dans les archives du monastère, une charte qu'il venait d'obtenir du roi Philippe le Hardi, confirmative de l'établissement de sa forêt de hi Villeneuve-en-Chevrie.
Voici la lettre de Guy III Mauvoisin, doublement intéressantc comme monument de la langue française et des usages à cette épocpie :
« A tous ceux qui ces présentes verront et orront» Guy
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tt nus qui avoient appartenu à ses père et mère en bail-
u lant et appaisant chacun an ses aultres frères et sœur
tt de la porcion qu'ils y dévoient avoir. » [Advertissemens
touchans la terre de Rosny4ez^Mantes . — T. CLXXIV,
Archives nationales.)
Guy V Mauvoisin mourut sans avoir eu d'enfant mâle ; les biens furent alors partagés entre ses frères et ses trois filles. Aux termes de ce partage, nous constatons que les Mauvoisin, outre leur terre seigneuriale de Rosny, possédaient Apremont, Fontenay, Vétheuil, la Villeneuve-en- Chevrie et un certain nombre de fiefs situés en Normandie et en Artois.
La seigneurie de Rosny échut au chanoine Amaury Mauvoisin; celui-ci la céda, au bout de cinq ans, à sa nièce Béatrix de Rosny, moyennant une somme de trois mille florins d'or.
Vente par Amaury Malvoisin de sa terre de Rony à Béatrix de Rony, sa nièce, (^8 avril 1365.)
Ci A tous ceulx qui ces lettres verront, Philippe de
tt Magnanville, garde du scel des obligacions du vicomte
tt de Rouen, salut. Sachez que par devant Nicolas
tt Le Mestre, clerc tabellion, juré des lettres obligatoires
tt dudit vicomte, fiit présent en sa propre personne noble
tt homme Almaur>^ Malvoisin, seigneur de Rony, lequel
H bien avisé et conseillié, de sa voUenté, sans erreur,
tt induccion, contraincte à ce faire qui ensuit, mais meu
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