ROSS! M
tiact et sans méthode. Un professeur de musique de Bologne, Angelo Tessei, offrit à ses parents de le prendre gratis dans son école, persuadé que cet élève lui ferait honneur.
Il ne se trompait pas.
Joachim sut. en quelques mois, les règles du chant et lit sur le piano des progrès rapides.
A la cathédrale, oij il allait parfois chanter des solos de .soprano, les chanoines, émerveillés de sa gentillesse et de sa belle voix, ne manqnaient jamais, à la fin de loffice, de lui glisser dans la main quelques paoli. que le petit virtuose allait croquer en friandises.
Il sortit do lécolo d'Angolu Tessei à
HOSSIM. !.!
làge do (iiiâtorze ans. nyruit ik-jn la ro nommée d'un accompagnateur très-habile et d'un lecteur de premier ordre.
Son père, au lieu de perfectionner ce talent précoce, lexploita sur-le-champ, pour augmenter le bien-être de sa famille. Gioacchinorentradans la troupe nomade, non plus en qualité de deuxième cor, mais avec le titre pompeux de chef des choristes.
Il avait des appointements très-passables.
On fit, pendant la saison de 1807, une tournée lucrative, en courant les foires de Sinigaglia. de Forli. de Lugo et de Ferrare.
- Le jeune homme devait, l'année suivante, passer premier ténoi'.
, , nossiM-
■ Mai< on avail compté sans la mue cfni
é.eignit subitement jusqu'à la dernière note de sa voix.
on essava de lui confK'r la direction des orchestres et de lui faire tenir le piano pendant la représentation. Malheureusement il manquait delexpérience etdelafermeténécessaires à cet emploi.
lUut obligé de redevenir simple exécutant et de jouer de la trompette.
AU diable le métier !s'écria-t-il un jour. rinmHu-io,i y renonce I
Et pourquoi? lui dit son père.
Possiedi tu délie rendue, Ki-xniesven-
tes?
Non;mais je veux être compositeur.
ROSSINI. lo
— Imbécile ! cria Joseph Rossini J'urieux.
Ce disant, il administra au pauvre jeune homme un coup de pied trèsrude, à l'endroit où le dos change de nom, comme diraient Alcide Tousez et ce bon M. Janin.
— Va donc, disgraziato'^! lui criat^l. Tu aurais pu devenir le premier trompette de Naples, et tu ne seras que le dernier compositeur d'Italie.
Presque tous les pères des hommes célèbres les ont encouragés, au début, de cette façon touchante.
Une riche famille de Pesaro ne crut pas à la science prophétique de Joseph
^ Malheureux !
uossini. el la cmulesso Oly.mna Pcri,- ,,,UeaneveuverempUeaeséaucuons
daigna soccaper de 1 aven.r de G.oac
euino. qui entrail alors dans sa sememe
année. Elle oblint son admission imme-
mate au lycée de Bologne, dans la classe
decomre-pointdupèreSunislaoMaUe..
Notre ivcéen venait passer tous ses jours de congé dans la villa de ses protecteurs, n y retrouvait la cUarn an veuve, dont iceil noir alluma chez. lu. le
premier feu de la passion.
Oivmpia chantait avec l'élève du père'Matlei des air^ de Don Ju u
Uenir. ou Ivcee. Joachim travailUui
i()peias.ieMo7.a.tot.rHHy.ln.
HOSSI.XJ. 17
nvec ardeur et persévérance, afin d'arriver lui-même à écrire de la musique pour la divine comtesse.
Le 11 août 1808. elle trouva sur son piano une symphonie et une cantate, auxquelles était jointe une lettre chaleureuse de son protégé. Rossini la priait de vouloir bien accepter la dédicace de ses premiers essais dans l'art de la composition.
Symphonie et cantate furent exécutées et chantées à l'académie des Concordi, réunion musicale organisée au lycée même, et dont le jeune virtuose fut élu directeur, à l'unanimité des suffrages.
Son maître, à partir de ce moment, le fit passer dans la classe de contrepoint double.
is lio.ssi.xi.
Mais bientùl Rossini s'ennuya de Tétiide. Ce génie puissant s'irritait des entraves et voulait en toute liberté déployer ses ailes. Parfois il s'échappait de la classe et s'en allait hors de la ville courir dans les prairies et sous les bois d'orangers, rêvant à la belle Olympia, et chantant les mélodies suaves que lui dictait son amour.
« La nature, ce compositeur subliaie, dit Méry, a inventé la mélodie dans les zones du soleil et de la mer, dans les pays tièdes où les nuits sont de beaux jours La mélodie est italienne de naissance. En aucun autre pays, la nature n"a donné aux arbres, aux montagnes, aux vallons, aux jardins, aux rivages plus de voix charmantes, plus de soupirs amoureux., plus de murmures veloutés. L'Italie est le Conservatoire de Dieu; le petit enfant y chante, il bégaye partout ailleurs;
nossiNi. î'j
puis il arriva qu'un îles innornbrajjles élèves (Je cette école péninsulaire a reçu du ciel une vocation spéciale. Alors, cet enfant d'élite continue, à son insu, ses études, et se recueille pour écouter jour et nuit les leçons de mélodie qui lui arrivent de tous les horizons italiens. L'artiste, choisi de Dieu pour donner des adoucissements à la terre; l'artiste, privilégié entre tous, qui a saturé sa mémoire et son àme de tous ces mélodieux accents de tendresse, de rêverie, de mélancolie et d'amour, doit les traduire bientôt dans une autre langue, et selon l'âge des civilisations, selon l'instrument que son siècle remet entre ses mains, cet élu de Dieu s'appellera Virgile ou Rossini '. »
Rarement on a vu donner l'explication du génie d'un homme avec autant d'éloquence et de bonheur.
1 Préface d'un volume intilulé Rossini, sa lie et ses œuvres, par les frères Escudier. (Dentu, Palais-Royal.)
Gioaccllino ne voulut donc plus d'autre science que celle dont les éléments lui étaient inculqués par cette radieuse nature italienne , source de mélodie et d'extase.
— Demain , je quitte le lycée ; merci de vos soins , maître ! dit-il au père Stanislao Mattei.
— Mais, cher enfant, objecta son professeur, tu n'es point encore initié à tous mes secrets. La musique sévère, la musique d'église demande des études beaucoup plus profondes. Avec ce que tu as appris tu ne pourras être qu'un compositeur doperas.
— Justement, dit Rossini, ce sont des opéras que je veux faire. Adieu, maître!