CURIACE
Je vous connais encore et c'est ce qui me tue.
Une impression toute semblable s'éveille en nous quand, au thème majeur de la reine, dans YElisabetta, Mathilde répond par la même phrase en mode mineur. Elle n'est donc pas très loin, cette Mathilde, d'avoir droit au rang de personnage musical. Elisabeth, moins favorisée, bien qu'elle eût Isabelle Golbran pour interprète, — ou plutôt à cause de cela et parce que Rossini cherchait à lui plaire avant tout autre chose — n'est qu'un simple rôle et presque le moins bon de tout Topera. On dirait d'un rôle gâté à plaisir. N'a-t-elle pas la fantaisie au premier acte, cette reine, de terminer son grand air comme bientôt terminera le sien la Rosine du Barbier? Et quand, au dernier acte, elle abdique son amour, ne s'oublie-t-elle pas en renonçant à Leicester sur le ton que prend une femme galante pour envoyer promener un fâcheux poursuivant ? Le final à' Elisabeth > en dépit du crescendo qui le dépare, a de la force et de la couleur. Musicalement au-dessous d'un autre final moins vanté en son temps, celui de Tancrède, il le surpasse en valeur dramatique. Le moment de son andante correspond à la péripétie du drame. Pour suivre Leicester et pénétrera la cour, Mathilde s'est travestie en page. Elisabeth la devine et la découvre. Aussitôt elle offre à Leicester la couronne royale : tableau. Et nous disons « tableau »
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en raison des attitudes immobilisées par la surprise et des silences qui parsèment le discours musical.
Pendant que le succès de Y Elisabetta s'affermissait et grandissait. Rossini allait à Rome où l'appelait le sieur Puca Sforza Cesarini, entrepreneur de théâtre qui lui avait commandé deux opéras, l'un sérieux, l'autre bouffe. L'opéra sérieux, Torwaldo e Dorliska, eut la vie courte. L'opéra bouffe, à l'heure présente, est encore plein de vie; on a deviné le Barbie?' de Séeille. Il eut à naître toute les peines du monde. Paësiello, l'auteur d'un autre Barbier e, justement applaudi d'ailleurs, vivait encore. Pour éviter de lui déplaire on remit à neuf le vieux livret, on y introduisit des chœurs, on changea le nom de la pièce : Almaviva ossia l'inutile precauzione. Même on rédigea un avertissement au public. Précautions inutiles. Tout alla de mal en pis le premier soir. Le ténor Garcia fut sifflé en faisant grincer les cordes de sa guitare, Rossini fut raillé dès qu'il parut en habit noisette au piano d'accompagnement. Don Bazile se prit le pied dans une trappe et faillit s'en casser le nez. Un chat? pendant le premier final, traversa la scène. Et toute la salle miaula.
Le lendemain soir, Rossini refusait d'aller au théâtre. Il causait tranquillement avec ses hôtes. Tout à coup la rue devenait bruyante, tumultueuse même et la foule envahissait la maison. Elle venait enlever Rossini pour le porter au théâtre où l'on applaudissait jusqu'au vacarme.
Paësiello avait perdu la partie. Son Barbier pourtant