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gie éclate dans l'orchestre et qui n'est comparable, pour sa mâle assurance, qu'au puissant exorde du célèbre trio. Tell implore afin qu'Arnold parle, et pendant qu'il supplie, l'orchestre ordonne : c'est la perfection même du style dramatique. Tell se tait : l'orchestre s'apaise. Une modulation, dont l'étonnante aisance fait oublier la hardiesse, nous mène tout droit du ton de mi bémol majeur dans celui de sol bémol. Arnold se confesse. Il assure Guillaume que Mathilde « l'idole de son âme » lui est moins chère que sa patrie. Son chant nous assure du contraire. On a jadis vanté cette doucereuse déclaration d'amour à la cantonade. Il y est fait un singulier abus des reprises d'haleine sur la dominante, et cela sans raison tout au moins plausible. Dans le chœur d'introduction, il en résultait une délicieuse impression de lumière : ici on a l'impression d'un orateur à court de mots ou d'un poète cherchant sa rime. Plus tard, quand Arnold changera de mouvement pour répéter à Tell « que Mathilde lui est chère » il aura le verbe plus facile et plus abondant, mais sans éloquence ni charme. Elle est pourtant très intéressante, cette péroraison du premier duo de Guillaume : elle fixe, musicalement, le personnage d'Arnold ou plutôt, car l'un revient à l'autre, sa façon d'aimer : il en est vraisemblablement de plus ardentes. Comparez en effet le final : « Oh ciel ! tu sais bien si Mathilde m'est chère » avec le « Doux aveux! tendre langage! » du duo d'amour futur et vous aurez vite, malgré les différences de mouvement et de mesure, reconnu la même phrase.
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Le premier acte finit par le meurtre de Melcthal, dans un frémissement d'indignation et de colère. Les chœurs et l'orchestre expriment à souhait l'implacable fureur des assaillants et l'inexorable ressentiment du peuple. Toutefois dans ce final je préfère Vandante, un motif de prière sotto voce, aux teintes douces et discrètes. Il ne faut donc point aller jusqu'à dire que tout est beau dans ce premier acte. Tout y est à propos; le début seul est entièrement admirable.
L'acte deuxième, le meilleur de Topera, l'un des plus parfaits de tout le théâtre musical, doit sa supériorité, non pas àuntour de force, — Rossinin' ajamais su faire que des tours d'adresse, — mais à cette intime pénétration des qualités pittoresques et des dons pathétiques qui fait que les bruits de la nature se mêlent aux bruits de l'âme et les rendent sonores. Pour de tels mélanges, le talent le plus exercé n'a point de recette. Et c'est pourquoi le terme si vague de « génie » vient fort à propos couvrir les ignorances du critique et le dispenser d'expliquer ce qu'il désespère de comprendre. Le rideau va se lever. Le cor de chasse sonne. Le rideau se lève et les piqueurs de Gessler chantent les plaisirs de la chasse en pleine montagne et en pleine tempête. La cloche résonne et la scène reste vide. Sous les voûtes de l'église prochaine, à l'heure de la nuit, un cantique s'élève. Des accords de quinte se succèdent au grand scandale des professeurs d'harmonie, mais pour la plus grande joie des profanes qui admirent
Les chants se sont éteints. La nuit est calme et cepen-
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dant Forchestre s'agite. Mathilde est là qui attend Arnold. « Dans ce prélude inquiet, écrit M. Camille Bellaigue (voir dans Psychologie musicale sa jolie et suggestive étude : la Nature dans la musique) , palpite un amour sans fausse honte, mais non sans pudeur, un amour ingénu... » Il n'a rien d'ingénu, cet amour qui ressemble si fort à un bel orage. Arnold surgirait en un pareil moment, que Mathilde s'abandonnerait à lui tout entière. Autrement, que signifierait le frémissement de tout l'orchestre, le trémolo des instruments à corder alternant avec les traits du hautbois ou de la clarinette? Autrement, que signifierait cette apaisante introduction en la bémol, prélude de « Sombres forêts » et que termine, on le croirait du moins, un coup de tonnerre symbolique? C'est l'orage d'âme qui s'éloigne et dont il ne restera plus que de la mélancolie. On a dit de cette « introduction » qu'elle valait à elle seule toute la romance. Elle a de l'ampleur, de la majesté et, dans la majesté, de la grâce. La « romance » n'eut point, tout d'abord, le succès espéré. Elle surprit avant de plaire. Elle méritait de plaire. Romantique entre tous, par les images de regret qu'il fait naître, ce joli nocturne reste classique par la régularité de sa coupe et l'irréprochable symétrie de ses lignes mélodiques. Pourquoi faut-il que l'arrivée d'Arnold fasse, comme par le plus malencontreux des enchantements, cesser ce délicieux état d'âme? En vérité, quand on entend les propos d'amour que se tiennent Arnold et Mathilde, on n'est pas très loin de se croire à la comédie. Que cette