LA DIÉCLARATIOIÎ DE GUERRE
» n'ont pas de grands motifs de l'aimer. Tout cela » doit nous encourager; en attendant, mon avis » est que l'affaire ne se terminera pas sans une w guerre nationale. Ton ci-devant chef le géné- » rai B... te salue. Il a besoin d'un aide-de-camp » de plus; mais il ne se presse pas de donner » cette place , et m'a chargé de t'en prévenir. » Ecoute , Rosslawlew, je n'ai jamais fait montre » de mon patriotisme ; j'ai toujours aimé les » Français, et je les aime encore, et pourtant » je me suis déjà battu avec eux. Quant à toi, » tu as renoncé à tout ce qui est français ; tu ne » penses et ne rêves qu'à la Russie, et... tu n'as » pas encore repris l'uniforme. Que tu sois ma- » rié ou non , cela ne fait rien à la chose : si tu » te portes bien, prends la poste; si tu es ma- » lade, voyage à petites journées avec tes propres » chevaux; si tu es mourant, fais-toi au moins » enterrer avec ton uniforme. Puis, mon ami, « cette guerre ne ressemble à aucune des précé- » dentés : il ne s'agit de rien moins que de sa- » voir s'il y aura en Europe un empire de Russie » ou non. Ce matin, au point du jour, la mu- » sique des régimens français jouait si près de » nos piquets, que je pouvais l'accompagner » sur u\on flageolet j et vers midi , il s'engagea I. i5
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» un combat assez vif d'avant-postes. Nous nous » sommes retirés lentement; les Français se sont » avancés, et... il faut l'avouer... ce sont d'excel- » lens soldats; ils se battent que c'est plaisir à » voir. Un de leurs officiers avait pénétré avec » un escadron de chasseurs à cheval au milieu » de nos cosaques : j'y suis arrivé avec nos hus- » sards, et il n'est pas resté un seul des chas- » seurs; quant à leur officier, j'ai eu le bonheur » de le faire prisonnier de ma propre main, ou » plutôt de lui sauver la vie : car il ne voulait » absolument pas se rendre, et se défendait » comme un forcené. Maintenant il dort comme » un loir dans une baraque. Ah! frère, qu'il est » bel homme ! il n'a pas trente ans, et il est déjà » colonel ! Et qu'il est aimable, que ses manières «sont distinguées! D'ailleurs, cela n'est point » étonnant : ce n est pas un officier de fortune. » Il est d'une des plus anciennes familles de » France, et s'appelle le comte Adolphe de Sé- » nicour. Demain matin on l'envoie avec plu- » sieurs autres prisonniers dans l'intérieur de la «Russie, et, le croirais-tu, il m'a tellement » charmé par son amabilité, que je sens que » j'aurai de la peine à me séparer de lui. Adieu, » mon ami ; mais non, au revoir. Je suis con-