‹ RosslawlewChapitre 5 sur 18 · LES P0TJTM2UES DE VILLAGE · texte numérisé non relu

LES P0TJTM2UES DE VILLAGE

et les postillons ont le droit de s'arrêter dans tous ceux devant lesquels ils passent.

— Ah! André, s'écria le postillon avec la blouse; dans ces pays -là il y a du moins de quoi vivre pour nous autres.

-—Tais-toi, Jean, dit le vieux paysan, laissele raconter.

— Mais, monseigneur , lui dis-je alors, y a-t-il aussi là des comniandans de cercle ? — Des commandans de cercle! dit-il; chez nous les paysans ne se découvrent pour personne. Si tu connaissais Bonaparte, cela te suffirait. — Et qui est donc ce Bonaparte, mon cher monsieur? lui dis-je. — Qui veux-tu que ce soit? notre czar français. Écoute, mon garçon, dit le voyageur, je vais te dire la vérité, mais il faudra que tu le redises à tes camarades. Notre czar a conquis le monde entier, et il ne tardera pas à venir vous faire une visite» — En vérité? ai-je dit; mais pourquoi donc viendrait-il chez nous? — Tout simplement, morfami, parce qu'il veut que les paysans russes soient aussi heureux qu'ils le sont chez lui. A la vérité , vos maîtres ne verront pas cela de bon œil; mais il ne faut pas vous embarrasser de ce qu'ils diront. Ils voudront vous faire accroire toutes sortes de sotti-

ses ; ils vous diront que nous ne sommes pas de vrais chrétiens, et ceci, et cela; mais n'en croyez pas un mot; et quand nous arriverons, courez au devant de nous avec îe sel et le pain. — N'a-t-il pas parlé aussi d'impôts ? demanda le vieux postillon.

— Sans doute. Il m'a dit : Chez nous personne ne vous demande rien; chacun donne ce qu'il veut. D'ailleurs , notre czar a sans vous amplement tout ce qu'il lui fautl

— Maintenant, André, dit le vieux paysan, j'ai écouté tout ce que tu avais à dire. Tu ne ressembles pas du tout à ton père. Il était fin, lui , et toi tu n'es qu'un sot ; tu crois tout ce que le premier venu te raconte. Ce beau parleur peut remercier le bon Dieu de n'avoir pas été conduit par moi. Je l'aurais fait renfermer tout droit dans la forteresse. Voyez donc ce que ce maudit chien avait dans la tête. Mais non^ camarades, un vieux renard ne se laisse pas attraper.... Ce voyageur était un espion.

— Comment, compère Sawelljitsch! vous croiriez cela? dit l'homme à la blouse.

— Sans doute; et toi, André, tu es un âne d'avoir pu croire ce qu'il t'a dit. Savez- vous, vrais croyans, ce que c'est que ce Bonaparte?

Page 1