‹ RouenChapitre 4 sur 10 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Saint-Ouen. — Saint-Paul. — Le Mont-aux-Malades. — Les Augustins. — Saint-Lô. — Saint-Maclou et ses charniers. — Saint- Vivien.

— Saint-Patrice. — Saint-Nicaise, — Saint-Laurent. — Saint-André.

— Saint- Vincent. — Saint-Étienne-des -Tonneliers. — Saint-Éloi.

— Saint-Godard. — La tour de Carville et l'église de Longpaon à Damétal. — Saint-Romain et ses fonts baptismaux. — Vestiges et églises disparues. — Saint-Hilaire. — Saint-Gervais et sa crypte.

— L'église de Bonsecours et le monument de Jeanne d"Arc.

lya grande église bénédictine de Saint-Ouen, dont les abbés étaient seigneurs d'une partie de la ville, domine encore Rouen de sa masse imposante. Moins heureuse que la cathédrale, elle a perdu successivement tout son cortège de monuments accessoires, le cloître, dont il ne reste qu'une galerie défigurée, la salle capitulaire, le magnifique réfectoire du xni^ siècle, et jilus récemment, un splendide palais abbatial de l'époque flamboyante.

L'église elle-même ne fut terminée qu'au xix^ siècle, et l'on démolit alors les amorces d'une façade mi-flamboyante et Renaissance pour y substituer l'œuvre la plus froide, la plus sèche, la plus mesquine, la plus ennuyeuse qui se puisse imaginer. Par malheur, cette façade est ce qui se voit le mieux : elle vient se mettre dans la plupart des panoramas, elle s'impose au promeneur, elle attire les photographes ; et en réalité ou en image, elle nous poursuit partout.

D'une partie de l'abbaye, reconstruite au xvni^ siècle, on a fait l'hôtel de ville, et du reste, on a fait une trop grande place et un joli jardin. Les parties extérieures intéressantes de l'église sont dans ce jardin, qui leur fait un cadre charmant. L'église date des xrv® et xv® siècles, avec une parcelle romane de 1046 à 1126, consistant en une absidiole et en fondations de piliers.

Bn 1318, l'abside principale de cette vieille église s'était écroulée, et il avait fallu, d'urgence, démolir une partie du reste. L'abbé Jean Roussel dit Marcdargent fit aussitôt commencer les travaux de reconstruction, et en 1339, à sa mort, le chœur et les murs latéraux du transept étaient achevés, tels que nous les voyons. Les travaux, dès lors, marchèrent plus lentement ; le transept fut continué sous la direction du maître d'œuvres Alexandre de Berneval, qui revenait alors d'Angleterre ; il introduisit dans l'édifice le style flamboyant et des réminiscences anglaises sont évidentes à la fenêtre nord-ouest du bras sud du transept. Alexandre est l'auteur du curieux portail sud, dit des Marmousets, de la belle rose qui le surmonte, et de la tour centrale ; il mourut en 1440, et eut pour successeur son fils, Colin de Berneval, qui éleva le pignon nord et les voûtes du transept.

En 1490, la nef n'était encore parvenue qu'à moitié de sa longueur, quand, à lui seul, l'abbé Boyer, mort en 1519, fit élever l'autre moitié ; il ne restait plus qu'à faire une façade ; elle fut entreprise sous le règne de François I^^ par le cardinal Cibo, abbé commendataire, mais elle demeura inachevée jusqu'en 1846. C'est alors que les Chambres votèrent l'érection de la façade actuelle ; ceux qui la conçurent eurent le tort de détruire les amorces et d'abandonner l'ordonnance de la façade du XVI® siècle, et ne réussirent qu'à produire un des pastiches les moins aimables que l'art du Moyen Age ait suggérés.

Saint-Ouen mesure 137 mètres de long et 33 mètres de hauteur sous voûte.

C'est un des rares exemples que l'on ait en France d'une grande et belle église du xiv^ siècle à peu près complète, et c'est l'un des morceaux d'architecture les plus légers qui existent. Les voûtes et les arcades reposent ^ur des faisceaux de très grêles colonnes et colonnettes ; et des voûtes hautes aux arcades, les murs sont remplacés par d'immenses et très gracieuses claires- voies de pierre, formant deux étages ; fenestrage garni encore en maint endroit de ses verrières du XIV® siècle, et trifcrium composé de deux cloisons ajourées, dont l'une est également garnie de vitraux. La même ordonnance est suivie dans la nef, qui diffère seulement du chœur par ses fenestrages flamboyants et par ses piliers, ornés de dais et de consoles destinés à des statues. Ces statues manquaient, quand, vers 1880, on s'avisa de faire des saints modernes, totalement dépour^'-us de style, dans une pierre blanche qui contraste violemment avec la patine de l'édifice. Ils s'harmonisèrent si mal avec la vieille architecture qu'il fallut les déposer ; ils sont alignés le long des murs des bas côtés, et agrémentés d'étranges oripeaux qui rappellent au voyageur étonné les contrées d'Orient. Aux bras, aux poignets, aux doigts, aux crosses et autres attributs, s'entortillent des multitudes de petits cordons blancs, évoquant l'image ici d'une touffe de lichen et là d'une portion de nouilles ou d'un paquet de vers solitaires extraits des bocaux d'un pharmacien.

Cette végétation superstitieuse, qui fleurit aussi à Saint- Waiidrille, est une graine apportée de loin, sans doute aux temps des Croisades. Parcourez, en effet, les côtes de Syrie ou l'île de Chypre, vous y verrez dans les tous lieux consacrés par un souvenir religieux, les chrétiens de toutes sectes et les musulmans nouer à l'envi autour des branches d'arbres et

des membres d'architecture des écheveaux ou des lanières d.e coton qui sont les témoins de leurs vœux pieux. Il semblerait que l'origine de cette pratique soit dans les cordelettes dont, au rapport de Grégoire de Tours, on entourait au vi^ siècle la colonne où Jésus fut attaché. Quoi qu'il en soit, au xrv^ siècle, une main occidentale scandalisée a tracé en latin sur les murs de l'église de Pyrga (Chypre) un anathème contre ces hérétiques «t qui faisaient des vœux aux saints en entourant de bandelettes les statues ou les cloches », mais, hélas, toute ruinée qu'elle est, l'église de Pyrga continue de s'enrubanner de dévots serpentins, et il y a bien pis : la mode en a passé en Occident !

lyC plan de Saint-Ouen, avec déambulatoire à chapelles rayonnantes, est celui de la x^lupart des grandes églises françaises. Les extrémités du transept sont complètement ajourées de la voûte au portail. La légère armature de pierre qui maintient ces murs de verre forme une galerie surmontée d'une rose. Celle du pignon nord, dessinée par Colin de Berneval, décrit une étoile, tracé fort original, mais dont les lignes droites ne sont ni exemptes de sécheresse, ni en harmonie parfaite avec les courbes environnantes. Au sud, au contraire, ia rose d'Alexandre de Berneval est garnie d'un rayonnement touffu et moelleux de lignes ondulées.

A l'extérieur, la pointe du pignon est enrichie de fenestrages aveugles, encadrant six statues, et au bas s'ouvre le célèbre porche des Marmousets, surmonté de la salle du Trésor.

L'arcade unique est festonnée d'une légère dentelle de pierre aux pointes épanouies en fleurons; le plan du porche est assez original, par les pans coupés du fond, qui lui donnent, comme à Saint-Urbain de Troyes, le tracé d'une chapelle ; le tympan du portail est orné du Trépas, de l'Assomption et du Couronnement de Notre-Dame, sculptures médiocres, pâteuses,

dépour\'ues de sincérité, et sur les montants s'alignent de petits sujets encadrés de quatrefeuilles, piètre imitation des portails latéraux de la cathédrale. I^es parois latérales sont décorées de faux fenestrages qui encadraient jadis des statues. Mais ce qui fait l'originalité du porche, c'est la disposition de ses voûtes : alors que le porche consiste en une seule travée, les voûtes en décrivent deux en profondeur et trois en largeur, et les retombées intermédiaires de ces voûtes î)ortent dans le vide : au lieu de venir s'appuyer sur un support, arcs doubleaux et ogives viennent s'asseoir sur de gros culots de feuillage suspendus en l'air de la façon la plus inexplicable et la plus inquiétante. L'aspect tient du miracle et le mystère est irritant, car rien dans l'aspect des voûtes, régulièrement appareillées, ne vient déceler l'artifice : il consiste en queues de pierre d'une dimension et d'une qualité peu communes, dont l'extrémité supérieure est clavée dans un arc caché au-dessus des voûtes. Un siècle plus tôt, Villard de Honnecourt avait décrit cet artifice, et cent ans plus tard, on a renouvelé ce jeu sur une échelle moindre dans les jubés de Sainte-Cécile d'Albi et de la Madeleine de Troyes ; il témoigne de plus de savoir-faire que de goût, et c'est un signe peu équivoque de décadence.

Contrairement à l'usage normand, la tour centrale de Saint- Ouen ne forme pas lanterne. Son étage inférieur, très léger' avec ses baies à frontons aigus, appartient au xiv^ siècle et devait porter une flèche ; l'étage supérieur flamboyant, ajouté vers 1500, est octogone, cantonné de quatre tourelles terminées en calotte, et surmonté d'une couronne de dentelle imitée de celle de la Tour du Beurre.

Saint-Ouen ne renferme pas un très grand nombre d'œuvres d'art : l'objet le plus intéressant est, dans une chapelle, la tombe des maîtres de l'œuvre Alexandre et Colin de Berneval ;

quelques vitraux remontent au xrv^ siècle ; d'autres datent des XV® et xvi®. Les verrières de l'abside figurent la Passion ; celles du sud l'Ancien Testament ; celles du nord le Nouveau ; dans les chapelles, on remarque des vitraux consacrés aux légendes des saints locaux, et des tapisseries du xvi® siècle ; autour du chœur, on admire de somptueuses grilles du temps de Louis XV, très belles malgré l'absurdité de la donnée, empruntée, selon une mode trop fréquente alors, à l'architecture de pierre massive. Les pilastres ioniques sont plus habilement exécutés qu'opportuns.

Parmi les tableaux, il faut noter une Flagellation de Wolgemuth et la Mort de saint François, par Lesueur.

L'architecture romane est à peine représentée dans Rouen. Outre l'absidiole de Saint-Ouen, on peut citer près de Saint- Paul (qu'on m'a reproché d'avoir appelé un des édifices les moins réussis du Rouen moderne) l'ancienne église dont les murs ruinés ne manquent pas de pittoresque. Ses trois absides romanes du xn® siècle se rattachent à une ruine du xm®.

Une autre église romane désaffectée se voit dans un jardin sur la colline du Mont aux Malades. La simplicité de ses piliers massifs sans ornement, de ses petites fenêtres, et des lourds modillons sans sculpture de sa corniche indiquent le début du XII® siècle sinon le xi®.

Enfin, non loin de là, l'église Saint-Thomas de Cantorbéry, dépendant d'un prieuré fondé en 1176, par Henri II, est devenue paroisse.

Très défiguré au dehors, le monument garde sa partie centrale à peu près intacte : il comprend deux morceaux presque semblables et, par conséquent, presque de même date : le plus ancien est le chœur actuel, c'était une chapelle de trois travées avec bas côtés et avec abside à l'ouest ; cette abside fut bientôt démolie, et l'église fut presque doublée par l'adjonction à

l'occident de quatre travées avec bas côtés, puis, au xiii^ siècle, on ût le sanctuaire à l'est en remplaçant l'ancienne façade par un mur sans portail mais presque entièrement ajouré d'une grande fenêtre ; depuis lors, les bas côtés et la façade occidentale ont été complètement refaits.

Iv' architecture d€ la partie ancienne est extrêmement simple et sa particularité la plus remarquable est de présenter une extrême ressemblance avec la collégiale Saint -André de Chartres.

L'église n'a jamais eu de voûtes ; sa corniche repose sur des modillons sculptés ; ses fenêtres ont des colonnettes à l'extérieur seulement ; à l'intérieur, règne une simplicité extrême : sous les fenêtres, une moulure biseautée, puis des arcades épaisses à une seule voussure sans moulure, et des piliers en forme de grosses colonnes avec chapiteaux à feuilles d'eau tous semblables.

Au village du Petit-Quevilly, faubourg de Rouen, s'élève la chapelle d'une maladrerie fondée vers 1160. C'est un joli et curieux édifice de transition, qu'a étudié M. le docteur Coutan.

Ses proportions sont trapues ; le plan et l'ordonnance extérieure sont très simples : l'abside et la nef unique, de deux travées, étaient couvertes de voûtes d'ogives ; celles de la nef sont tombées ; elles étaient sexpartites. Sur le sanctuaire, les voûtes intactes sont revêtues de précieuses peintures du xiii^ siècle, remarquablement conservées : la Naissance du Christ, l'Adoration des Mages, la Fuite en Egypte et le Baptême du Christ, en des médaillons encadrés de superbes rinceaux à fleurons, qui rappellent ceux des émaux limousins de la même époque.

L'ancienne église des Augustins, située à l'autre bout de la ville, près de la Seine et de la place de la République, sert aujourd'hui de chai et sa façade latérale est visible de la cour

d'un hôtel. C'est un très curieux et assez élégant édifice du XIV® siècle, composé d'une seule grande nef sans voûte.

La façade, aujourd'hui masquée sous un porche lourd du xvn® siècle, s'élevait en regard des halles ; son portail ancien est d'une maigreur élégante et d'un type banal, le type classique de l'époque ; l'ordonnance latérale est, au contraire, tout à fait particulière : entre les piles étroites qui correspondaient aux fermes de la charpente apparente, les murs étaient complètement percés de grandes baies d'une forme insolite, en arc surbaissé très plat, s'écartant à peine de la ligne droite de la corniche, afin de former un x^anneau de vitrage aussi vaste que possible, mais dans l'intérieur de ce panneau, un grand arc en tiers-point rappelle le tracé ordinaire des fenêtres trançaises ; il est subdivisé en quatre baies secondaires, surmontées de trois cercles à quatrefeuilles, et des trèfles sont logés dans les écoinçons triangulaires entre l'arc brisé et l'arc surbaissé.

Cette disposition a des analogues dans quelques édifices des environs de l'an 1300, où le principe français de l'évidement a été poussé aussi loin que possible ; la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye et Saint-Urbain de Troyes.

Des figurines sculptées d'un joli travail soutenaient les entraits de la charpente.

lycs verrières étaient claires et charmantes, si l'on en juge par les morceaux conservées au musée, où des anges d'une grande élégance sont peints presque en grisaille.

Le clocher carré s'élevait au nord ; il a été détruit en 1825.

C'est au xiv® siècle, également, qu'appartient le portail de Saint-IyO, près du palais de justice ; cette église avait deux sanctuaires contigus, l'un était un prieuré, l'autre une paroisse, restaurée après incendie par la foudre en 1316, puis plus ou moins reconstruite en 1440 et 1533.

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Le portail, de proportions élégantes, a des sculptures délicates : malheureusement, il a perdu la pointe de son fronton aigu à jour, les sculptures de son tympan, son trumeau central et les statues de ses niches ; il ne reste de la statuaire que quatre assez bonnes figurines d'anges.

L'église paroissiale Saint-Maclou s'était écroulée à moitié en 1432 ; on entreprit de la rebâtir aussitôt, et déjà en 1434, la chapelle de la Vierge était livrée au culte ; deux ans après, les travaux ralentirent, mais en 1437, Pierre Robin, maître maçon du roi, fut mandé de Paris et prit la direction de l'œuvre. On lui doit probablement l'ordonnance générale du monument que nous admirons aujourd'hui.

A Pierre Robin succédèrent pourtant, assez rapidement, Oudin de Mantes, puis son fils, que remplaça en 1446 Simon le Noir, maître des œuvres du roi au bailliage de Rouen. Sous sa direction, les travaux marchèrent activement de 1446 à 1448 ; les derniers maîtres de l'œuvre furent, en 1479, Ambroise Harel, et, en 1500, Pierre Gringore.

Bn 1516, la lanterne était déjà voûtée, et en 1517, Martin Desperrois commença la riche et élégante flèche de charpente qui devait subsister jusqu'en 1736. Démolie alors, elle fut reconstruite en pierre et seulement en 1870. Quoique les maîtres de l'œuvre aient souvent changé (je ne les ai pas tous cités), cette œuvre a une remarquable unité : les plans "furent évidemment arrêtés de bonne heure et suivis avec ponctualité, et un témoignage de cette préoccupation est le joli modèle en relief de l'église exécuté vers 1500 et conservé au musée départemental.

Bn 1521, eut lieu la consécration. Jusqu'alors, on avait eu le bon esprit de conserver l'unité du style flamboyant malgré la lenteur des travaux ; ce fut seulement dans les accessoires que l'art de la Renaissance fut adopté ; il apparaît sans par-

EGLISES 6i

tage dans les boiseries : la tribune de l'orgue, de 1521, la chaire, plus récente, et les vantaux des portes.

A ces vantaux célèbres s'attache le nom de Jean Goujon, mais ici, comme dans le tombeau de Louis de Brézé, il faut observer que ce maître n'a pu exécuter qu'une partie assez restreinte de l'œuvre qu'on lui attribue : il quitta Rouen en 1541 et les portes de Saint-Maclou n'étaient pas encore achevées à la fin du règne de Henri II ; c'est de 1555 à 1560 qu'on y travailla le plus activement.

L'église a un plan classique ; abside entourée d'un déambulatoire avec chapelles, transept, nef avec bas côtés, et porche. Le porche seul est particulier ; il s'épanouit en éventail, présentant en arc de cercle convexe la suite de ses cinq baies aiguës couronnées de frontons découpés en dentelle.

Suivant la tradition particulièrement vivace de l'École Normande, le centre du transept est couronné d'une tourlanterne, très gracieuse avec ses voûtes à nervures nombreuses, ses grandes fenêtres et son triforium. Un triforium élégamment découpé, mais non ajouré, court autour de l'église, sauf aux pignons du transept, complètement percés d'une grande rose, sous laquelle s'ouvre un immense panneau de fenestrage.

Les pignons du transept ont chacun un portail ; la façade en a trois, celui du centre orné de voussures historiées et d'un tympan qui représente le Jugement Dernier.

La tribune d'orgues, de 1521, et le buffet qu'elle i)orte sont un bel ensemble de boiseries de la Renaissance. L'escalier de X)ierre en spirale qui y conduit s'emboîte dans une cage ajourée et richement décorée qui est un morceau d'architecture célèbre : il appartient complètement au style flamboyant.

Si l'on examine cette tourelle, on ne tarde pas à y remarquer des traces évidentes de remaniements : non seulement il est clair qu'elle n'était pas pré\nie contre le pilier où elle s'ap-

plique, mais on l'a sciée pour l'y appliquer ; sur les contreforts qui encadrent ses charmants panneaux ajourés, des figurines finement sculptées se logent dans de petites niches ; une statuette de femme a été sciée assez brutalement lorsqu'on a adapté la tourelle à sa place actuelle ; en l'examinant de plus près, on constate que la tourelle même est en partie hors d'aplomb, et que son plan est déformé ; d'autre part, certains arrachements aux piliers centraux du transept semblent témoigner qu'il a existé un jubé, et du rapprochement de ces données, on peut conclure que la 'ourelle des orgues a été faite pour ce jubé, qui, peut-être, n'a jamais été terminé. On sait que les jubés de style flamboyant ont tous des escaliers de ce genre.

La tribune des orgues est portée sur de belles colonnes corinthiennes de marbre, que l'en attribue à Jean Goujon ; comme à la cathédrale d'Évreux, le dessous du plancher est orné de jolis caissons à rosaces, et, comme au Grand-Andely, le parapet est décoré des figurines assises des Arts Libéraux, encadrées dans une arcature.

lyC buffet des orgues est du même style, décoré aussi de panneaux à figures dans sa partie haute ; quatre jeux de tuyaux sont disposés en forme de tourelles en encorbellement, couronnées de calottes, lanternons et clochetons ; des frises délicates régnent sur les deux étages.

La chaire à prêcher, assez simple, de la seconde moitié du cvi® siècle, a été retouchée au xvn®.

Les vantaux de portes sont célèbres et méritent de l'être, à condition qu'on ne les prenne pas pour modèles. Ils sont attribués à Jean Goujon, ce qui n'est exact que pour une faible part ; évidemment, trois figurines de la porte des Fonts sont tout à fait dans son style, mais la plupart des autres, lourdes, pâteuses, sortent non moins manifestement de sa manière, et

l'on a vu, du reste, que la plupart de l'œuvre est postérieure à son départ de Rouen. Enfin, on peut espérer que la composition surchargée et quelque peu saugrenue de ces vantaux ne lui est pas imputable.

Chaque vantail en renferme un plus petit, découpé dans le bas, et ce que la composition présente de meilleur est l'indication très nette de ce parti ; les petits vantaux sont ornés de mufles de lions en bronze et de cuirs ; les montants qui leur servent de chambranle sont décorés de grosses guirlandes de fruits et de statuettes dans des niches ; enfin, la traverse qui forme linteau porte une sorte de corniche très saillante, à modillons entre lesquels se logent deux têtes de chérubins. Mais cette corniche coupe vraiment trop lourdement les vantaux, et leurs panneaux supérieurs sont démesurément chargés de motifs pesants a^ui contrastent avec le bas et qui n'ont aucun rapport avec la construction, la fonction ou la matière du vantail; d'abord, quatre figurines en haut relief , debout sur la corniche médiane, reçoivent sur leurs têtes un cadre carré emboîtant un médaillon circulaire. Elles le portent sans aucune expression portante, ce qui déroute d'autant plus que le cadre est lourd et que sa partie supérieure sert de terrasse à une figure centrale assise sur un trône et de siège à deux autres, posées sur les angles supérieurs. Ce n'est pas tout : autour de ces figures et de leur cadre, et entre les figures portantes, tout est rempli d'une profusion d'ornements.

Voilà pour la forme ; quant aux sujets, en voici les principales données ; au grand portail, quatre figures de docteurs soutiennent un bas-relief de la Circoncision, au-dessus duquel trône Moïse, tandis qu'un saint Pierre, en pape, est assis au-dessus du bas-relief du Baptême du Christ, supporté par quatre Apôtres. Ces deux vantaux symbolisent l'ancienne I/3i et la nouvelle.

La porte des Fonts, qui pourrait être en partie l'œuvre de Jean Goujon, n'a qu'un vantail. La partie inférieure y est plus riche, mais ne s'accorde guère mieux avec le panneau supérieur, à cause de la différence d'échelle et de relief.

Au milieu de cette porte basse, un bronze tourmenté représente un masque de vieux satyre ; au-dessus, un panneau figure Moïse ; celui du dessous est orné d'amours et a pour supports des satyres, dignes émules, à tous égards, de ceux du musée de Naples. Dans le panneau supérieur, le médaillon central est une allégorie de l'Église : Jésus, en Bon Pasteur, remettant ses brebis à Pierre sous la figure d'un pape suivi de prélats. Ce tableau est soutenu par quatre figurines d'hommes vêtus à l'antique, qui sont les deux saints Jean, Moïse et Abraham, et en retraite desquelles sont sculptés, en très bas relief, un homme de face et des femmes de profil, qui symbolisent, dit-on, les saisons et dont le style, beaucoup plus délicat et gracieux, appartient nettement à la manière de Jean Goujon.

Les revers de ces belles portes sont également couverts de sculpture ; les figures n'y occupent qu'une place secondaire, mais des chimères y animent de riches combinaisons de cuirs élégamment entrelacés.

Les vantaux du portail nord présentent un dessin analogue, mais sont d'un mérite inférieur ; ils sont datés 1557. Leurs médaillons semblent représenter l'Arche d'Alliance et la Nati\'ité.

L'Aître Saint-]\Iaclou, ancien cimetière de la paroisse, est un des monuments célèbres non seulement de Rouen, mais du monde, car, agréable et original d'aspect, et tjrpe de l'art de la Renaissance, il est, de plus, une rareté. Son nom d'aUre est la traduction à' atrium ; en effet, il forme un vaste espace rectangulaire, entouré de portiques ; le nom comme la disposition étaient habituels aux cimetières du Moyen Age et de la Renaissance : les premières basiliques chrétiennes étaient

précédées d'un atrium, qui les isolait de la rue ; dans cet atrium, on enterra bientôt les morts, puis, quand les villes, en se resserrant, obligèrent à condenser le plan des églises, l'âtre, devenu cimetière, passa sur un côté de l'église, là où il put se loger ; au besoin, il s'écarta même à quelque distance, comme ici. L'Italie a conser\'é l'usage des cimetières entourés de portiques ; là encore, comme autrefois chez nous, les tombes riches s'abritent sous les galeries ; les autres se répandent dans le préau, que domine au centre un calvaire.

L'Aître Saint-]\Iaclou fut commencé en 1526 ; les maîtres imagiers Denis et Adam Lesselin et Gauthier Leprevots ont collaboré à sa décoration. Bn 1640 seulement, fut exécutée la galerie du Midi avec l'autel de Saint-Michel. L'ordonnance rappelait celle du cimetière des Innocents de Paris ; la galerie couverte était, en effet, surmontée d'un galetas en pans de bois, et celui-ci servait de charnier, c'est-à-dire que l'on* y entassait les ossements qui, nécessairement, en cet espace restreint et dans une ville populeuse, sortaient du sol chaque fois qu'il fallait creuser une nouvelle tombe dans le vieux cimetière. Nous avons actuellement l'équivalent de ces charniers dans les catacombes de Paris. L'ordonnance de l'Aître Saint- Maclou appartient au pur style de la Renaissance. Seuls, le mur de clôture et les colonnes qui soutiennent l'étage du charnier sont en pierre ; ces colonnes portent directement des architraves de bois, et reposent elles-mêmes sur un mur d'appui. Tout l'édifice porte une décoration funèbre fort ingénieuse : sur la partie de bois, frises composées d'ossements, d'outils de fossoyeurs et de tous les objets qui servent aux funérailles : cloche, croix processionnelle, bénitier, etc., xiétopes et médaillons portant des têtes de morts et des os en croix. De 1526 à 1529, toutes ces boiseries ont été huilées puis couvertes de peintures, dont il ne reste plus trace.

Le travail des colonnes est plus délicat ; leurs chapiteaux, capricieusement posés d'angle, n'ont rien de macabre ; ils sont décorés de volutes, de feuilles d'acanthe et de figurines. La partie inférieure du fût est cannelée, surmontée d'une bague en forme d'entablement, sur laqualle sont posées de petites figures en haut-relief formant des groupes de statuaire autour de chaque colonne. Ces groupes, d'une composition et d'une exécution remarquables ont été, hélas ! abominablement martelés par les huguenots. Ils sont un des exemples les plus justement célèbres de la Danse des 'morts ou Danse macabre ; on connaît le thème : la Mort, personnifiée et toujours la même, saisit et entraîne tour à tour les personnages les plus divers, représentant toute la variété des conditions humaines, et chacun exprime sa désolation devant l'inévitable abandon de tout ce qui lui était cher. La loi crueHe qui régit le monde ne peut être plus éloquemment exprimée et, en même temps que la Mort, la danse macabre ne représente-t-elle pas un peu la vie, presque aussi dure que la mort, puisque les instants de bonheur et trop souvent les êtres aimés ne nous sont prêtés que pour être échangés bientôt contre de longs regrets ?

Saint- Vivien n'est pas un des plus beaux édifices de Rouen, mais c'est une église originale et pittoresque, agglomération de morceaux de diverses époques. Le clocher latéral, un peu mesquin, coiffé d'une petite flèche de pierre, remonte au XIV® siècle, ainsi que le portail voisin, mais la majeure partie de l'édifice date ce deux époques du xv^ siècle. L'église a cinq nefs, en partie voûtées et en partie lambrissées ; les supports sont de sveltes piliers en forme de colonnes ; leurs chapiteaux ronds à feuillages découpés portent de puissants tailloirs octogones.

A Saint-Patrice, église gothique du xvi*^ siècle, les supports ont la même forme, mais sans feuillage aux chapiteaux ; la

nef et les bas côtés, presque aussi hauts, sont voûtés ; l'église est surtout remarquable par ses vitraux, datés de 1538 à 1625. Celui du Triomphe de la Loi de Grâce a été attribué à tort à Jean Cousin, c'est une composition bizarre et froide, d'un dessin assez faible. Une autre verrière, dans le bas côté nord, présente un curieux épisode de la légende de saint Patrice : le saint contraint un larron qui avait volé et dévoré un mouton, à se dénoncer par des bêlements. La chaire à prêcher, de la Renaissance, provient de Saint-Lô.

Saint-Nicaise est un monument à trois nefs, du xin^ au xrv^ siècle. Le chœur, plus élevé, est d'une architecture beaucoup phis élégante et plus riche que la nef, mais il est resté inachevé.

Saint-Laurent fut commencée en 1444, et terminée en 1482. Le maître de l'œuvre avait été un certain Denis Gode ; en 1522, Jehan Delarue occupait les mêmes fonctions. La tour a été constraite de 1490 à 1501 ; en 1791, l'église fut désaffectée ; en 1810, un propriétaire détruisit, sans motif plausible le sommet de la flèche.

Saint-Laurent est une jolie église f lambo^^ante sans transept, avec nef peu élevée an -dessus des bas côtés qui sont couverts d'une série de toits en pavillon. L'angle nord-ociest du monument forme pan coupé pour le passage d'une rue ; ce pan coupé a seul conservé une partie des balustrades qui surmontaient la corniche, et cette balustrade est formée d'une grande inscription gothique découpée à jour: « Post tenebras spero lucem. »

Le portail occidental, en tiers-point, était surmonté d'un grand pignon ajouré d'une dentelle de pierre, comme au porche de Saint-Maclou ; ce portail a conservé la boiserie flamboyante de ses vantaux. Le buffet d'orgaes qui le surmontait à l'intérieur est aujourd'hui transporté à Saint-Romain. La tour est la partie la plus riche et la plus élégante du monu-

ment et l'un des plus charmants ornements de la ville, et l'on ne saurait assez déplorer la stupidité du démolisseur de 1810. La flèche à jour était rivale de celle de Caudebec ; sa base, seule conservée, se relie par des arcs-boutants décoratifs aux clochetons qui couronnent les angles de la tour carrée percée de riches fenestrages.

L'église Saint-André était un joli édifice flamboyant, démoli au XIX® siècle pour le percement de la rue Jeanne-d'Arc ; la tour seule a été conservée, parce qu'elle avait le bon esprit de se tenir sur l'alignement de la nouvelle voie, et, comme elle présente, en plus petit, une grande analogie d'architecture avec la tour Saint-Jacques de Paris, on l'a dégagée de même et entourée d'un minuscule jardin. Cette tour était jadis surmontée d'une flèche : l'une et l'autre avaient été bâties de 1542 à 1546, par le maître d' œuvre Robert Frenelles. Plusieurs autres maîtres de talent s'étaient succédé dans l'œuvre de l'église : le chœur était bâti par Guillaume Touchet, et de 1520 à 1528, Nicolle Delarue et son fils Jean l'avaient couvert de voûtes richement ornées, dont on admirait les clefs pendantes ; en 1536 enfin, Simon Vitecoq était maître de l'œuvre. De célèbres vitraux de la Renaissance ornaient cette église ; ils représentent les Vertus Cardinales ; les uns ont passé en Angleterre et les autres ont été portés à Saint-Denis.

L'église Saint-Vincent est un monument de style flamboyant presque aussi élégant que Saint-Maclou ; elle a de même une abside à déambulatoire, un transept à tour centrale, une nef très courte et un porche, mais le chœur seul possède un triforium ; la tour centrale ne forme pas lanterne, et n'a pas de flèche, et le porche est un simple baldaquin d'une seule travée voûtée, largement ouvert sur ses trois faces extérieures. Les arcs-boutants du chevet sont légers et élégants; le portail sud du transept a perdu la statuaire de ses piédroits et de ses

voussures, mais il a conservé de très beaux vantaux de la Renaissance, à quatre panneaux sculptés en faible relief : les deux inférieurs d'une composition décorative qui se répète ; les supérieurs de la Pêche Mraculeuse et de la Vocation de saint Pierre. A l'intérieur, on remarque de beaux lambris du milieu du xvi^ siècle, que le regretté Palustre comparait aux stalles de Goupillières, datées de 1532. Le grand portail passe pour être l'œuvre d'Ambroise Harel, qui, en 1470, inspectait le transept, mais c'est par Pierre Le Chynerre que ce transept fut rebâti de 1472 à 1480. En 1484, le maître de l'œuvre s'appelait Thomas le Despensier ; Guillaume Touchet refit le chœur de 151 1 à 1530. Sous Louis XV, le sanctuaire a subi quelques embellissements.

Les vitraux de cette église sont l'œuvre de deux maîtres verriers justement célèbres du xvi^ siècle, Engrand Le Prince et Jean son fils, de Beauvais. La verrière des CBuvres de ^Miséricorde, formée de tableaux superposés, à fonds bleutés, se fait remarquer par son élégance distinguée ; les vitraux consacrés à saint Jean-Baptiste et à saint Pierre, sont également l'œuvre commune des deux artistes, mais la grande verrière du Triomphe de la Vierge, du milieu du xvi*^ siècle, est l'œuvre de Jean seul.

Dans la chapelle du nord-est, se voit un curieux vitrail où saint Antoine de Padoue, pour convaincre un incrédule, fait adorer l'hostie par un âne.

Remarquons aussi la belle suite de tapisseries de la Renaissance et du XVII® siècle qui ornent encore cette église.

Saint-Êtienne-des-Tonneliers est devenu un bâtiment industriel. C'est une église flambo^-ante du début du xvi® siècle, avec nef sans voûte et bas côtés ; ceux-ci ont un toit à double rampant, pour permettre d'éclairer la nef par de grandes fenêtres sans lui donner une hauteur excessive. L'extrémité

occidentale du bas côté nord, percée d'un portail, ofire une architecture particulièrement riche. Cette église possédait de beaux vitraux, dont une partie a été transportée à Saint- Romain, et l'admirable couvercle de fonts baptismaux que possède aujourd'hui la même église.

Saint-Êloi est une église du xvi® siècle encore toute flamboyante. Désaffectée à la Révolution, elle a été acquise en 1840 par l'Église Réformée. C'est un monument élégant et relativem.ent simple, sans transept, formé d'une nef avec abside à pans coupés et de bas côtés terminés en ligne droite ; l'architectiire de la Renaissance apparaît au premier étage du clocher, qui occupe l'angle nord-ouest et dont l'étage supésieur en charpente est une terminaison économique et mesquine, les voûtes et leurs arcs-boutants sont pareillement restés inachevés.

Saint-Gcdard est une assez belle église de la fin du xv^ siècle, remarquable surtout par ses vitraux dont le -plus beau figure l'Arbre de Jessé. Un mausolée du xvni^ siècle réu.nit la dépouille mortelle de deux présidents du parlement de Normandie. Au XIX® siècle, le peintre I^e Hénaf a exécuté une suite de peintures murales.

Darnétal, comme Quevilly mais à l'opposé, peut être considéré comme un faubourg de Rouen. Cette agglomération industrielle occupe une pittoresque vallée entre des collines verdoyantes et possède deux monuments remarquables du XVI® siècle. La tour de l'église dite de Carville, tout à fait analogue de sty\& et de forme à la tour Saint- André de Rouen et entièrement détachée de l'église, rebâtie au xvin® siècle et dépourvue d'intérêt. De très longues baies ajourent ce clocher couvert en terrasse.

L'église de Longpaon, autre monument de Darnétal, s'appuie à l'ouest au flanc escarpé d'une colline aussi haute que sa

façade ; cette église a trois nefs sans voûte et sans transept et deux beaux portails latéraux du dernier style gothique ; la tour inachevée, couronnée d'un étage de charpente, la façade, les piliers ronds à chapiteaux sculptés également circulaires, indiquent la Renaissance. Sur la frise du clocher se lit un rébus composé d'un paon sc^.ilpté précédé du mot long. Cette église, jolie, pittoresque et pittoresquement située, mérite la visite de tous ceux qu'attirent et que charment les monuments de la grande ville voisine.

La colline de Bonsecours est justement célèbre par le panorama de Rouen dont on jouit à son sommet ; on y visite, en outre, deux riches édifices modernes. L'église de Blosseville, construite de 1849 à 1843, a été un des premiers essais tentés au xix^ siècle pour remettre en honneur le style du xin«, c'est, comme Sainte-Clo tilde, un assez froid pastiche. L'intérieur est entièrement peint et doré ; les fenêtres ont de riches ^-errières, le maître-autel est en bronze ; la flèche est élevée de 60 mètres. L'architecte Barthélemi et le sculpteur Duseigneui ont dépensé dans cette œuvre beaucoup d'application et de bonne volonté.

De 1890 à 1892, sur l'initiative de Mgr Thomas, la colline de Bonsecours s'est couronnée d'un second monument dédié à Jeanne d'Arc et conçu dans le st3^1e de la Renaissance.

Sur une plate-forme semblable à un bastion, et où l'on accède par des escaliers en demi-cercle, se dressent trois édicules à coupoles allégées de clochetons. Au centre, la plus haute abrite la statue de marbre de l'héroïne par Barrias, et à son sommet est un Saint-]\Iichel, œuvre de Thomas ; dans les édicules secondaires, se voient les statues de sainte Catherine par Verlet, sainte Marguerite par Pépin ; des moutons sont accroupis sur les balustrades de la terrasse ; sur les pilastres finement ouvragés, des génies tiennent les blasons des compagnons de

la Pucelle. L'architecture, très étudiée dans ses détails et d'un heureux ensemble, est l'œuvre du regretté Juste Lisch.

Saint- Romain, ancienne église des Carmes, est un édifice banal et hideux du xviii"^ siècle ; il faut cependant le visiter, car il a recueilli de très intéressantes épaves de monuments disparus, vitraux de Saint-Êtienne-des -Tonneliers, de Saint- Martin-sur-Renelle, et de la Chapelle Saint-Maur, et surtout un admirable couvercle de fonts baptismaux de la Renaissance, en forme de coupole à lanternon, où de petites scènes en haut relief figurent l'histoire de saint Jean-Baptiste, et qui provient de Saint-Étienne-des-Tonneliers.

D'un grand nombre d'autres églises il ne subsiste rien ; les plus regrettables sont Saint-Mchel, superbe monument des xv^ et xvi® siècles, près du Vieux-Marché, démoli en 1833 ; Saint-Herbland, du xv^ siècle au coin de la rue des Carmes et du Gros-Horloge, Saint- Amand, Saint- Jean, Saint-Martinsur-Renelle. L'église Saint-Pierre-du-Châtel, de la même époque, entre la rue Nationale et la rue des Cordeliers, sert de magasin et n'a d'intéressant que ses vantaux de la Renaissance avec panneaux à personnages.

L'église Saint-Hilaire, construite dans le faubourg de ce nom par le regretté Sauvageot, imite avec assez de bonheur et assez de liberté le style du xii^ siècle. C'est la plus jolie église moderne de Rouen : à l'extérieur, l'étagement de ses absides, la gracieuse silhouette de sa flèche ; à l'intérieur, son triforium original sont d'un heureux effet Perrodin, élève de Flandrin, y a i)eint l'histoire du saint patron.

Saint-Gervais, au faubourg Bouvreuil, est une église moderne sans intérêt, mais elle s'élève sur la précieuse crypte carolingienne décrite au chapitre premier.

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