‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 101 sur 168 · I. iVriaux ; l-Sj. p. Sag · texte numérisé non relu

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la même voie les ardoises d'Angers prenaient une place définitive dans les couvertures. En même temps les pierres dures de Caen, de la Meuse, de la Lorraine, de la Belgique, la meulière de Beauce venaient concurrencer souvent victorieusement les pierres tendres de Caumont, de Vernon, le calcaire grossier du ^ alois, les seuls matériaux qui pouvaient, grâce au fleuve, arriver facilement sur les chantiers urbains. La multiplicité des matériaux de construction a diflerencié les types d'habitation. La route a émancipé les maisons rouennaises de la ressemblance qu'elles gardaient fidèlement avec leurs ancêtres. Les façades de pierre sont plus nombreuses à Rouen qu'aux siècles piécédenls ; mais elles n'ont pu s'aHranchir absolument de l'emploi des matériaux régionaux. Si 1 amélioration des transports et rabaissement de leur prix ont libéré les architectes de 1 usage exclusif des ressources locales, l'emploi des éléments étrangers, au moins dans les revêtements extérieurs, est confiné à une.certaine catégorie de maisons. Même dans les plus riches demeures, la brique du plateau de Boos ou celle de Boisguillaume ont gardé toute leur importance. Derrière les façades finement sculptées dans la pierre de Caen, monte toujours un mur de briques. La brique, soit seule, soit pour chaîner les blocs du sénonien, entre pour la meilleure part dans la construction des maisons bourgeoises, comme de celles des ouvriers. La brique est la caractéristique de 1 habitation moderne dans la région rouennaise. Ici encore, malgré les progrès de la civilisation, nous constatons l'influence directe des agents naturels sur le milieu humain'.

IL — L'aménagement intérieur.

Mais si l'usage plus fréquent de la brique et de lar-

I. Sion : 3 10, p. !x()<j ; Fouché : jy. p. i^'j : Delaquerrii" ro : j/f, I, p. 54 ; Enlart : y 4. \>- 12.

.So8 LA VIE DE ROUEN

(loise a modifie l'aspect des maisons roueniiaiscs, il n'a changé en rien les lignes essentielles de leur plan. Dans la disposition de riiabilation, linlluence des agents régionaux s'est maintenue longtemj)S aussi nette que jadis. Elle est encore actuellement très reconnaissable.

Les matériaux de construction et leur emploi nous ont montré que la maison de ville dérivait à ses débuts de la chaumière du plat pays. Sa forme, son aménagement nous confirment également celle parenlé très proche. Au moyen âge c'était un long rectangle dont le petit côté pouvait atteindre 8 à lo mètres de large et le grand côté de 20 à 35 mètres. Sur la rue, dans toute la largeur et sur une profondeur d'une dizaine de mètres s'élevait l'habitalion, sur les derrières s'étendaient une cour et un jardin. Ce type rappelle étrangement l'habitat des Wikings, avant la conquête, tel que le représentent les archéologues Scandinaves. Le topt danois, encore en usage au début du xix*" siècle, était le lot dont disposait chaque habitant pour construire sa demeure ; il avait la forme d'un long rectangle ou d'une ellipse avec l'entrée par le pignon. Plus tard, quand les envahisseurs normands se partagèrent au cordeau les territoires neustriens, c'est encore cette disposition qu'aflectèrenl leurs allotissements. Au XI* siècle, les moines imposèrent la même configuration aux terres essartées de leurs colons. Les boëls, d'un vieux mot normand qui signifie masure, étaient des parallélogrammes plus longs que larges, d'où le nom de longs boëls répandu sur le plateau et la forêt de Boos. A l'une des extrémités du Jjoël, chacun élevait sa chaumière. Toutes les portes s'ouvraient du même côté sur le chemin forestier qui devint plus tard la grande rue de la paroisse. Cette disposition s'observe parfaitement encore, malgré la déformation moderne des agglomérations, à Notre- Dame de Franqueville, à Mesnil-Haoul, à Bois-l'Evêque, à la Neuville-Champ-d'Oissel. Elle est encore visible sur les anciens plans de la ville de Uouen, particulièrement sur celui de Saint-Sever, établi au xvin' siècle, au moment

de l'extension de ce faubourg '. Les blocs de constructions, très étroits, alignés sur la rue. laissent sur leurs derrières de grosses places vides, formées des jardins respectifs. Ces jardins furent accaparés dans la suite, lors de la constitution des grands hôtels par les propriétaires les plus riches, ou revinrent à la ville en cas de démolition des immeubles. Ces places ou boëls furent affermés pour la dernière fois à des cultivateurs en i6o5. Les vieilles maisons nous montrent donc, avant tout, le souci de se constituer des approvisionnements. La maison urbaine ne se différencie de la maison rurale ni quant à sa matière, ni quant à sa forme ".

La façade très étroite des maisons roaennaises est la cause de leur structure uniforme. La plupart des vieilles demeures se présentent en pignon sur la rue et superposent les étages jusqu'à la limite extrême, permise par la qualité des matériaux et les édits de l'échevinage. C'est la grande différence davec les maisons de la banlieue et du plat pays. A la campagne, les habitants se disséminent en surface, à la ville, ils se répartissent en hauteur. Par ailleurs la division de l'ubri est la même ; une pièce où l'on travaille, une pièce oi^i l'on vit. une pièce où Ion emmagasine ; le tout très abrité sous les saillies du toit. A côté des maisons à pignon qui sont les plus fréquentes, on trouve encore quelques maisons plus modestes, appuyées sur les premières et dont le toit se présente par le côté gouttereau. Ce sont les maisons appentiches ouïes appentiches simplement. Elles sont moins confortables ; souvent elles ne comprennent qu'un étage et une mansarde sous la couverture. Les bourgeois propriétaires les donnaient à bail à de pauvres gens et spécifiaient que les locataires ne pouvaient y introduire ni truyes, nipourceaux. Elles étaient habitées par des artisans urbains, le plus souvent obligés par leur état à vivre au centre de la

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