I. — Les conditions démographiques
La natalité. — Jusqu'aux premiers recensements du XIX* siècle, il est extrêmement difficile d'apprécier les variations de la population rouennaise. Même à une époque assez proche de nous, au xviu' siècle, l'incertitude où nous sommes de la valeur des feux, lignorance des références doîi sont tirées les statistiques, toutes ces imprécisions rendent très précaires l'emploi et la comparaison des chiffres qui nous sont parvenus. Les pouillés, les états généraux des feux, les capitations, les informations relatives aux cures, les rôles de la débite et les rôles de fouage sont les seules pièces d'archives assez complètes pour étayer la discussion. Malheureusement, les conclusions doivent être acceptées avec la plus grande prudence.
Les invasions, les guerres, les épidémies nombreuses, les famines répétées, les misères physiques et morales ont été les causes de la faible fécondité des mariages dans la généralité de Rouen. Les calculs de Messance en 1701 évaluent que 25 habitants donnent une naissance, année
commune, dans la généralité d'Auvergne; dans celle de Lyon, la proportion est de 2 4 pour i ; dans celle de Rouen, elle est de 27,5 pour i. Une opération analogue montrait que les familles de plus de 6 enfants étaient aux autres comme 1 à 3i en Normandie et comme i à 21 dans le Lyonnais et en Auvergne. Dans la ville même, la population étouffée dans ses enceintes voyait sa natalité décroître au-dessous de la moyenne du plat pays. L'importance géographique de l'espace était encore plus indiscutable à Rouen que dans les autres cités. De 1762 à 1 761 , le chilfre des naissances par mariage fut inférieur à celui de Lyon : 3,2 contre /|,02 '.
La plus forte natalité s'observait dans les paroisses les plus pauvres. Saint-Maclou et Saint-\ ivien, peuplés d'artisans, contribuaient plus à 1 augmentation de la ville que Saint-Godard ou Saint-Amand, quartiers commerçants ou nobles. Par ailleurs, l'influence de la manufacture se fait vivement sentir dans les deux décades étudiées par Messance, à la fin du xvn" siècle et au milieu du xvIIl^ Au centre de Rouen, quartier de la classe aisée, la natalité diminue : dans Saint-Godard de 33 pour 100, dans Saint-Pierre-du-Chàtel de /|0 pour 100, dans Saint- Amand de 5o pour 100: mais elle augmente dans les faubourgs oii les salaires plus forts introduisent un bienêtre plus grand : dans Saint-Nicaise, elle s'accroît de 28 pour 100, dans Saint-Paul de 33 pour 100, et surtout dans Saint-Sever, assourdi du bruit des nouveaux métiers, de [{^ pour 100. Les excédents des quartiers populeux et ouvriers comblent les déficits des quartiers riches ; mais en fin de compte, le taux de la natalité, en croissance très minime dans la généralité, n'augmente pas dans la ville elle-même. En rapprochant un dénombrement par feux daté de 1791 d'un état analogue dressé en 1770, M. de Beaurepaire est arrivé aux mêmes résultats. Le chiffre de 39 naissances pour i 0(jo donné par la sta-