Messance: i'Ci', p. ii/i, iiô, 129, i4G
Levai.nville. — Rouen. aS
Sbll LA VIE DE ROUEN
tistique de 1790 peut cire pris, sans grande erreur, pour la moyenne annuelle du xvin" siècle. Elle devait rapidement tomber à 28 pour I 000 avec les troubles et les guerres des premières périodes révolutionnaires ' .
Pendant les deux premiers tiers du xix* siècle, la natalité de Rouen est directement fonction de l'industrie coton nière. Elle suit exactement les variations de sa prospérité. La proportion pour i 000 monte rapidement avec les années heureuses ; elle atteint Si en 1821, 35 en i83i. Le retour des conscrits eut sur les naissances une influence moindre que l'augmentalion des salaires. Les cantons agricoles de l'arrondissement accusent des chiffres très inférieurs : 22 naissances pour i 000 à Buchy, 26 à Clères, 26 à Boos. A la même époque, les cantons industriels marquent des maxima : 34 à Maromme, 38 à Rouen, [\i à Elbeuf. Pour les mêmes raisons, la crise des^ années 1860 fut suivie par une décroissance de la natalité. La moyenne tomba en 186 1 , au chef-lieu du département, à 2 G pour I 000 ^
Elle se releva et atteignit 29 pour 1 000 après la guerre de 1870 pour retomber à 2/1 en 1891, à 22 en 1906. L'activité industrielle, cause de l'augmentation des naissances dans la période précédente, est maintenant la raison de leur diminution. La grande concentration des familles d'artisans sur un espace relativement restreint augmenta rapidement le coût de l'existence en même temps que la recherche de la main-d'œuvre féminine distrayait la femme de son rôle de mère. L'équilibre social et économique de la famille était par trop instable pour être favorable à une procréation répétée. Si le nombre des familles de 7 enfants est légèrement supérieur dans la Seine-Inférieure à la moyenne française, c'est en partie aux grands plateaux agricoles du Caux et du Vexin qu'est
1. De Beauropairc : 247. p. 38o; Messance: 2iii>. p. 7^, i^o; Sion: 3io. p. 289, 290; A. S. I.: M Recensement, 1790.
2. A. S. I. : M statist. générale, 1820, 18^0; M moiiv. popul., 1821. 1861, 1872.
due cette supériorité. La nécessité de trouver une maind'œuvre facile à recruter et à bon compte incite le fermier à avoir de nombreux enfants. Dans l'arrondissement de Rouen, plus on s'éloigne des centres industriels, plus on se rapproche des communes agricoles, plus le nombre des naissances augmente. Actuellement, la conception est en raison inverse de la densité des usines'.
A Rouen même, l'eflectif de la famille (3. 59) est inférieur à celui de la France (3,79), à celui du déparlement (3,68). En 1886, sur35 8/ii ménages habitant la ville, 9992 étaient composés d'une personne, 8724 de 2, 6 459 de 3, 4 198 de Ix, 2 k-i^ de 5, 3 990 de 6 et au-dessus. Les paysans des plateaux, descendus dans la vallée pour y devenir ouvriers, ont élevé la moyenne. Les recenseurs inscrivent les familles les plus nombreuses dans les quartiers peuplés de cotonniers, dans le cinquième canton, au voisinage des vallées de Darnétal et de Maromme, dans le sixième, à Saint-Sever, à proximité des grandes usines de la rue d'Elbeuf, près des grandes fabriques de Sotteville et de Quevilly. Mais vienne la prospérité, les enfants de la première souche modèrent leur procréation. En sembourgeoisant, ils sont moins prolifiques. Si la fortune persévère dans la même maison, la troisième génération aura le souci de diminuer le nombre de ses héritiers pour leur acheter une charge de judicature ou leur permettre une carrière libérale. La famille s'éteindra rapidement, car si la natalité est faible, la mortalité est très forte'.
La mortalité. — Nous avons tenté ailleurs de démontrer comment les conditions géographiques du site étaient pernicieuses pour la santé des habitants. Les maladies épidémiques trouvaient à Rouen un champ d'action très favorable à leur développement. La famine était un
I. Sion: .y/0, p. /|38; Turqiian : V/V, p. (yy, A. S. I. : M slalist., 1886. a. B. S. indus.: 1890, p. 35o; A. S. I.: M rnonv. popul., 1906.
allié imporlant pour leur œuvre dévastatrice. Les maladies vermineuscs, la suelle, le paludisme, entretenus par les eaux croupissantes sur une voirie imparfaite aussi bien que par les marais environnant la ville, emportaient, chaque année, de nombreuses victimes'. Mais aucune de ces affections ne possédait, comme la lèpre et la peste, les caractères d'un fléau.
La lèpre fut de bonne heure à l'état endémique. Elle nécessita l'établissement de nombreuses léproseries et maladrerics. Henry II, roi d'Angleterre et duc de Normandie, en lit construire plusieurs autour de Rouen. Les défrichements et les dessèchements entrepris par les religieux du moyen âge eurent raison de la contagion. Les établissements isolateurs furent désaffectés et réunis aux hôpitaux sous Louis XIV^. La peste, amenée le plus souvent par les laines étrangères, persista plus longtemps. Elle était plus terrible : Chéruel évalue à loo ooo le nombre de ses victimes dans le duché en i3/i8-i349 ; la ville seule avait perdu le tiers de sa population. Le xvi* siècle fut particulièrement marqué par ses ravages. Malgré les prescriptions du Parlement et de l'échevinage, 5o ooo personnes périrent en i52i. En i522, sur une totalité de 10 ooo habitants, la paroisse de Saint-Maclou comptait seulement Ao communiants chaque dimanche ^ Aggravée par les disettes, la peste fit encore de nombreuses victimes au xvii'' siècle. En 1G20, lioo maisons furent croisées; en 1622, 5oo immeubles étaient contaminés ; leur nombre augmenta de i5o l'année suivante; 348 malades avaient succombé à l'hôpital. Elle réapparut en 1G37, en 16/19, en 1668, apportée cette fois par les laines de Picardie. Les Rouennais apeurés émigrèrent vers le plat pays. Ce furent ses derniers ravages. Soit que les
3. Lochaudcy d'Anisy: l>50 ; Rcnoult: l'jo. p. 108; Lormior: 2f!i. j). 11; Chéruel: Mcm. S. Aiiliq. Norm., XVIII, p. 33.
3. Frère: 228, p. xxiii ; Boucher: 2')i. p. 179; Adeline: 2^5. p. 8; Fouquet: 227, I, p. 3i6.
conditions hygiéniques de l'habitat fussent meilleures, soit que le débarquement des laines fût l'objet de mesures sanitaires, soit que l'ouvrier mieux nourri grâce aux salaires plus forts et au blé moins cher présentât plus de résistance au fléau, la peste disparut entièrement au XYin*" siècle. Le collège des médecins, consulté en 1721 par la Chambre de commerce, fut d avis de laisser entrer librement les personnes provenant de l'Europe méridionale ' .
(( Les morts de 1690 à 1700, remarque Messance, sont supérieurs à ceux de 1752-1762 de 6007 (dans la généralité) ; d'oii il résulte que 10 années de 1762 à 1762 ont été moins mortelles d'environ un cinquième que celles de 1690 à 1700, ce que l'on doit attribuer aux maladies épidémiques de i6g3 à 169/1. ^^ ^^^ quartiers les plus populeux accusaient une diminution sensible de la mortalité ; Saint-Maclou de 20 pour 100, Saint- Vivien et Sainte-Groix-des-Pelletiors de 25 pour 100. Dans le milieu du xvni* siècle, la population urbaine progressait, même sans l'apport d'éléments étrangers ; les naissances surpassaient les décès : l'accroissement fut à Rouen en 10 ans de [\o^ unités. En compulsant les archives de l'intendance, M. de Beaurepaire est arrivé aux mêmes résultats. En 1790, il naissait un enfant pour 26,7 habitants, il mourait une personne sur 3o habitants'.
Ln médecin de cette époque, Lepecq de la Clôture, a étudié la salubrité relative des quartiers de Rouen. Martainville est le plus malsain, principalement autour de Saint-Paul, de Saint-Maclou et dans la partie basse de Saint-\ ivien ; un marais retient l'eau pondant l'hiver, et l'action des vents bienfaisants de la vallée de Darnétal se trouve contrariée par la montagne Sainte-Catherine et
I. De Beaurepaire: i'.7o. p. 179, i85; Frère: 22S. p. xxiv; Etal des maisons: 2ii4; Lcudet: 2.7.V, p. 53; Messance: 2O2. p. So", 324, 3.i5; A. Nat. : H i58«".
3. Messance: 262, p. 100, 101 ; Sion : J/o, p. 289; de Beaurepaire: 247. p. Sgo ; A. S. I. : C 1 14, 1 1 5 ; M mouv. popul., 1790.
les plantations du cours Dauphin. Sous ce rapport la paroisse Sainl-IIilaire est mieux située. Dans cette partie de la cité, les habitants entassés dans des taudis humides sont soutenus à défaut de nourriture par de l'eau-de-vie ; ils sont sujets à toutes les épidémies. Après Martainville, la basse ville, le long du port, souvent inondée, presque toujours recouverte de boues et d'immondices, est le (juartier le plus mauvais. Les marins et déi)ardeurs reçoivent des salaires insulTlsants, essentiellement valiables par suite des inondations ou du gel. Leur alimentation est plus que médiocre, mais leur \ie au grand air leur permet de mieux résister, La partie de Cauchoise soumise au brouillard, mais éclairée le soir par le soleil, est plus favorable. La population travailleuse des maraîchers et des jardiniers y vit mieux. Enfin le quartier Beauvoisine, sur l'axe de relèvement qui conduit au port, ne devrait jamais contenir de malades si ses riches habitants ne se laissaient entraîner par le luxe de la tahle et surveillaient de plus près leur hygiène'.
Les bienfaits d'une voirie mieux comprise, l'assainissement des quartiers populeux, l'accroissement des faubourgs, surtout l'essor prodigieux de l'industrie cotonnière sous la Restauration et la Moiiaichie de juillet, toutes ces causes diminuèrent considérablement le taux de la mortalité pendant les deux premiers tiers du xix* siècle. L'influence régénératrice de la manufacture est un phénomène général dans tout l'arrondissement et très remarqué par les maires à l'occasion du recensement de 1826. Les communes des plateaux perdent les artisans à domicile et accusent un taux plus élevé des décès ; les communes de la vallée condensent la main-d'œuvre et mar- (juent une vitalité plus grande. Rouen très agitée par la lilature et le tissage ne fait pas exception; sa population s augmente annuellement par suite de 1 excès des naissances sur les décès. Mais plus que toute autre commune