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LA POPULATION SSQ
elle devait subir les contre-coups de la crise de 1860. Dans le langage des ouvriers, un kilogramme de calicot représente 6 livres de pain, un kilogramme d indienne 1 1 livres, un kilogramme de rouennerie 26 livres. Or dans les six premiers mois qui suivirent les traités, l'Angleterre importa 6/i6 000 kilogrammes de calicot et 97900 kilogrammes de tissus teints ou imprimés représentant une valeur de 6 millions de kilogrammes de pain. Les décès redevinrent rapidement supérieurs aux naissances. Pendant 20 ans, de 1861 à 1881, le taux de la mortalité fut de 2^,29 pour i 000 à Paris et de 82,74 à Rouen'.
Actuellement, et pour les mêmes raisons, l'activité industrielle cause de la diminution de la natalité dans l'agglomération est aussi la raison de l'augmentation de la mortalité. Elbeuf. Darnétal, Sotteville, Boos, Rouen, ■cantons ouvriers, accusent un déficit des naissances par rapport aux décès ; Pavillv, Clères, contrées agricoles proches du Caux. Buchy dans le voisinage du Vexin marquent au contraire un excédent. Au centre urbain, dans les agglomérations ouvrières, la mortalité a atteint des proportions effrayantes : 280 pour 1000 rue Préaux, 670 rue Martainville. 800 rue de l'Eau-de-Robec. Le quatrième canton près de Martainville est le plus malsain, 8aint-Sever vient ensuite. Le plus résistant aux maladies €st le premier canton, au milieu de la ville ; c'est l'habitat du commerce".
Rouen est donc certainement une des villes de France où la mortalité est la plus forte. Si les maladies du moyen âge et du xvni" siècle ont disparu, d'autres sont venues dont les ravages sont peut-être plus terribh^s encore.
Le choléra de 1882. celui de 18^19 ont laissé dans la région de cruels souvenirs. Les maisons ouvrières de Déville, de Maromme, de Bonde ville, les quartiers popu-
1. Sion : 3io, p. ^03; Spalikowski : 2/l>. p. ^6, 5^; Auge: 216, p. 877, ^o(>; Cordier: 188. p. ^7; A. S. 1.: M mouv. popiil., 1826.
2. Grivcaud: i>5.'>. p. (j5, 98; B. S. indus.: 1886, p. Sgo; 1890, p.
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leux de Rouen comptèrent de nombreuses victimes. Les eaux croupissantes ou courantes étaient un véhicule excellent pour le bacille. L épidémie cholérique et typhique de 1892 a démontré la morbidité des communes en bordure de la Seine, de la rivière de Clères, de la Sainte- Austreberthe ; les maisons riveraines étaient le plus sérieusement contaminées'. Heureusement, ce sont là des cas isolés ; mais d'autres affections sont plus dangereuses pour la santé de Rouen. La mortalité infantile et la phtisie sont cause de pertes beaucoup plus nombreuses. Sur 3^1/1 décès déclarés en 1 909 on a compté 582 cas de mortalité infantile et 578 cas de tuberculose. Il est vrai que dans toute la Haute-Normandie « de nombreux enfants périssent dans la première année par suite de fâcheuses hérédités ou parce que des soins intelligents leur ont manqué », mais la proportion est vraiment extraordinaire dans l'agglomération rouennaise. Sur 5 enfants qui naissent à Rouen, 2 succombent avant leur troisième année. Dans la statistique de ses décès Lyon attribue 20 pour 100 à la mortalité infantile, Rouen39,29pour loo". La phtisie est aussi terrible. Elle s'attaque surtout aux artisans. On peut lui imputer 33 pour 100 des décès dans la classe pauvre et 3 pour 100 seulement dans la classe aisée. Dans le quartier Saint-Hilaire, cette affection retient 3 pour 100 des morts et 0,16 pour 100 dans la rue Jeanne-d'Arc. Rouen est pour l'importance de la phtisie la huitième ville d'Europe, la quatrième de France. Sans doute la poussière du coton prédispose à cette maladie, détermine son développement et accélère sa terminaison fatale ; mais le plus souvent les organes de l'artisan, imbibés d'alcool, n'offrent aucune résistance au mal qui les frappe '.
<( L'ivrognerie est tellement leur vice, écrivait Villermé
1. Vingtrimer: ujô, p. t\, !xl\; Lcudet: i'.îè', p. 54; Sion : .ï/o, p. 338; A. S. I.: M mouv. popul., i833, ib/ig-
2. Cerné: 282, p. aSS; Grivcaud: 25'), p. gâ ; Panel: 268 . p. l'Hx; Sion: 3io, p. ^38.