Dovillc: Pr. Trav. Acad. R., i803, p
veaux venus, dit M. Petit, ne dépossédèrent point les anciens propriétaires pas plus que les Francs n'avaient dépossédé systématiquement les Gallo-Romains. Ils n'en eurent pas besoin tellement il y avait de vides après 70 ans de désolation. Le domaine public, les terres vacantes, les champs en friche durent suffire à pourvoir RoUon et ses compagnons. C'est ce qui facilita la fusion entre les nouveaux venus et les indigènes. » Ces immigrations furent surtout favorables pour le plat pays, mais les villes en profitèrent également. A Rouen, l'accroissement dû aux Normands se traduisit par l'agrandissement de l'enceinte. Lorsque la ville avec la Normandie fut réunie à la couronne sous Philippe- Auguste, elle avait sur les autres villes voisines plus de 100 ans d'avance. Les émigrants, les réfugiés des provinces voisines s'y précipitèrent comme dans une terre d'asile '.
Dressé quelque temps après, le pouillé d Eudes Rigaut estime les paroissiens de Rouen à /40 000 âmes. Mais en y ajoutant le clergé régulier et séculier, les vassaux des abbayes, les Juifs, la population rouennaise pouvait être portée sans exagération, à la fin du xni" siècle, au chiffre de 5o 000 âmes. Elle a dû peu varier jusqu'à la fin du xv" siècle. Sans doute, l'essor prodigieux de son industrie, les gloires de son armement amenèrent dans la cité un grand afilux d'étrangers et de nationaux. François I*', dans une conversation avec Charles-Quint, la tenait pour la première du royaume. « Rouen, aurait-il dit, est la ville la plus peuplée de France, car Paris est plus qu'une ville, c'est une province. » Mais il ne faut pas oublier que la prospérité des campagnes restreignait l'apport des éléments forains et que les désastreuses conditions démographiques renforçaient l'excédent des mortalités sur les naissances. Pour ces raisons, il nous semble impossible d'admettre avec Chéruel que Rouen comptait à la fin de la commune plus de 100 000 âmes, et avec Puiseux