‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 16 sur 168 · I. LK\()I.UTION UU UELIEl. II. La FoIŒT · texte numérisé non relu

I. LK\()I.UTION UU UELIEl. II. La FoIŒT

Rouen doit sa plus lointaine origine au passage où 1 on traversait la Seine, au point de contact du fleuve et de la marée. La cabane des palafitles, au bas de la rue Grand- Pont, est lanrètrc de lairti^lomcralion actuelle. En cet endroit, la circulation était plus intense et l'arrêt nécessaire ; la vie humaine s'y est concentrée pour un domicile plus prolongé. Mais si la position d'une ville peut donner la mesure de son développement comme aussi la raison de son début, elle ne suffît pas à expliquer son emplacement. La situation géographique est la déterminante de la fortune urbaine : les conditions naturelles du site sont les raisons de la lapidité ou du retard de son essor. La Seine faisait la grandeur de Rouen ; elle pouvait causer sa perte. La mer en pénétrant jusqu à la cité y conduisait les nefs étrangères, mais les habitants ont eu grand peine à s'établir au milieu des marécages et des bois. Sans doute les premiers ocru|)ants trouvèrent dans la complication du réseau hydrographique, dans l'impénétrabilité du massif forestier, des conditions excellentes pour la défense : ils établirent une de ces forteresses de vallée dont on trouve encore des exemples à Amiens, à la Fère et à Reauvais'.La structure générale présentait des qualités

I. Voir Demangcon : La Picardie. Paris, if)o5, p. '^8-] cl suiv.

stratégif[ues ; mais elle était défavoiablc pour l'extension de la cilé et en définitive il fallut faire violence aux lois de la nature pour que la ville put suivre sa vocation économique.

Le sol de la ville de Rouen est un relief inversé. La courbe concave que décrit la surface du terrain depuis le Mont Fortin jusqu'à la place des (îliartreux est le résultat du travail des eaux. Elles ont déblayé la masse soulevée par les mouvements orogéniques qui ont bouleversé le bassin parisien depuis les débuts du Tertiaire.

Après le dépôt de la craie blanche (Sénonien), une surélévation générale du bassin de Paris a refoulé la mer vers le nord, mais à l'époque suivante (Danien), une descente générale de l'aire synclinale y ramena les eaux. Des mouvements semblables, soulèvements et abaissements, ont duré pendant tout le Tertiaire, persisté jusqu'au Quaternaire. Les mouvements sismiques signalés à Rouen dans la dernière moitié du xix* siècle sont les témoins infiniment atténués de ces secousses : leur apogée fut vraisemblablement au Plaisancien. Mais à chaque époque, les poussées orogéniques se produisaient aux mêmes emplacements que les précédentes, elles accusaient des caractères déjà indiqués. Sur les mêmes axes se formait successivement une série de synclinaux et d'anticlinaux dii'igés Nord-Ouest-Sud-Est *. Ces plissements ont été sans grande importance pour le développement de l'activité urbaine. La fajlle de Rouen est un accident géologique mais non une valeur topographique. Par contre, d'autres plis perpendiculaires', contemporains probablement du dessèchement du lac de Beauce, j^araissent avoir joué

1. Giilly : 30. p. 4/1 ; Dullfus : 3H. p. i ; M. li.Tliaii.l : .7.7. p. 118 ; Munier-Chaltnas : 55, p. ()3r) ; de Lapparcnl : 4i)- P- l'^j 1I«'1jctI : 4<>, p. ^5-.

2. DoUfus : 38, p. 5'^; Hébcrl : j'î. p. 5ii; ilo Lapparent : 4<)- P- aVi-

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l'emplacement de ROUEN 89

un plus grand rôle dans l'établissement des premières agglomérations. Leur point de rencontre avec la Seine marque un point de passage connu dès la plus haute antiquité. A Vernon, un camp romain domine le pont actuel construit sur un ancien gué ; à Villequier, des objets des premières industries humaines ont été trouvés dans la rivière ; dans la région de Rouen, cet axe suit la route d Elbeuf, la rue Grand-Pont, la rue Beauvoisine. Par son l'ait, le sol s'élève entre la rue Jeanne d'Arc et la rue de la République. Sans qu'elles fussent connues, les propriétés de cet anticlinal ont été utilisées de toute antiquité. Une station de palafittes a été découverte au sud de la rue Giand-Pont, à l'endroit où Taxe traversait la Seine '. Au même lieu, les populations ont construit successivement le pont de la reine Mathilde, le pont de bateaux et plus tard le pont Boïeldieu. Une route suivait ce faîte et conduisait ù travers la forêt, au sud vers les plateaux du Roumois, au nord vers les plateaux du Vexin. Les lignes directrices du terrain ont toujours guidé les migrations rouennaises. Le sens du mouvement n'a pas changé, mais seulement la vitesse.

Quoi qu'il en soit, à la fin du Pliocène, par suite des mouvements orogéniques, l'emplacement sur lequel se trouve la ville actuelle était surmonté d'un énorme bloc crétacé. Il pouvait s'élever jusqu'au niveau du Mont-Fortin et s'arrêtait, on falaise, dans la presqu'île du Rouvray, suivant une limite passant aux environs de Bapeaume, du jardin des Plantes, des Gravettes. Sans doute, cet ensemble, submergé souvent sous les mers tertiaires, était-il déjà fort démantelé quand le travail des eaux vint, au Quaternaire, l'araser définitivement.

L'attaque des eaux courantes fut très facilitée parles nombreuses diaclases de la craie. Au sud, la Seine sapait la lèvre surélevée de la faille ; au nord, les alïluents descendus de la nappe aquifère constituée par l'argile à silex

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