Lotlin : 5//. p
l'emplacement de ROUEN 47
La carte topographique nous aide à estimer les chances de fortune que possèdent les agglomérations à leur naissance (fig. 6). Entre la Seine, le Robec, les marais du Lieu de Santé, le pied des coteaux, Rouen pouvait se développer sur une sorte de pentagone très irrégulier : le plus grand axe mesure environ 2 ^oo mètres et le plus petit
FiG. 0. — Le silo (le Houcn, ciiccrclc ilc coteaux. (Écliellc, I : 'j5 ooo environ.)
I 120 mètres. Son grand coté est appuyé sur la live droite de la Seine; c est là que régnera l'activité de la cité, c'est là qu'elle croîtra le plus. A l'opposé, elle est contrebuttée par des coteaux à pente très rapide dont les crêtes atteignent i58 mèjtres, soit i53 mètres au-dessus du port. De ce côté, la ville ne s'étendra guère avant les déboisements, avant (jue l'industrie des transports n ait
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réussi à surmontor la laidctif dos penlcs. Cependant les maisons n'y foimeronl jamais ce groupe compact qui indique sur un plan l endroit où l'aclivilé commerciale et industrielle est la |)lus grande. Les ilancs du Mont-aux- Malades, du Monl-Fortin, de la ferme des Sapins convergent bien vers la cilc, mais ils sont trop inclinés pour être accessibles à la circulation des véliicules lourdement ■chargés. La lecture de la carte nous porte à croire que la ville progressera d'abord en bordure de Seine, puisqu'elle cherchera à s allonger dans le couloir du Robec. Dans le faubourg Cauchoise se grouperont les industries qui sont en rapport avec les plateaux, car de ce côté la circulation •est la plus facile, l'^nfin, si l'on reporte les yeux sur la rive gauche du fleuve, on remarque entre Sotteville et Petit-Quevilly une grande plaine demi-circulaire dans laquelle il sera possible de tracer de grandes voies droites, horizontales et rayonnantes dans toutes les directions, une fois que l'obstacle foret sera abattu. C'est une contrée <3minemment propre aux communications. Mais là encore l'essor de la cité sera fonction d'un labeur acharné.
Les avantages de la situation géographique de Rouen ■étaient considérables grâce à la proximité de la mer et de la capitale, mais les éléments de sa position topographique étaient loin d'être favorables au développement d'une grande agglomération. Les habitants durent lutter pour s'installer près du fleuve ; si les marais n'avaient pas ^té desséchés, les grands bois défrichés, la fortune de Rouen au confluent du Robec, encerclée de plateaux, étranglée de forets, eut été comparable au sort de Duclair au confluent de la Sainte- Auslreberthe ou des Andelys au confluent du (Jambon.
I. Les sols de la wia.ia:. Les dépôls fluviaux. Les marais. — II. L i;ti- LisATioN Di:s SOLS. La craie. Les graviers el les sables. Les plaines (Valluvionnemenl. - — III. L'eau dans lk milieu iiumaix. Les
(( Sans doute, la détermination de la surface habitée est la première question qui se pose à la géographie humaine. Mais dans la terre habitée, il y a les contrées on l'homme n'est en quoique sorte que toléré par la nature anibiante*. )) Pour prospérer, il est indispensable que les établissements humains puissent trouver facilement et dans les environs immédiats, les éléments de leur abri et de leur subsistance. Les plaines d'alluvionnemenl traversées par les llcuves séniles dans les parties inférieures de leur cours sont généralement propices aux grandes agglomérations. Elles rencontrent à proximité des bords, sinon tous les matériaux de construction, au moins des avantages certains pour leur alimentation, des pêcheries llorissantes et surtout des terres que les inondations rendent à volonté transformables en grasses prairies ou en champs fertiles. Les Uouennais devaient donc rechercher dabord dans la vallée de la Seine leurs moyens d'exis-
t. V idal de la Blaclio : F-a rîéographic hiirnaiiio. Ilev. de svnllicsc liist., ^ III, Kjo'i, p. 223.
Levainmi.i.e. — Hoiicn. 4
5o LE SITE DE ROUEN
tence. Malhoureusement, leurs efforts ne furent point récompensés.
Les dépôts fluviaux. — Dès que la Normandie fut exondée à la fin du Crétacé, les eaux courantes entrèrent en action. L'érosion poursuivit son œuvre durant tout le Tertiaire, avec plus ou moins de succès, suivant que Técorce terrestre se contractait ou restait immobile. Elle atteignit son maximum d'intensité au début du Pliocène. Le Bray fut profondément démantelé. Les débris, emportés par des courants excessivement violents, ont constitué des nappes de galets sur les plateaux voisins et semblent avoir ébauclié la vallée de la Seine en amont de Rouen. La carte géologique de Uouenles signale au-dessus de Neufmarclîé, autour de Gisors, sur les rives du fleuve àCourcelles-sur-Scine(85 mètres), à Daubeuf(QO mètres), à Pont-de-F Arche (9/1 mètres), aux Authicux, près Tourville (88 mètres), dans la forêt de Rouvray (85 mètres), à Canteleu (89 mètres), à Grand-Couronne (79 mètres). Ces dépôts ont rarement plus de 3 mètres d'épaisseur. Leur orientation indique les déplacements du fleuve. 11 coulait, soit d'Oissel à Grand-Couronne, soit d'Amfreville à Canteleu, dans une vallée large de 8 à 10 kilomètres, à ^o mètres ou (io mètres au-dessous des plateaux actuels'.
La descente de la Seine des hautes altitudes pliocènes jusqu'au niveau présent est le résultat de la surrection de la pénéplaine pendant tout le Pléislocène.
Le fleuve a laissé sur les boucles connexes les traces de ses migrations. Du haut de Canteleu ou de la montagne Sainte-Catherine, on aperçoit nettement les nom-
I. Dollfiis : .),'/, VI, p. '), Vil, p. 7, et 4', P- 'i, et i.'i. p. a^O; Fortii) j5, p. 177, 17'^.
LES RESSOURCES DE LA VALLEE ï) I
breuses terrasses des sédiments pléistocènes, très difTérents des dépôts pliocènes et qui marquent les étapes successives du creusement de la vallée. Ces dépôts toujours roulés contiennent des cailloux de taille variée, pesant jusqu'à 5 tonnes ; ils proviennent de la meulière de Beauce, des grès tertiaires, des roches du Morvan et le plus souvent des silex crétacés de la région. Intercalés dans des lits de sable, ils constituent le gravier de fond de lielgrand. La première terrasse se trouve à ^48 mètres environ au-dessus de létiage. Elle débute à Venables (58 mètres); on la retrouve à Louviers (45 mètres), sur le contrefort de Tourville près le tunnel du chemin de fer ('j8 mètres), au rond-point de Sainte-Lucie dans la boucle de Rouvray {ho mètres), dans la boucle de Roumare (^2 mètres), près de Bardou ville au nord de la forêt de Mauny ( ^8 mètres), plus loin encore au Trait et à Graville-Sainte- Honorine. Sur la rive concave, plus abrupte, les eaux ont laissé moins de traces. Cependant les dépôts pléistocènes ont marqué leur passage dans une anse près d'Amfrcvillela-Mi-\oie, près de la Poterie et dans la vallée du Becquet à l'est de Saint-Adrien. La deuxième terrasse est plus basse d'environ 25 mètres. On la rencontre au-dessous de la première dans la boucle de Tourville à Cléon {'.io mètres), dans celle de Rouvray au sud du château des Bruyères (22 mètres), dans celle de Mauny, près d'Ambourville (aS mètres). En d autres endroits elle est isolée, soit (pi elle serve de soubassement aux limons de lavage comme à Oissel, Solteville, Quevilly. soit qu'elle ne supjiorte que des graviers pléistocènes comme à Saint-Etienne du Rouvray et à Grand-Couronne. On retrouve ce niveau ;"i 18 mètres d'altitude à Watlevillc. en face de Villequier'. La troisième terrasse est le plus souvent recouverte d'alluvlons modernes. Elle suit d'assez près la courbe de niveau de 10 mètres. La ligne d'Oissel à Rouen est tracée dans
I. A. Calicii : Le gisement de Wallcvillc. H. S. étu. prthis., XIII, p. <'|J0.
sa surface ; les ballastières du Alanoirc au Sud d'Alizay, d'Oissel, de Sainl-Aubin-Jouxte-Boulleng, les sablières de Quatre-Mares, des Chartreux, les gravières d'Amfreville-la-Mi-Voie sont exploitées dans ses sédiments. Kn bordure de Seine, pour éviter les inondations, Sotteville, Petit-Quevilly, Grand-Quevillv, Petit-Couronne, Saint- Martin-de-Bosclicrvillc, Bervillc-sur-Seine, Anneville-sur- Seine ont établi leurs fondations sur cette troisième terrasse. La quatrième est dans le lit du fleuve actuel. On la trouve au-dessous des sédiments modernes quand on drague les bas-fonds: à 2 mètres au-dessous du niveau de la mer à Saint-Pierre-du-Vauvray, à 10 mètres à Saint- Sever\ à 26 mètres à Petit-Ville.
Le dernier ou le plus bas lit des grandes rivières de lage de la pierre taillée se trouve donc au-dessous du niveau actuel. Les gros graviers qui existent sous la tourbe ou sous les pclits cailloux marquent bien les fonds pléistocèncs. Ce lit du tleuve ancien était démesurément trop large pour le fleuve historique d'un débit beaucoup |)lus maigre. La Seine tiavailla à rétrécir son lit en déposant des tourbes ou des graviers. La tourbe semble en relation directe avec la même formation qui se découvre aux marées basses sur les cotes de la mer du Nord et de la Manche. Elle montre que le régime de la Seine s'était assagi, que les eaux étaient limpides, sans grandes crues, car, si la craie est favorable à ces dépôts, il faut des conditions de calme complet pour que les sphaignes puissent s accumuler. L ne nouvelle variation de régime, en correspondance avec un retour de la mer ou un abaissement du continent, rajeunit la rivière et recouvrit les t(jurbes de glaise et de sabfe fin très limoneux. C'est le cycle d'érosion contemporain. Il a constitué avec ses apports les plaines alluvionnales. La Seine les traverse. Mais sur ces
1. DolUus: ,Vr/, VII, |). 7, et coupo I dans /.Y; Fortin: 45. p. 178. \l . lîipot ;i si'nililalîlomml troiivô ([uatri' terrasses à i'oiiguerolles dans la vallée i\c rUrno. La deniièro est égalenuiit inlVrieiire au niveau de l'Orne actuelle. ^. B. s. am. des Se. di' llnuen, 190a, i'''sem., p. ib-.
terrains imperméables, périodiquement visités par les marées et les inondations, son Ht s'étalait, avant les travaux du clienal, en une quantité déliras de durée variable et formait les nombreux marécages si caractéristiques de sa vallée ' .
Les mardis. — Les formes toponymiques telles que le marais, la rivière Bourdet. le petit et le grand Aulnay, Quatre-Marcs, fréquentes sur la carte de l'Etat-major, sont les souvenirs d'un élal préexistant qui n'est plus conforme à la topograpbie actuelle. La carte de Magin (1716)" nous renseigne plus exactement sur la véritable physionomie de la vallée. Les marécages sont dessinés : sur la rive gauche, entre Oissel et Sotteville, sur 10 kilomètres entre Petit-Quovilly et les Mouliiieaux : sur la rive droite, aux confluents du llobec et de la rivière de Clères, entre Sa- Imrs et la fontaine d'Hénouville, enfin sur toute la branche nord-ouest de la boucle de Berville, depuis le méridien de Duclair jusqu'à celui dYville. Plus en aval, les étangs de Jumièges, de Conihout d'Heurteauville continuaient la série des nappes deau stagnantes. L'intendant de la généralité signalait cette situation au contrôle général des finances. « Il y a, écrivait-il en 1712, en bordure de Seine, une grande étendue de marais communaux perpétuellement inondés tant par le débordement de la rivière de Seine poussée par le flux et le reflux de la mer que par les ravines tombant des coteaux qui les environnent '. )) Ces marais servaient de pâture aux époques de morte eau ou pendant les années sèches. Ils étaient 1 objet de nombreux procès entre les paroisses de Petil- Quevilly, de Grand-Quevilly et de Petit-Couronne. L'intendant sollicitait sans succès l'autorisationde les dessécher p(nir augmenter les herbages. Les nappes stagnantes
1. HelLTand : 4. P- 129, l38, r\ '>. p. ^2. «-l .V/. p. 73. et 32. p. lOo; Sion: 3t<,. p. 88; A. Nat., K'»'''- 07^0.