‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 25 sur 168 · De Beaunpaire : :i/tl. p. k^ô · texte numérisé non relu

De Beaunpaire : :i/tl. p. k^ô

normands de la vallée de la Seine étaienl-ils d'un usage plus courant. Ils provcnalenl de deux ccnircs, tous deux sur les sols siliceux de la vallée. Au nord de Houen, l'abbaye de Jumièges avait planté les ceps dans les paroisses d'Ambourville, Berville, Conibout. Ils fournissaient un breuvage peu estimé bien qu'on lexportàt pour la messe en Flandre et en Angleterre. Un dicton disait :

De Conihout ne bcuvez pas, Car il meinc l'homme au trépas.

C'était la limite la plus septentrionale de la vigne. Plus au nord, dans la Soinc maritime, les conditions climatériqucs et surtoutle maximum de pluviosité en automne, au moment de la récolte, arrêtaient son extension. Au sud de Rouen, les vins blancs de Cléon, Preneuse, Caudebec-lcs-Elbcuf et surtout Oisscl avaient plus de bouquet. Grâce à la proximité de la rivière, ils faisaient au moment des grandes foires l'objet d'un commerce assez suivi. Entre ces deux centres, la vigne était plantée sur les sols quaternaires de la rive droite : à Amfreville-la-Mi-Voie, à Lescure, au Croisset, à Hautot, à Salmrs. à Quevillon, à Saint-Georges-de-Bosclierville. Cette culture se révèle dans les anciennes cartes par de nombreuses formes toponymiques : au Mesnil- Jumièges, existait un bameau dit la Vigne ; dans la paroisse de Vaupalière, un bois de la Vigne; un des quartiers de Lescure s'appelait : le Maçonnais. La décroissance du vignoble normand commença dès la fin du moyen âge. Ce fut le résultat des communications plus faciles avec le Bordelais, la Bourgogne, la Cbampagnc et rile-de-France, de la consommation plus étendue de la cervoise et de l'augmentation des pommiers à cidre. Cependant on continua d'exploiter les ceps à Jumièges et à Oisscl au xvi* siècle, et même au xvii'' siècle, après les impôts si lourds que Louis \III plaça sur le vignoble normand". Le vignoble disparut complètement

I. Sainl-Dcnis et Duchemin : sfiO. p. 187 ; Tougard : .7/ /. p. ,504 ol ^^!i ; A. S. I. : C III ; A. Nal. : C' ni.

au xviii* siècle; en 1808. la statistique de Chaptal n'en fait aucune mention ; actuellement les nouvelles tentatives d'acclimatation sur les coteaux Saint-Adrien sont plutôt une reconstitution archéologique qu'un essai économique.

Dans la vallée, la vigne ne fut pas remplacée par les arbres à cidre. Les pommiers et les poiriers restèrent sur les sols argileux du Bray et de la Haute-.Xormandie ; les arbres à fruit s'implantèrent sur les méandres *. Comme les cultures maraîchères ils furent favorisés par le voisinage des grandes agglomérations. La production des fruits de table est ancienne sur les bords de la Seine. Dès le moyen âge, les cerisiers et les abricotiers sont nombreux aux environs de Rouen. Les arbres faisaient l'objet de renies viagères et perpétuelles, mais aussi de contrats de louage. Au wf siècle, l'échevinage, l'intendant de la généralité prenaient des ordonnances pour régler la place des fruitiers sur le marché de la Calende et aussi pour leur interdire la vente en cas de peste. Cependant les mauvais hivers de 1776, 1780, 1784, 1789 furent funestes ; seule la paroisse d'Orival put sauver ses noyers. Dans les pépinières les élèves gelèrent ; on dut faire venir de Paris d'autres sujets. Au début du xix* siècle, les vergers paraissent reconstitués ; 20 à 3o chevaux transportent, en saison, les cerises de Saint-Etienne-du- Rouvray à Rouen. Par la suite la fumure des villes et la proximité des populations toujours croissantes assurèrent la fortune de ces exploitations. En t866, i 807 hectares de vergers s'échelonnaient sur les rives delà Seine. Actuellement les cantons de Grand-Couronne, Solteville, Elbeuf, Duclair et les communes fluviales des cantons de Déville et de Boos fournissentannuellcment 17622 quintaux defruits de table, pommes, poires, cerises, prunes, noix, presque

I. De Bcaiircpaire : 2jO. p. 03; Annu. S. I., i8o(), p. 280; B. S. Agr. , XXIV, p. 208 et i^i ; 190:*, p. -iiS; \. S. F. : M. agrlc, i()o8 ; M. ^tatis., an 1\, p. 65; A. Nat. : F'« 5o3.

toute la production de rarrondisscmeut. Bien qu'il soit moins bien organisé qu'à Gaillon, le commerce de Duelair envoie tous les ans pour /|Oo ooo francs de fruits en Angleterre ; Jumièges, moitié moins.

Les plaines d allnvionnemenl . — La Seine, parvenue à la vieillesse, ne dépose plus dans le cycle dérosion actuel que des pellicules limoneuses, mêlées à de petites parties de sable. Ces alluvions modernes ont une épaisseur de i5 mètres à 20 mètres dans la région rouennaise et constituent un sol riche, argileux, infiniment plus fertile que les dépôts pléistocènes. Passy avait remarqué cette bonne terre non seulement dans la vallée de la Seine, mais aussi dans celles du Robec et de la rivière de Clères '.

Les alluvions ont été de bonne heure couvertes par les prairies; au moyen âge, les rives de la Seine fournissaient presque seules le fourrage d'hiver qui permettait au bétail d'attendre à l'étable la pousse des premières feuilles dans les forets ou des premières tiges sur les communes pâtures. Le fleuve transportait le foin, denrée de grande valeur, depuis Sotteville, Déville. Petit-Couronne, Saint- Georges-de-Boscherville, Bardouville, Jumièges jusqu'à Uouen et même jusqu'à Paris. Dans les siècles qui suivirent la localisation exclusive des pâturages dans les vallées, le recul de la foret, l'augmentation de la race chevaline si employée dans les transports, les demandes plus fréquentes de viande de boucherie, toutes ces considérations donnèrent aux prairies de la plaine riveraine une valeur bien supérieure aux autres sols de la région (fig. 8). Il n'était point rare de voir les paroisses disputer âprement à ladmitiistration Iherbe des routes et du chemin de halage. Plus tard, quand, sur l'instigation de Beugnot, (( la contrée des rives de la Seine ») introduisit les fourrages dans l'assolement, les alluvions restèrent chargées de prairies permanentes. Les herbagers recherchaient le

I. l'assv : 5j. p. 70 ; l'^urlin : ^5. p. 89 ; Sion : 3in. p. 80.

voisinage des inondations. Le fleuve réglait le partage du sol. Toutes les parcelles s'allongaient en rectangle dont le petit côté bordait la rivière, comme pignon sur rue. Le plan de 1827 des ingénieurs des Ponts et Chaussées indique ces dispositions uniformes entre Oissel et Sotteville'. Par la suite, les travaux du chenal, les endiguements constituèrent des bancs d'alluvionnement très productifs. Ils augmentèrent très heureusement la zone des prairies de la vallée ; un projet de canal fut élaboré dans le seul but de dessécher et de conquérir à l'élevage les terres situées en amont de Rouen ". Actuellement encore, bien que sur les plateaux, une grande partie du sol ait été consacrée à faire de la viande, la plaine riveraine reste très en faveur parmi les marchands de bœufs. Dans les cantons de Solteville, de Grand-Couronne, d'Llbeuf les prairies temporaires sont moins nombreuses que dans le reste de l'arrondissement, mais les prés naturels ont gardé toute l'importance qu'ils avaient au moyen ùge (fîg. 9). Cependant, il faut s'attendre, dans les prochaines statistiques, à une diminution de leur étendue. l*ar suite de la baisse générale du plan d'eau, la rivière ne recouvre plus aussi souvent ses rives. Les alluvions s'assèchent, se fendillent ; l herbe ne parvient pas à pousser ses racines trop courtes jusqu'au sol humide : elle meurt. L élevage n'est plus possible, les cultivateurs seront réduits à semer les céréales.

En dehors des alluvions modernes, la plaine riveraine < 'st aussi composée de tourbe. Elle a été déposée dans les moments où le lleuve était particulièrement calme et limpide. On l'a reconnue en plusieurs endroits de la vallée de la Seine à Caudebcc, la Meilleraye, Heurteauville, Saint-Georges de Boschervillc, à Uouen même sur les deux rives et dans la vallée de la rivière de Clères, à Ba-

1. Dr Hcaurepairo : -j/O, p. 37'), tiu^, 737; .\. S. I. : C 555, 563; M. statis., an IX, p. 6/| ; A. Nat. : l-'-i'i'* 67^1, i')';f\^.

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