II. — La conquête des plateaux
Les usages de la foret. — L'argile à silex constitue des terres lourdes, médiocres pour les prairies, complètement impropres à la culture des grandes céréales. Les sables tertiaires ne sont pas mieux utilisables sous ce rapport. A une époque plus avancée dans la civilisation, les dépôts quartzifères du Miocène ont été employés dans la construction, la verrerie et surtout la poterie. Toute une population de potiers s'était groupée près de leur gisement dans le hameau de Poterie-sur-Seine, dans les villages de Quevreville-la-Poterie et de Saint-Adrien-la-Poterie". Mais c'étaient là des ressources très secondaires et complète-
1. Passy : 5/, p. i8; Dollfus : Jj, p. Sa 5 ; de Lappareni : 5o, p. ^Ô;, 46o; Bciincr : 3o, p. G, 7; Lemoine: 52, p. ^54-
2. I^oltier: f)4, p. 58 3 Jourdy: 45, p. i55; A. S. I. : G ai88.
LES RESSOURCES DES PLATEAUX "j^
ment ignorées des premiers habitants de la cité ; c'est surtout comme sol forestier qu'ont valu et que valent encore les sables tertiaires et l'argile à silex. Sous ce rapport, ils ont puissamment aidé au développement de 1 agglomération.
A vrai dire, aux temps historiques les plus lointains, la forêt couvrait tous les plateaux qui dominent Rouen, sans distinction des sols tertiaires ou quaternaires. Les bois de Préaux, du Silveison, du Roumare rejoignaient à l'est les forêts du Bray et de Lyons, à l'ouest celles du Tiait et du Maulévrier. Cette grande sylve fut plus tard la frontière naturelle entre les Bellovaqucs et les Véliocasses. entre Vexin et Beauvaisis. Semblablement, un massif boisé s'étendait sur la rive gauche de la Seine, de 1 Eure à la Risle. Les restes forment actuellement les forêts de Louviers, de Pont-de-l'Arche, de la Londe, de Rouvray, de Mauny, de Montfort, de Brotonne. La Seine coulait entre des rives boisées '. Mais quand les riverains escaladèrent les coteaux pour s'installer sur les plateaux, ils commencèrent par défricher les terres plus fertiles des limons. Les essarts s'arrondirent jusqu à la limite des sables. Le déboisement s'arrêta à leur contact, quand la valeur des terres cultivables prises sur le sol forestier ne fut pas assez grande pour rémunérer les travaux qui les avaient créées^ Les forêts se sont conservées sur les sables et les graviers ; elles étaient la meilleure exploitation de ces dépots ingrats. Si l'on tentait de les déboiser, la bruyère, les ajoncs, l'aurelle, la viorne ne tardaient pas
1. Fallex : 288, p. gi ; Demaiigeon : ouv. cité, p. ^26 ; Maury : Les forêts (le la Gaule et de l'ancienne France. Paris, 1867, p. 3i6, 817, 820, 821.
2. Sion : 3in. p. igo, 1985 13. de la Serre: 5g, p. 64, 68, 71, 72, 76, 77, et 61, p. 287 à 289, et 63, p. 184 à 187, et 63, p 189 à 19a ; Sanson : nw, p. 8 à II, 2^, 25; Delisle : 284, p. 3o^, 897, 4o2, 4o8 ; do Beaure- |)aire : 276, p. agS ; Tougard : 3ii, p. 128, 196, 226, 465 à 467; B. S. Agr., II, p. 18; IV, p. 28; V, p. 87; VII, p. 71 ; B. Nat., ms. F^ 58/47 = A. S. I.: B liasse Bonne-Nouvelle, Maîtrise de Rouen, réforme de 1751 ; r, 442, 716, 4i85, 4762; L 2^10, 24ii ; A. Nat. : F'" 880, 7^0; G' /I91 : J 781, 780; Q> 1879, i38i, 188/,, 18.JI.
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à les envahir, à les transformer en landes complètement improductives. Par ailleurs, le reboisement était lort difficile, le recroi très lent; des bouleaux repiqués à la fin du xvni" siècle n'avaient pas réussi 77 ans plus tard. Les forcis défrichées inconsidérément demeuraient sous forme de terres vaines et vagues. Plus de i 000 acres de l'ancien Silveison conslituaient encore à la fin du xviii^ siècle des friches qui s étendaient de la vallée du Uobec à celle de la rivière de Glères\
Les dépôts tertiaires expliquent donc la masse boisée qui entoure encore l'agglomération rouennaise. Le taux de boisement très faible dans les parties limoneuses des plateaux (3 pour 100 dans le canton de Maromme, 10 pour 100 dans celui de Bucliy) s'élève rapidement sur les sols sableux du Tertiaire, et les sols graveleux du Pléislocène (canton de Boos : 20 pour 100, canton d"Elbeuf: 5/i pour 100) '.
La composition présente des forêts rouennaises donne une idée inexacte de ce qu'elles étaient avant la conquête des hommes. Actuellement 18 pour 100 de la surface sont plantés en résineux ; c'est une importation qui date de 1755. Elle a particulièrement prospéré dans les parties basses, entre 60 mètres et 80 mètres d'altitude, dans l'ancien domaine des bouleaux, des trembles et des saules, presque totalement disparus de ces cantonnements. Les chênes, les hêtres et les charmes sont demeurés sur les parties élevées des plateaux. Ils y forment les peuplements les plus denses et réussissent mieux qu'à des altitudes inférieures où les gelées très tardives brûlent leurs jeunes pousses. Leur croissance très longtemps ralentie devient rapide quand leurs racines, après avoir traversé les sables, trouvent une nourriture plus abondante dans la couche sous-jacente de l'argile à silex. L'érable cham-
I. A. S. I. : B Visito de la forèl de la Londc, I7(u ; A. Nat. : Q' i37() à 1882, 'Sg/i.
a. Vidal de la Blaclie : La France, oiiv. cité, p. 3o ; B. de la Serre: 6".', p. i35, iG5, 187 j A. S. I. : M. agricu., 1908.
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pêtre, le merisier, le coudrier sont représentés par quelques groupements. Les châtaigniers, dont on retrouve les fûts dans les vieilles églises, comptent seulement de rares sujets. Le tilleul, l'aune, le robinier ont été signalés sur quelques points isolés. Tous ces arbres n'atteignent jamais les grandes tailles. Malgré l'excellence du sol et du climat, la proximité de grosses agglomérations, les usages multiples n'ont jamais permis de constituer de hautes futaies. De bonne heure, le taillis a été le régime des forets rouennaises '.
Les droits usagers sur les forets remontent généralement à 1 époque des premiers défrichements. Aussi ce serait « une vaine recherche que celle du titre primordial qui établit dans les piemiers siècles de la monarchie le droit de prendre du bois à brûler et à bâtir, des rames, des harls et le pâturage des bestiaux dans l'universalité
de la foret c'est-à-dire de recueillir tous les fruits
naturels que le sol peut produire^ ». Pour les paroisses en bordure du Silveison, les droits usagers ont précédé la fondation de l'abbaye de Saint-Ouen au \uf siècle. Le plus souvent les déboisements des grands ordres religieux se heurtèrent, lors de leur fondation au vii'^ siècle, aux privilèges qu'avalent les manants et paroissiens de couper « le boul hors boulla2;e, le tremble hors tremblante, le saulx hors saussage ». L'importance des usages explique les nombreux procès entre paroisses et abbayes et la ténacité avec laquelle les possesseurs du sol faisaient de nouveau enregistrer leur concession primitive à chaque mutation des parcelles voisines '.
Au début, la royauté avait laissé grande liberté aux riverains des forets, La chasse plus tard réservée aux sei-
t. B. lie la Serre : 6i , p. 2.35, et 6'?. p. 170, vl 03. p. i8(), 191 ; Sanson : 100, p. 7; A. S. I. : B maîtrise, 1772, 177^, 1790; C 555, 557, ^^'^' 563; M. stalis., an IX, p. 3i ; A. Nat. : Q' 1387.