‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 38 sur 168 · LES DESAVANTAGES DU SITE DE ROUEN · texte numérisé non relu

LES DESAVANTAGES DU SITE DE ROUEN

Si la position géographique de Rouen était merveilleuse pour les destinées de ragglomération urbaine, le site se prêtait moins bien à la rapidité de son essor. Encerclée entre des coteaux abrupts, serrée par des eaux stagnantes et fluviales, étranglée par la forêt, la cité ne pouvait subsister que par un effort continu de l'activité humaine. Tout arrêt dans la lutte contre les lois naturelles mar- (|uait un retour en arrière pour la prospérité de la ville. Les grandes époques de sa puissance sont caractérisées par une victoire sur les agents physiques. Les défricliements des moines au vu" siècle et plus tard au moyen âge, la réunion des îles aux rives de la Semé et la création des terres neuves par les Normands, le défoncement des marais de la IMarèquerie et du Lieu-de-Santé au xvin* siècle, et enfin, au xix*. la régularisation de la Seine, la couverture du Robec, de l'Aubette et de la Renelle, tous ces travaux ont été immédiatement suivis par laccroissement do la population.

Mais une fois qu'il avait surmonté les obstacles de la structure générale, le Rouennais n'avait pas encore résolu le double problème de l'abri et de l'aliment. Il se trouvait en fâcheuse posture. Sans doute, pour construire sa demeure, il avait à sa disposition les peuplements touffus des forêts et les masses inépuisables du limon ; mais les arbres diminuaient en quantité et en qualité au

lOO LE SITE DE ROUEN

furelà mesure qu'avançait la civilisation, et l'assemblage des cliarpcnles en bois avec le pisé était extrêmement favoralile à la propagation de l'incendie et de la peste. (( Chacun cognait assez, dit Taillepied, que la grandeur de cette nIIIc de Rouen n'est pas à préférer au grand Caire d'Egypte ou d'un Paris en France pour tant d inllammations qui l'ont l'ail appetisser et préserver d'accroissement avec plusieurs mortalités y advenues même depuis cent ans, en ça à scavoir l'an 1121, lorsque tant de monde tresbucha qu'il semblait à voir dedans la ville qu'il n'y eut plus personne au monde'. » Leau et le bois, si reclieichés des hygiénistes actuels pour la bonne constitution des villes, ont été pendant de longues années les raisons de déchéance pour la métropole rouennaise. La science technique des architectes et des ingénieurs au XIX* siècle et surtout le perfectionnement considérable des routes, en amenant à pied d'œuvre les fers et les pierres des régions les plus éloignées, ont libéré les Rouennais de tout souci pour la construction de leur demeure.

La question de l'aliment était encore plus complexe. Malgré qu'elle fût de par sa situation et dès ses débuts un marché ftimeux et quelle eût acquis de bonne heure un renom industriel, Rouen se peuplait très difficilement. Entre le pouillé d'Eudes Rigault et les premières statistiques révolutionnaires, du commencement du xm*" siècle à la fin du xvni% la population a gagné à peine loooo âmes. Dans toute cette longue période, elle oscille autour de 60000 habitants, avec un maximum de 68 5oo. au xviii* siècle, dans une époque de paix, au moment de l'apogée du coton. Semblablement, les plans comparés du XVI* et du xvm* siècles donnent l'impression que la vieille métiopole normande vit au large dans ses murailles et qu'elle ne cherche pas à augmenter la superficie de ses faubourgs. La raison en est simple ; jusqu'à une époque assez avancée dans l'histoire, Rouen ne mangeait pas à sa

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