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LES DESAVANTAGES DU SITE DE ROUEN lOl
faim. Les premières nécessités pour une grande agglomération viennent des estomacs de ses habitants et il était impossible de les satisfaire sans s'éloigner. Les ressources des vallées étaient très précaires, celles des plateaux tout à fait insufBsantes. Pour assurer son alimentation, la ville de l'antiquité contenait dans ses enceintes des champs et des prés ; celle du moyen âge utilisa la Seine pour importer les denrées indispensables. Les viandes salées, les poissons de la Grande-Bretagne, les blés des Flandres et du Vexin, les vins de Guyenne et de Portugal sont les premières marchandises du commerce de Rouen. Mais les voies de terre et d'eau ont été jusqu'au xix" siècle des moyens de ravitaillement très lents et très dangereux. Leur rendement économique se trouvait très limité dans une région où la raideur des pentes multipliait le nombre des attelages nécessaires. En dernière analyse, l'administration ne pouvait assurer la nourriture de la population qu'à la condition absolue qu'elle n'augmentât point. Quand la prospérité de l'industrie entassait la maind'œuvre à lintérieur des murailles, celle-ci, malgré les édits des échevins, ne tardait point à en sortir, pour gagner les campagnes où la vie était moins chère. La rechercln' de conditions d'existence meilleure, plus que le foulage à l'eau, décida au xvi' siècle l'exode des drapiers, la dépopulation de la cité, le peuplement du bourg et de la vallée de Darnétal. Les mêmes raisons poussèrent au xvni" siècle les fileurs et les tisserands à demeurer isolés sur les plateaux quand l'intérêt de la fabrique commandait de les grouper autour de la place de vente. Sans doute, l'essor prodigieux de la population au xix" siècle est dû pour la meilleure partie au machinisme qui concentra les ouvriers autour du port et des gares ; mais ce phénomène eût été plus lent à se produire si le perfectionnement de la voie de terre, la création de la voie de fer, l'amélioration de la voie d'eau n'avaient assuré les approvisionnements des grands centres industriels.
Les Uouennais ne pouvaient donc vivre par eux-mêmes
et sur eux-mêmes. L'emplacement de la ville ne s'y prêtait pas. Aussi ont-ils formé de bonne heure, d'abord autour de la ville, puis dans la généralité et les provinces limitrophes, enfin dans les pays étrangers, des centres d'approvisionnement d'où dépendaient la vie et le travail de la cité. A une époque où le numéraire était rare, ces contrées d'où venaient le blé, la viande et la laine devinrent vite les lieux d'échange où se trafiquaient les draps de Rouen et les vins venus en transit du Sud de la France. L'activité de Rouen naquit des défauts de son site.