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LE TEMPÉRAMENT ROUENNAIS

Pour sortir victorieusement des difficultés inhérentes au site, le Rouennais possédait les qualités nécessaires.

Elles sont actuellement encore reconnaissablcs malgré les vicissitudes du passé. Sans doute les apports continus d'éléments nationaux et étrangers ont ravi à la population urbaine son individualité somatologique et ethnique. Cependant, tandis que les calculs et les mensurations conduiraient l'anthropologue à déterminer un type moyen, sans caractères marqués, le géographe peut encore dégager les données du tempérament rouennais.

Dès son origine, le groupement des palafittes-pêcheurs fut renforcé par les populations des plateaux, descendues pour vendre leurs denrées aux voyageurs qui passaient le fleuve. Par la suite, les Gallo-romains, les Francs ne furent pas sans laisser des traces dans la ville créée par César, accrue par le christianisme, de même que des navigateurs, des commerçants émigrèrent dans le port déjà florissant sous Dagobert, mais, en défuiilive, ce sont surtout des terriens, des terriens de la Neustriequi ont formé la population originaire do Rouen. Ils apportaient dans la cité les grandes qualités acquises sur les plateaux. La lutte journalière contre la nature, le défrichement des landes, le déboisement des foiêts. le défonçage des marais avaient donné au rural lendurancc, l'activité, la sobriété, l'économie des grandes races. Par ailleurs, la nécessité de

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cacher son bien aux Ijandos armées cjui parcouraient le plat pays, de le soustraire aux exactions, aux déprédations, aux aliénations des seigneurs et des abbayes obligeaient le paysan à une grande prudence, à une grande dissimulation dans ses paroles et dans ses gestes. Le trait dominant de sa psychologie paraît être la recherche des situations solides, bien assises, et par-dessus tout Tamour de la terre. S'il émigré vers la ville pour chercher à gagner sa vie dans quelque petit commerce, ce n'est pas sans se retourner maintes fois vers les champs fécondés par la sueur de ses ancêtres. Ses économies trouveront leur premier emploi dans l'acquisition d'exploitations rurales. Ses enfants y retourneront après fortune faite.

Dépossédés de leur terre, réduits le plus souvent en servage, les Neustriens furent presque indifférents à l'invasion normande. Ils pouvaient espérer des nouveaux maîtres plus de mansuétude que des anciens. Si les Wikings, particulièrement dans la métropole, marquèrent leur passage par les dévastations inévitables, ils furent rapidement absorbés par la population franque. Les paysages de la Normandie régnèrent de suite et impérieusement sur leurs âmes. A demi-sauvages dans les gorges abruptes des fioids, ils devinrent presque civilisés sur les bords verdoyants de la Seine. Les Normands, comme les Saxons et les Romains, se trouvèrent bien d'être devenus les habitants de la région rouennaise. Ils ne demandaient qu'à y rester. La puissance d'assimilation fut une de leurs qualités dominantes. Sous le successeur de Rollon, on ne parle plus norois à la cour. On dut envoyer Ihéritier du troue à Bayeux pour apprendre la langue de ses pères. Mais si les Normands avaient conscience de ce qu'ils prenaient à la civilisation gallo-romaine, ils savaient aussi bien ce qu'ils lui donnaient: la tranquillité absolue dans les campagnes, le flot des invasions définitivement endigué, le servage aboli, les règles de justice fixées par le droit coutumier et par-dessus tout la transformation du tempérament national. Les Rouennais doivent à leur origine scan-

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