I. — Les coxornoNS iliviales
La lartjeiir du lit. — Dans un fleuve aussi civilisé, asservi par l'art des ingénieurs aux besoins des riverains, il serait presque impossible de reconnaîlre les conditions naturelles si les pièces d archives n avaient conservé les traces de la situation antéiieure aux premiers travaux. Soit pour gagner de bonnes teries, soit pour rétrécir le fleuve et le i'orcer à creuser son chenal, l'homme a eu, de tout temps, la préoccupation de réunir les îles au sol ferme. En 1716, la carte de Magin indique 4^1 îles entre Orival et l'île Lacroix et 18 de l'île Lacroix à Duclair; la dernière carte de l'Etat- major en marque 3 3 et 7 dans les mêmes intervalles; cependant les chilïVcs du wui' siècle sont loin du maxinunn. On sait (ju'un des premiers soins de. l'adunnislration normande fut de combler, partout où elle le pouvait, les bras de fleuve, de joindre la rixe aux
•i. Vidal ilf la IMaclu- : I.a tn'ogr.iiiliii' [iuliti([ii(' à [H'ojios «Ifs l'cril? .M. Frédéric Hatzcl. A. do G. : MÏI. uS,)S. p. loi.
LA SEINE q
îles les plus proches. Les ducs-rois créèrent pour leurs compagnons, par ladjonction des îles de Sainl-Eloi, de la Ro(|uette et de Saint-Clément, les terres neuves sur les- ([uclles sont construits les quais actuels'. En amont, les [)aroisses de Gléon, de Saint-Aubin, d Orival augmentèrent leur territoire par un procédé semblable. En aval, la réunion de l île de Conihout à la rive remonte au \iv* siècle ; et au xv% les habitants de Bervillc- sur-Seine achevèrent de remblayer trois chenaux déjà fortement colmatés par les crues, interceptèrent définitivement celte route suivie par les bateaux de faible tonnage et conquirent sur la rivière leurs meilleures terres. La dei'nière moitié du \i\'' siècle a vu effectuer des travaux analogues. Paisuite de l'établissement du chemin de lialage sur la rive droite de la Seine, le bras de Saint-Martin cessa d'être navigable. En iSOi, la commune dOissel poursuivit sa mise en vente. Le bras fut définitivement comblé, l'île réunie au rivage. Même fait se passa en i865 pour le bras dit de Lomboc 1 vis-à-vis la commune d Amfrevillela-Mi-Voie. Plus récemment, la construction des cjuais du Mont-Kil)oudel. des bassins au bois et au pétrole supprimèrent 5 îles. La rivière actuelle est donc beaucouj) moins encombrée qu'elle ne le fut jamais. La difficulté de se diriger au milieu de ces îles nombreuses, de chercher le chenal convenable, le bras d'eau propice, le 'liep, était la préoccupation constante des navigateurs. Lu de ces dieps se trouvait entre Duclair et la Fontaine, un autre près de Dieppedalle, en aval du conlluent de la rn lère de Clercs; il est encore suivi par les cargos'. Car de tout temps il a été préférable de s'aventurer entre les îles plutôt rjue de suivre les rives essentiellement variables.
1. De Frévillc : lO.^, cli. v. La Ijoursc du Coniiin tcc est constniilc sur ^/jô pilotis enfoncôs dans un de ces anciens chenaux. V. (lli. G. : XXVI.
2. Noël: r43. p. ^5-M)7 ; Pn'vost : 9.5, p. 167; Tougard : .'i/r, p. 2'|(|, ■J.Ô5, 3.')0; Doshaves: s.J.V. p. 227; A. S. I. : (1 'iX'iÔ à 2.S57, cl l'I. n" u'i'i ; \. Nat. : F''''i'' (17. '12.
lO LE SITE DE UOLE.N
Partout où le llcuve ne licuitc pas la falaise crétacée, partout où son lit s'étend à travers la plaine d'alluvionnement, les limites entre la terre et l'eau sont imprécises. Au XH* siècle, le cartulairc de Jumièges mentionne les migrations dos bancs ripuaires aux environs de Norvillc- Vattevillc. I']n iO(i7, il s'élait formé à Norville environ I 600 acres do prairies, y compris les blancs-bancs; ces terrains diminuèrent vers 1701 et en 177^ se portèrent de l'autre côté de la rivière, l'.n vives eaux, la Seine rongeait ses rives. « L'état du lit du fleuve, écrit l'ingénieur des Ponts et Cliaussées, en 1810, n'est suffisamment indiqué que par la majestueuse tranquillité de son cours. » Entre la Meilleraye et Caudebec la Seine présentait 000 ou 600 mètres de large suivant les épocpies de l'année. Tantôt la rivière détruisait les prairies de la rive droite et atteignait le fond de l'anse connue sous le nom de trou de (lauville, tantôt elle se portait sur la rive gauche ; les prairies de (Jauville se reformaient et celles de la rive droite étaient attaquées à leur tour. Jusqu'à l'époque des endiguements, de nouvelles éeliancrures se produisaient chaque année. En 1896, 120 hectares disparurent aux grandes marées d'équinoxe. Sur le plan annuel des sondages dressé en 19 10 par le service de la navigation, on peut voir encore des criques sur les rives de (irand-Couronneet des Moulinoaux ; l'apport des marées les comblera progressivement sous la protection des berges nouvellement construites'.
La profondeur . — La profondeur du fleuve était encore plus variable. La migration des bas fonds a fait, de tout temps, la fortune des pilotes de la Seine. Les variations de 1 île de lU'lcinac sont demeurées célèbres. Son apparition, sa disparition, 1 augmentation et la diminution successives de sa surface furent causes de nombreux
1. Rondeaux: lxj, p. 18; Tougard : .">//. p. Kjgj A. 1*. et C. : l'iaii de la Soiiio, 32"^ S'*', 1910; A. S. I. : Garlulaire de .luiniègcs, ao'''^ ; V. Nal. :
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|)roct'S oiitro les icligioiiv de Sainl-Wandiillc. les riverains (lu llciivc cl radiiiinislralciir de la province de Normandie, l'ixéc au \r siècle entre Caudebcc et le château de ^atle- Nillc. elle disparut lout à coup. Puis des atlerrissemenls se rerorinèronl, accrurent, décrurent suivant la force du couraid et la vigueur du mascaret. « A partir de 1097. elle fut entièrement submergée jusqu'en lO'io, où une partie recommença à se découvrir; puis après le milieu du xvn"' siècle, on n'en trouve plus aucune mention '. » !"]u iSio, l'ingénieur de la navigation remarque que les bancs de Seine sont tous formés de sable déposé sur un fonds tourbeux et s'accroissent par coucbes successives. Ils sont mobiles. Les vents du nord les poussent au sud ; lc> vents (lu sud les ramènent au nord vers le chenal le plu> profond.
Au MX'' siècle, le dragage a été pour beaucoup dans la diminution des bancs et dans leur fixité. Elle est, avant tout, fonction de la nature des fonds. Entre Rouen etl'emboucbure delà l\isle, dans la partie d'amont, ils sont composés de gravier, de calcaire et de marne, généralement semblables aux roches crétacées de la région. L'ensemble est recouvert de produits quaternaires consistant en sables mélangés do débris crayeux et vaseux : mais la résistance du subslralum rend le lit peu alTouillable par les eaux. Malgré de nombreux travaux, les hauts fonds dépassaient encore en 188G le zéro des caries marines en trois endroits : au kilomètre 2/1 5, en amont de Croisset, de o'",5o environ, entre les kilomètres 260 et 2G0, en amont de la Bouille, de G'", 70, au kilomètre 270, en amont de Duclair, deo"',io en\iron. l'^n a\al de Duclair le lit est plus trauslormal)le. Les seuils du Trait et du banc ties Meules sont foi'ini's pouila majeure partie de tourbes. La drague a eu plus de facilité pour creuser. Il faut aller ensuite jusqu'à l'ostuaire pour retrouver l(>s bancs calcaii'es d Amfar et du Halier.
I. Sion : .')/(>. p. 8v., 83; lloiulcauN. : i>'/. p. i ; de i5o:iiirc[i;iiri
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Les deiiiiers Iravauv ont enlevé depuis iSSO un cube impoilanl. A Iheure actuelle, à une exception près (au kiloinctre aO/i), il n'existe plus un seul banc, entre Qnillebeul" et Rouen, surpassant la cote i'",5o au-dessous du zéro des caries marines. Le haut fonds, en aval de la Bouille (à o'".8o au-dessous du zéro) est une accrue provenant de 1 inondation de janvier 1910. A cette époque, le service de la navigation approfondissait le chenal devant Biessart. La crue paracheva le travail sur toute la largeur de la rivière mais transporta les matériaux en aval de la Bouille. A Rouen même, malgré les nombreux dragages, un banc s était formé en 18-3 entre la caserne Saint-Sever et la Bourse: on fut obligé d'approfondir le chenal de a"", 00'.
En aiuonl, depuis File Brouilly jus(pi'à Marlot, le fleuve coule presque exclusivement sur de gros graviers et du sable avec des bassiers particulièrement dangereux à Lomboel, à Saint- Adrien, à Oissel, à Elbeuf '. Les travaux de 1878 nivelèrent les fonds; depuis leur achèvement il existe toujours dans la rivière S mètres deau, même au moment des plus basses mers connues. Des projets sont à l'étude pour abaisser encore ces profondeurs devenues insulTisantes avec les grandes calaisons des chalands modernes.
Ln courant. — La pente de la Seine est insignifiante: de Conllans à Rouen, elle est de o"'.o8- par i ooo mètres: de Rouen au Havre, elle est de o"',()^|i par 1000 mètres. 1) après les calculs de I^elgrand, la pente était plus forte aux débuts du Quaternaire ; elle atteignait i"'.8i6 entre Paris et la mer. Mais d'après les documents des Ponts et Chaussées, elle était plus faible au commencement du siècle: o"\07() entre Paris et Mantes, ()"',o()7
1. Hclloville: 7. p. 3^, 35 ; \. I'. cl C. : Plan ilc la Suiiie, 2i' S''', 1910; .\. Nat. : F'H'i«67/»o; F^" 286.