‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 48 sur 168 · VOIE D EAU · texte numérisé non relu

VOIE D EAU

Les obstacles naturels. — « La rivière de Seine, écrit l'intendant de la Généralité au commencement du xvin* siècle, qui partage la ville par la moitié lui donne une extrême facilité de communication de Paris d'un côté et de la mer de l'autre ; de manière que la ville de Rouen qui est dans le centre de la généralité est non seulement située favorablement pour recevoir et pour envoyer ensuite à Paris ou vers l'Océan tout ce que peuvent produire les fertiles campagnes des environs mais aussi pour servir d'entrepôt à toutes les marchandises que Paris reçoit des étrangers ou qu'ils en retirent eux-mêmes ^ » Comme tous les ports fluviaux, Rouen avait pour avantage de permettre aux marchandises de pénétrer assez avant dans l'inléiieur des terres, de leur épargner soit un transbordement très onéreux, soit un transport plus ou moins long et di'spendieux par voie de terre. Par contre il avait aussi les graves défauts de forcer les navires à

I. Sekulowicz : i^f'. [>■ i33 ; deRoiisiers : i45. p. 70, 97, 98, 1 1 i ; X. \ : iSo, p. g; B. S. Agr. : 1901, p. 857; C. R. Ch. C. : 1908, tabl. 10; B. mun. : 1891, p. 3o9 ; 1897, p. (")0.

■2. A. ÎVal. : II. i58o.

compter avec l'attente sur rade, les profondeurs de l'estuaire, une vitesse très ralentie dans le lit du fleuve. Le régime hydrographique de la Seine rendait ces difficultés particulièrement redoutables.

L'insécurité de la navigation en Seine a été l'objet des nombreuses plaintes des intendants et du parlement de Normandie'. Au vviii* siècle, à l'époque de la prospérité de l'industrie cotonnière dans la région de llouen, la remontée de la rivière depuis l'embouchure jusqu'aux quais de la métropole normande prenait au moins [\ jours. Avant de s'engager dans le lit du fleuve, il fallait attendre les vents propices de l'ouest et du sud-ouest et un temps clair qui permît de distinguer le chenal toujours variable et jamais repéré. Avec beaucoup de chance on arrivait à la première pose de Quillebeuf le premier soir de la navigation. L'abbaye de Jumièges y entretenait 80 pieux pour fixer les navires. Si l'on ne pouvait atteindre ce port où se faisait le chargement des pilotes, on devait s'arrêter aux pieux de Tancarville. Le lendemain, on s'efforçait de traverser le banc du Flac et les fonds de A illequier avec la haute mer et d'arriver à Caudebec. Le surlendemain, le flot aidait à passer la Roche-Brindel, l écueil de Saint-Marin sur Caudebec et le banc des Meules; on allait miiler à la Meilleraye. Enfin le quatrième jour, le bateau, par ses propres moyens ou par le iialage, arrivait à Kouen. Le plus souvent le mauvais état du chemin empêchait d'utiliser les chevaux. Telle était la suite la plus habituelle des événements. Mais souvent une erreur de direction plaquait le navire sur les hauts fonds, ou bien, dans les fortes marées, par craintedu mascaret, les marins abandonnaient leur bâtiment et le reprenaient plus en aval s'il n'était pas échoué. De nombreuses carcasses pointaient aux eaux basses, au travers du fleuve. Tout bâtiment de plus de 200 tonnes avec un tirant d'eau excédant 3'", Go devait s'alléger sur les allèges du Havre.

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