ManloLix: ouv. cilé, p. l^lù■, A. S. I. : M slat., 180G
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Chambre de commerce de Rouen qu'il y aurait intérêt à l'aire filer en fabrique les lileuses des campagnes. C'est là la première idée du travail en commun pour éviter les pertes de temps ; mais elle exclut encore toute pensée de muU-jennys. Cependant, cinq ans plus tard, avec l'appui du roi et malgré l'hostilité des toiliers de Rouen, le même ingénieur parvient à fonder à Saint-Sever une fabrique de velours de coton. Elle utilisait le fd de i 5oo fdeuses, faisait battre i8o métiers et distribuait annuellement "jôlili^o livres de salaires. L'agglomération de la maind'œuvre donnait des rendements inespérés. Néanmoins, et bien qu'un Français, Brisout de Barneville, ait inventé dès 1759 une mécanique à fder, la première machine introduite en France est de provenance anglaise. Holker importe à Rouen la machine à carder de Milne. « Cette mécanique carde au moins 28 livres de coton par jour par le moyen d'un seul homme, ce que 28 ne peuvent faire si bien et si proprement. » En 178/i paraissent à Louviers les premiers appareils de filature continue ; ils étaient montés par une société fondée avec des capitaux anglais et français mais érigée sous la raison sociale de Fontenay. C étaient les mull-jcnnys d'Arkwright '.
Ces entreprises étaient dirigées par des étrangers dans le but d'éviter pour leurs produits les droits prohibitifs ; elles retardèrent en Normandie les eflelsdu traité de 1786. A. Young passant à Rouen en juillet 1778 ne signale pas un chômage anormal. La crise sévit tard, mais elle fut aussi violente. A la fin de la même année, les faillites étaient déclarées, les fabricants se défaisaient de leurs mauvais ouvriers et commençaient à renvoyer les bons. Les toileries de campagne congédiaient leurs tisserands. Rouen signalait au seul bureau des toileries lo/iAo chômeurs. La marque visita 88827 pièces en moins entre 178G et 1788. La nécessité d une transformation complète
I. Reyband : sio, p. 261; B. mun. : ms. 12Ô8, p. iC, 43; A. Cli. C. ; l\; A. S. I. : C i58; A. Nat. : F'2 i338 à i3/ii.
était évidente. La bourgeoisie urbaine avec un esprit de décision et une fermeté admirables sut conjurer la ruine. Partout fut proclamée la nécessité de se mettre à portée de soutenir la concurrence avec les manufacturiers anglais Les rapports des travaux de la commission intermédiaire de Haute-Normandie, les comptes rendus des enquêtes menées par Pouchet en Angleterre, les traités de fabrication, tous ces documents sont unanimes. Les fabricants anglais de bas, toiles et velours de coton ont sur ceux de France une supériorité qui exclut toute concurrence pour le prix et la qualité. L'Angleterre doit cette supériorité à sa filature qui produit mieux et moins clier que celle des Indes. Elle doit ce double avantage à une machine (( qui par le moyen d'un moulin à eau procure une filature continue et dont le mérite singulier est d'avoir tous ses brins allongés et collés les uns sur les autres et de prendre aisément le degré de tension qu'on veut lui donner*. )) L'avantage des Anglais, pour des cotonnades valant 28 francs les 20 mètres et pesant 3 kilogrammes, était de fi^ pour 100.
La fièvre du coton s'empara sous la Révolution de tous les habitants de la ville et du plat pays ; elle se traduisit par l'achat de mécaniques françaises et étrangères ^ Chacun eut l'ambition de posséder une muU-jenny. On en vit chez la plupart des fabricants en fdaturc. chez fartisan, chez le cultivateur, chez l'instituteur même. On tenta des essais de concentration de la manufacture. Des sociétés réunissaient dans leurs ateliers toutes les opérations. Elles faisaient battre, éplucher, savonner, sécher, carder, tordre et filer le coton. Ce n'étaient pas encore de grandes industries, mais ces manipulations exigeaient cependant
1. Schmidt: La crise industrielle de 1788 en Franco, Rev. hist., XCVII, p. 85; d'Estainlol: 793, p. iS'i; Riltcr: 170, p. '6!ii; Saladin : l>i3, p. a^o; Sion: J/o, p. 29/I, 2f)(); A. inun. : dilib., 10 nov. 1789; A. Nat. : F'- 658^, i338.
a. Gerbaux et Sclimidt : ouv. ciU', 11, p. ii'i; 111, p. ôimi; A. Nat. : F'i338, i34o, i3^3.
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l'établissement d'appareils très différents : une claie pour le battage, une carde pour le peignage, une boudinerie pour la torsion, une ou deux muU-jennys pour le filage. Dès l'an VI, les ravages des traités de 1786 paraissent conjurés ; le ministre de l'Intérieur refuse à la compagnie de Gaalor de lui vendre la pompe à feu d Hondeur, excipant que la filature est assez naturalisée en France pour n'avoir plus besoin des encouragements du gouvernement*. L'introduction des mécaniques augmenta pendant les premières années de l'Empire : « Depuis quelques années, déclare l'annuaire de 1807, nous avons singulièrement étendu l'usage des mull-jennys, des métiers à brocber, des machines d'ArlcAvright, des grands systèmes de filature mus soit par l'eau, soit à l'aide de chevaux. Les filoirs de M. Pouchet occupent un grand nombre de bras dans les hospices, les maisons de réclusion et dans une foule d'établissements considérables. L'attention est ici tellement tournée vers le perfectionnement de cette branche de l'industrie que sous peu nous n'aurons plus h craindre la concurrence de nos voisins. » En 180G, Rouen, Déville, Darnétal, Bolbec, Lescure, le Houlme, Petit-Couronne, Lillebonne, Malaunay envoyèrent à l'exposition des filés atteignant le n° 60 et pouvant convenir aux tissus de mousseline les plus délicats. En 1812, la région rouennaise possédait 98281 broches fournissant 10096/j kilogrammes de filés \ Semblablement la draperie avait, bien que plus tard, employé les mêmes procédés de filature. Les mécaniques donnaient un fort beau fil et convenant à toutes les sortes. Darnétal produisait en 1789 un seul type de tissu; elle en présentait plus de 20 en 181 o. Elbeuf avait doublé sa population. Le préfet Beugnot constatait que malgré les encouragements et les primes distribués à l'industrie du lin, celle-ci dépérissait parce que les ouvriers