‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 68 sur 168 · Sion : .'iio, p. 3oi · texte numérisé non relu

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caniques, et que tous les tissus sont fabriqués par des métiers répandus à travers les campagnes'. Celte séparation de la filature et du tissage s'accentua encore avec la prospérité des cotonnades sous la Restauration. Devant l'abondance des nouveaux filés, il fallut chercher des tisserands ailleurs que dans les villages du Gaux et du Vexin. trop exigeants sur les salaires, et recourir à cet immense réservoir de main-d'œuvre (jue reprcscnlcnl les campagnes de la Picardie, de l'Artois et du Cambrésis. En 1828 deux entrepreneurs de roulage transportaient ensemble chaque semaine, à Péronne et à Amiens, environ 76 milliers pesant, tant en chaînes, tissures et argent au départ, qu'en pièces confectionnées au retour. La fabrique rouennaise s'était introduite au Nord et à l'Est de la France ; le préfet de la Seine-Inférieure craignait que le centre de l'industrie n'en fut déplacé. En i8.'^7, les 317000 broches de l'arrondissement de Rouen donnaient de l'ouvrage à 52 65o tisserands, savoir: 5 5oohabilantla ville et ses faubourgs, 5 000 répandus dans l'arrondissement, 20000 dans le département, 7160 groupés dans le iSeubourg, 1 5 000 disséminés à travers la Picardie. Bientôt, ces nombreux métiers deviennent insuffisants pour consommer les nouveaux filés. Dès 1834, G usines montent dans la vallée des métiers mécaniques. En 1869, 28 tissages utilisaient déjà la vapeur et faisaient battre G 1^20 métiers".

L'essor de l industrie textile avait été singulièrement favorisé par les progrès des produits chimiques, des huileries, des savonnepies. Avec la machine à vapeur, la teinturerie s'était concentrée dans les mains de quelques fabricants. En 1807,72 établissements employanl iGooouvriers

I. Cordicr: jSj. p. i33; Dajardin: njo, p. a55; CoriKMllc : jS^, p. igi; Correspondance de Napoléon, n" 9o35 ; A. S. 1. : M comm. indus.,

a. Chaplal : jSd. Il, p. 1/17; C.ornoillc: i^j, p. i85; Lelong: 300, p. 228, aSi; Roussel: 311, p. /loo, ^01; Dnjardin: igo, p. ^5; Noirci: aoj, p. 6, 7; Sion : .ï/o, p. 817; Ville de Rouen: 236, p. 39^ i Levasseur: 3o4. I, p. (438; A. S. I. : M corn, indus., 1807, 1837, iS'aC; A. Nat. : F"- V. S. inf, 3, 4.

LEvAr.NviLi.K. — Boueii.

Pl.A.NCHK XI.

.4. — LK UdLKli KT LA VAM,KK rjK DARNKTAI. Viip prise dp la cùlo do Loniriiaon.

//. — MAHO.MMK KT « LA l'ETITK VALLLK DK MANCIIESTKU » Vue piise de la cûlc du Val-au\-I)atnes.

produisaient 3o6 000 kilogrammes de rouge, de violet et de leurs dérivés au prix moyen de 1 1\ francs le kilogramme ; en i8/|3, 3i usines s'occupaient des mêmes fabrications avec une main-d'œuvre de 600 ouvriers ; mais elles vendaient I I 28 000 kilogrammes au prix moyen de i /j francs le kilogramme. La teinture de l'indigo avait progressé dans les mêmes proportions*.

Malheureusement, gâtés par une longue suite de succès, les industriels rouennais paraissent s'endormir dans la prospérité. Si, vers i85o, la filature avait accompli sa transformation, le tissage était loin d'égaler les produits anglais. Par ailleurs, à paît quelques sortes communes travaillées à Darnétal, la draperie s'était complètement retirée à Elbeuf et à Louviers ^ La verrerie, la faïencerie, la papeterie avaient perdu leur ancienne valeur. C'estdonc autour des seules cotonnades, insuffisamment armées pour la lutte, que devait se livrer la bataille économique, conséquence des traités libre-échangistes de 1860.

Bien qu'elle parut affecter surtout le tissage, la crise de 1 8G0 fut également terrible pour la fdature. Elle avait pris l'habitude d'employer les fibres américaines. Cependant, à l imitation des industriels anglais et devant la prolongation de la guerre de Sécession, les grands fabricants delà région rouennaise montèrent des métiers spéciaux pour filer les fibres indoues, courtes et surtout très impures. Mais, pour une transformation aussi radicale, il était nécessaire de posséder des capitaux très élevés ; or, par suite de la mévente, l'argent manquait aux petits fabricants : plusieurs furent obligés de liquider avec perte. l*]n 18G9 une filature de Barentin, toute récente, était vendue les

I. Desjardin : ign. p. 4o, 4i j Levasseur: ouv. cité, I, p. ^29; Ann. S. I. : 1807, p. Sgi, ^02; A. S. I. : M slal., p. 169, 19^, 197, 210; M. statis., an 8 à 1806.

3. Sion : .y/o. p. 2C)g; I>ovasseur : :ioj. I, p. .'toO, /|33; \illcrmô: 3i4. II, p. 6; Ann. S. I., 1807, p. ^00, 1823, p. 2 1 1 : A. S. I. : M com. et indus., 1817, i834; A. Nat.: F'2 620; F"^ V.

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deux cinquièmes de son prix de revient, une autre moitié. Au rioulme une filature construite et équipée en iSôy était liquidée en 1869 avec quatre cinquièmes de perte. A Rouen même, un établissement couvrant plus de i hectare de superficie, estimé à sa fondation ,'^00000 francs, était adjugé en 1868 après décès du propriétaire pour 57 000 francs. Les grosses filatures avaient seules pu continuer de marcher parce qu'elles avaient les fonds nécessaires pour modifier leur matériel. L'arrondissement comptait 1 9 1 maisons en 1 859 et 1 /i i seulement dix ans après ' . Cependant, ce nombre devait diminuer encore. Malgré la reprise des achats en cotons américains, malgré la prospérité industrielle qui succéda à la guerre de 1 870, malgré le développement de noire clientèle nationale et coloniale, les cotonniers rouennais ne pouvaient lutter avec leurs confrères d'Outre-Manche. Ceux-ci se trouvaient singulièrement favorisés par le faible loyer du sol, par la facilité de trouver des capitaux industriels, par le voisinage des métalluigistes et des centres miniers. La broche prête à marcher leur revenait à 28 francs et le kilogramme de coton filé à 2 fr. 02, landis que dans la région normande, la broche coûtait f\S francs et le filé 2 fr. 35. Pour donner un même bénéfice de 5 pour 100 au capital, l'industriel français devait vendre son produit 2 fr. li'j, l'industriel anglais 2 fr. 10 seulement. Le Lancashire arrivait à évincer les articles rouennais sur le marché national, dans le centre des Vosges. La filature normande était dans un état d'infériorité évident: de 1869 à 1891 le nombre des broches diminua de 9 pour 100 et le nombre des filatures de 53 pour loo". Les tarifs protecteurs de 1892 relevèrent la situation. Le nombre de broches a augmenté, de 92200a en i8()i à I o55ooo en 19 10 ; mais le nombre des filatures a diminué de 98 en 1889 à 5/j en 1910.

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