Sion : .?/o, p. 202, 2o
3. Sion: 3/0, p. 208; Bourel : l'So. p. 3i3; \. S. I.: li maîtrise do Rouen; C 22 13; A. Nat. : Q' iSSa.
leiritoires de vainc pùture soit contre les accaparements de leurs voisines, soit contre les convoitises des intérêts individuels qui obtenaient parfois des autorisations de défrichement. La plupart des communes furent donc hostiles aux lois révolutionnaires prescrivant le partage des communaux '. Cependant, alors que le déclin de l'industrie à domicile marquait la chute de la petite propriété et qu'il eût semblé désirable que les terres vaines fussent partagées entre les miséreux, ce furent surtout la bourgeoisie urbaine, des gens de justice, des hommes d'affaires, souvent sans attache dans la région, qui profitèrent du démembrement des paroisses rurales. Tout autour de Rouen, la bourgeoisie rouennaise acquit la plupart des lots mis en vente : 87 acres à Saint-Germain sur-Cailly, 25 arpents à Boos, 20 acres à Franquevilette, 100 acres à Saint-]Marlin-du-\ivier, 20 acres à Bondeville. De nombreuses fermes « édifiées à raison du plus grand nombre de bestiaux que les communaux pouvaient nourrir » durent diminuer considérablement leur cheptel ; la vente des biens paroissiaux favorisa l'extension de la grande propriété".
Il en fut de même pour la liquidation des biens nationaux. La majeure partie tomba aux mains de la bourgeoisie déjà riche en terres. L'acquisition du sol se doublait d'une spéculation sur le papier. La liquidation permit plus rarement à quelques gros cultivateurs de devenir propriétaires de fermes dont ils étaient les locataires et à quelques artisans des villages.et des bourgs d'acheter un petit champ ou une masure. Seule la grande bourgeoisie achetait les grandes fermes qui avaient appartenu aux puissantes abbayes. Autour de Rouen des prix atteignaient : 60000 livres à Quévillon et Franquevillette, 78 000 à Saint-Martin de Boscherville. Ces acquisitions se continuaient dans
1. Duchemin: 286. p. 26, cl 160; Sion: .'iio, p. aii à ai3; Prévosi : ()'>, p. 100; A. S. I. : C 1 1 1 ; A. Nat. : Q 1879, i38o.
2. Sion: 'iin. |). 2i3; A. S. I. : C i85, 21^47, 2157; L. a4^ ; A. Nat. : Fi" 333.
toute la généralité. Dans le district de Caudebec, sur 3 632 hectares mis en vente, plus de 900. plus du quart furent adjugés à 11 Rouennais. Un seul bien contenait plus de 200 hectares, deux autres plus de 100 chacun. Semblablement des Rouennais achetèrent les meilleures terres du district de Duclair. Dans une supplique adressée au comité d'agriculture de la Constituante, les journaliers demandaient de partager le surplus des biens ecclésiastiques en petites pièces accessibles à toutes les bourses. (( Nous souhaitons fort qu'il soit décrété que tout cultivateur qui fera valoir plus de 4o acres de terre par saison ne pourra mettre son enchère sur ces petites pièces et qu'il ne pourra même lui en être alloué de plus grande qu'il n'ait au moins 10 vaches et 3oo moutons '. »
Au commencement du xlv'" siècle, la substitution de la classe bourgeoise et urbaine à la classe rurale des grands seigneurs de naissance s'était effectuée dans la plupart des domaines du plat pays. En 1807, les 49 premiers négociants de Rouen possédaient une fortune évaluée à I 4 700000 francs; les deux cinquièmes étaient en terres. Les 23 manufacturiers les plus riches avaient un capital de 774 000 francs dans les affaires et plus d'un million en biens-fonds. Ils avaient moins d'argent dans les mécaniques que dans la terre. A vrai dire, l'agriculture se trouvait enrichie des capitaux que la guerre avait détournés du commerce. La spéculation était bonne. Les terres avaient baissé de un cinquième depuis 1789. Mais leur rapport avait rapidement monté. L'usage s était introduit de diviser les grandes fermes et d'en former plusieurs petites pour les louer avec plus d avantage. A chaque renouvellement de bail la multitude des concurrents avait renchéri les loyers. Ils avaient crû du cinquième et du quart dans le Caux, parfois du tiers dans le Bruy. tlràce aux propriétaires urbains le produit moyen d'un hectare de terre
I. Hébert: .?2fj, p. 35; Le Car|>cntier: iH5, jj. 22, 2^, 32, 72, 78. 79; B. mun., tns. iiooj A. S. I. : Q ^; A. Nat. : F'" 28».
a54 l'activité de rouen
était de 67 fr. 85 en Seine-Inférieure, il n'était surpassé en France que dans la Seine où il montait à 5»i() francs et dans le Nord où il valait 69 fr. 56. Le revenu des propriétés rurales, aux environs de Rouen, était de 10 à 12 pour 100 du capital engagé. En dehors de la mainmise sur les grands domaines par ces grands capitalistes, bon nombre de petits bourgeois étaient devenus pour d'autres raisons propriétaires ruraux. « C'étaient, dit Beugnot, moins des agronomes que des particuliers qui se proposaient en se livrant à l'agriculture de se procurer à moins de frais le blé, le cidre et les autres objets de consommation. » Dans toute la région rouennaise, la moyenne propriété fut édifiée avec l'argent gagné dans les cotonnades pendant tout le xviii" siècle ' .
Au XIX* siècle, la grande propriété continua à s'étendre au profit de la classe bourgeoise. Le retour à la terre, dès la Restauration, est un fait établi, mais il semble bien que la classe ouvrière y resta étrangère dans la région rouennaise. La descente des fileurs des plateaux vers les vallées et la pénurie de la main-d'œuvre agricole sont des phénomènes connexes. Sauf peut-être chez les ouvriers de la laine employés à Elbeuf et à Louviers, on ne voit pas que les tisserands aient acquis le moindre coin de champ ; la plupart louaient leur maison et deux ou trois ares de jardins autour. Il est possible que le métier ait fait arriver à l'aisance quelques fermiers ou quelques journaliers dont les femmes lllaient ou tissaient, mais il est rare que les économies aient été consacrées aux achats fonciers ; à ce niveau de léchelle sociale les ambitions se dirigent plutôt vers le commerce. A la suite de son enquête en ÎSormandie, Moll écrivait : «chez nous, l'ambition est d'avoir un fils curé. Ici l'amlîition est d'avoir un fils marchand. Le bambin le plus éveillé est choisi pour fonder l'honneur de la famille. Les plus ineptes sont destinés à continuer l'état de leur père. » Au moment de la grande crise cotonnière
I. Clément: jo, p. 52, 5.>; A. S. 1.: M Police gémralc, 1806.
de 1860, la Société d'agriculture de la Seine-Inférieure constate que sauf dans les cantons peu fertiles d'Elbeuf et de Grand-Couronne la propriété était peu divisée et que la grande paraissait se reconstituer. En eflTet, depuis la paix continentale, (( d'énormes capitaux créés par 1 industrie et le commerce sortaient de la spéculation jjour se convertir définitivement au\ acquisitions domaniales. Le sentiment de la propriété foncière était vivement excité principalement chez les hommes les plus actifs et les plus habiles à tirer parti d'une valeur exploitable'. » La grande bourgeoisie se porta vers l'achat des biens fonciers. Bien que le revenu de la terre ne dépassât point /i pour loo, son prix ne diminua pas ; les propriétés rurales passèrent entre les mains de forains. Dans les communes, le nombre des propriétaires cultivateurs diminua de plus en plus. Il était de /io pour lOO dans l arrondissement de Rouen en 183", de i5 pour loo seulement en i863. Autour de Rouen, dans le canton de Boos. la proximité de la grande agglomération maintenait quelques ouvriers laboureurs et quelques maraîchers, la proportion des forains était de 67 pour 100; aux limites du Caux, sur les terres riches des limons, elle était de 97 pour 100. « Dans ces régions oii le fermage est le régime foncier, depuis longtemps le paysan ne vise pas à la pleine possession, mais seulement à l'exploitation du sol". »
Un moment ébranlée par la crise industrielle de iSGo et par la guerre de 1870, la bourgeoisie urbaine reprit, avec les années de paix, 1 achat de valeurs immobilières. Mais la constitution de grands domaines devient plus rare dans l'arrondissement de Rouen ; par contre, la petite propriété tend à gagner du terrain. Presque toutes les cotes sontencore foraines : 70 pour 100 dans le canton de Boos, 7 A pour 100 dans celui de Duclair, 82 pour 100 dans
I. Sion : .ï/o, p. 4o6 à 4o8 ; (^lia|>tal : iKH. 1. p. ioiy, Dejean : 2(V.y, p.
288; .\. S. I.: M 3- registre; A. iNat. : F" III, S. inf. ; F" 4oa; F^" 284.
■i. Sion: 3io, p. ^o/i, ^29; A. S. I. : M Agric, iSyS; Carte à i/Soooo".
L ACTIVlTi: DE HOLEN
celui de Clères, 85 pour loo dans celui de Pavilly. Si les sols riches aux environs du Caux et du \ oxin sont encore dans la possession des grands industriels ou des grands négociants, aux environs de la cité de Rouen le territoire se partage en lambeaux, dont le revenu ne dépasse pas 5oo à I ooo francs. Le plus souvent ces parcelles sont dans les mains de petits marchands, de petits rentiers, de greffiers, de courtiers, d'avoués, de notaires, de tous les titulaires de ces emplois de lajudicature ou de la chicane, si chers aux Normands. En i885, à 1 époque où les biens fonciers sont les plus recherchés, le nombre des parcelles par rapport au nombre des propriétaires est très petit : la propriété est très divisée, son rapport a encore baissé. Le revenu de la terre ne dépasse pas 3 pour i oo ; et cependant, depuis i5o ans, sa valeur a monté de 200 pour 100 sur les méandres sableux, de 5oo et de Goo pour 100 sur le plateau de Boos et autour de la Forêt verte, de 700 et de 800 pour 100 aux abords du Caux et du Vexin.
CONSTITUTION DE L\ PETITE PROPRIÉTÉ DANS L'ARRONDISSEMENT DE ROLEN EN iS85
Boos.
Buchy. .
Clercs. .
Darnt'lal.
Duclair .
El hou r. . . .
(îrand-Couronnc Maromme. .
Pavilly. . . .
Rouen. .