LES OBSTACLES A L'ACTIVITÉ DE ROUEN
A l'époque actuelle de son évolution, l'activité rouennaise semble moins énergique. C'est la conséquence naturelle du milieu géographique où elle s'exerce. La destinée de Rouen est fonction de phénomènes très complexes, très éloignés, et sur lesquels les habitants nont, par euxmêmes, aucune action directe. Le montage d'un métier nouveau dans le Lancashire ou en Alsace, la découverte dun procédé chimique dans un laboratoire d'Allemagne, des conditions climatériques défavorables pour le parfait rendement des champs de coton peuvent arrêter les fdatures et les tissages de la vallée de la rivière de Clères, ruiner les teintureries d'Eauplet etde Saint-Sevcr, réduire à la misère de nombreux cotonniers. Semblablement, des glaces prématurées dans la Baltique, une maladie de la vigne dans le Sud de la France ou en Algérie, des puits qui tarissent au Caucase ou en Pensylvanie, des grèves dans les mines de Cornouailles, tous ces faits peuvent influer malheureusement sur la vie du port, sur le commerce de la région sans que la faute en soit imputable à ses négociants.
Obligé par les genres mêmes de commerce ou d'industrie dont il vit à constituer des stocks de matière première aussi bien que de matières ouvrées, le Rouennais, pour pouvoir travailler, doit être sûr de la continuité de leur écoulement ; il faut qu'il puisse engager l'avenir. Les
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25 000 métiers de la Haute-Normandie produisent journellement plus de I 200000 mètres de toiles écrues. La vente doit être continue sous peine de cessation complète de la production. Une tension dans les rappoits avec la clientèle amène l'arrêt des machines ou lencomlirement des quais. Toute loi contre la protection marque un déclin correspondant dans l'activité rouennaisc. Les foires de Caen, érigées par Louis XI, coûtèrent plus au commerce de llouen que les campagnes des Bourguignons en Picardie et dans la Ilaute-Normandie. Après les traités de 1786, la marque accusa, en deux ans, un déficit de S'] .827 pièces. Les misères qui suivirent les actes libre-échangistes des années 1860 sont à peine guéries.
Le machinisme et l'amélioration des transports maritimes ont rendu encore plus angoissante cette question des débouchés, ignorée h lépoque 011 le trafic et la fabrique étaient concentrés dxms les mêmes mains. Le jour où à côté du marchand-drapier, du marchand-toilier, du marchand-manufacturier apparaît le manufacturier tout court, ce jour-là, la prohibition devient une nécessité plus impérieuse que jamais. A la production intense, à la circulation accélérée, le marché local ne suffit plus ; un protectionnisme, le plus souvent très rigoureux, peut seul conserver à l'activité de Rouen la clientèle nationale à défaut de la clientèle étrangère dont elle fut longtemps le fournisseur attitré. Pour prospérer, la fortune de Rouen se trouvait obligée de s abriter sous des lois d'exception.
Cependant, la protection est plus active (|ue jamais et nous avons enregistré une certaine torpeur de 1 activité rouennaisc. Sans doute, le port a progressé depuis 1870 dans de fortes proportions ; mais c'est la conséquence de services que lui demandait la capitale. La ville et le plat pays qui l'entourent consomment une très faible partie des marchandises importées ; encore moins en livrent-ils à l'exportation. Par ailleurs, alors que l'industrie française des textiles perdait le rang qu'elle tenait derrière