LA VILLE-REGION
Nous avons vn comment, au xvin" siècle, l'évolution industrielle transforma l'activité rurale dans la Haute- Normandie. Le même phénomène économique décida la concentration de laorglomération urbaine. Sans doute, la métropole normande existe avant la fabrique du cofon. Initiatrice de l'unité normande, créatrice de la solidaiité entre la Basse et la Haute-Normandie, l'ancienne capitale des Yéliocasses, la capitale gallo-romaine fut la base sur laquelle a été fondée une des plus anciennes et des plus durables de nos divisions politiques. Par ailleurs, l'acbalandaii^e de son commerce, l'essor de l'industrie drapière lui ont assuré très tôt, dès que le gué fut connu, les caractères extérieurs de la grande ville. Elle ne manquait point d'étonner et d'arrêter les voyageurs, surtout les barbares de l'Europe septentrionale, ignorants des vastes emporia. Mais ce n'était pas encore « une de ces nodalités d'un ordre supérieur qui servent d'intermédiaires entre la contrée qu'elles mettent en valeur et les marchés du dehors '. » Elle était désignée pour devenir le noyau d'une future agglomération sans en tenir encore l'emploi.
L'Angleterre a connu cette transformation démogra-
I. Vidal (le la Hlache : Régions françaisos, art. cité, p. 21, 33; Jullian : Histoire de la Gaule, ouv. cité, III, p. 4i ; Maiiloux : ouv. cité, p. 304-
phique dès le xviii* siècle ; la cioissance monstrueuse de ces villes-icglons n'a pas cessé depuis. Kouen ne s'est adaptée aux nouvelles conditions géographiques que bien après les cités d'Outre-Manche. Restée longtemps la cité maiclié, elle n'est devenue la ville usine que vers iSaB. quand les moteurs hydrauliques remplacèrent la pompe à feu. Delà substitution des mécaniques date la naissance de l'agglomération urbaine. Jusque-là les petits groupements voisins, Maromme, Darnétal, Pelit-Quevilly, Oissel, ayant par eux-mêmes un principe indépendant de la tradition historique et de la force acquise de l'agglomération centrale, vivaient isolément.
La vapeur fut l'agent qui relia ces cellules isolées au noyau central. Le phénomène des relations établies est visible dans la suite ininterrompue des fabriques qui forment le trait d'union entre les dernières maisons de Rouen et les premières habitations des communes suburbaines, dans le terminus toujours plus éloigné des tram- Avays de pénétration et surtout dans les émigrations humaines du centre de la cité vers la périphérie. La villerégion est fondée. A la vieille cité à l'étroit dans ses enceintes, dans SCS règlements adinlnlsliatlfs et corporatifs, à la ville jalouse des progrès industriels des peuplements voisins, se substitue une constellation urbaine dont le centre historique disparaît de plus en plus, devant l'importance des faubourgs, de la banlieue et du plat pays environnant. Constellation absorbant sans doute l'activité des communes les plus voisines, mais accueillante et protectrice do toute une confédération, elle embrasse et suggère l'activité régionale. «. Ce n est plus le nombre des habitants, encore moins celui des fonctionnaires ; ce n'est même pas toute forme de travail indistinctement qui constitue la ville régionale. C est l élément supérieur qui s'introduit par elle dans les diverses formes de l'activité. Elle fait fonction de guide. Elle arrose, suivant l'expression américaine, la contrée de ses c;q)itaux. L'usine a beau s'éparpiller dans les vallées, la ferme se dresser en