I. Vidal lie la lilachc: La brame, ouv. cité, p. o5o
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vinage ne manquait pas de requérir une partie du froment qui traversait la ville à destination de Paris'.
Malgré l'immensité de la lande et de la forêt environnantes, les approvisionnements en bétail étaient plus difficiles. Dans une contrée dévastée par la guerre, les aumailles étaient très convoitées par les pillards. Les nombreuses bandes avaient considérablement réduit le troupeau régional. Les prés d'embouclie de la Haute-Normandie ne parvenaient pas à subvenir aux besoins des classes bourgeoises et ouvrières. Dès le xiii* siècle, les boucliers de Rouen se fournissaient aux marchés du Neubourg et de Uoutot. La vallée de la Rille a de tout temps servi de pacage au bétail nécessaire à la grande ville. Les migrations des bœufs et des moutons depuis la Basse- Normandie jusqu'à la capitale de la Haute-Normandie ont décidé la fortune des bourgs gîtes d'étapes tels que Rourgtheroulde. En outre la Basse-Normandie et la Bretagne envoyaient à Uouen les spécialités de leurs élevages. A la foire du pardon Saint-Romain venaient les éleveurs du Cotentin, des évêchés de Goutances. d'Avranches, de Tréguier, de Léon. Enfin, l'Angleterre contribuait largement à l'alimentation de la cité normande. Ses bœufs, ses moutons venus par Dieppe, ou directement débarqués à ses quais, étaient une ressource importante en cas de disette. Certes le troupeau se reconstitua avec les années de calme ; les 7.") années de 1/400 à i525 furent une période de bombance. Mais Rouen ne put se libérer complètement des importations étrangères. Sous Louis XI, si l'ouvrier du plat pays mange de la viande trois fois par semaine, il semble que l artisan urbain soit moins bien partagé".
1. Vidal de la Blache: La France, ouv. citi', p. i.'^q; Enlart: tj, p. Sa; deFrcville: /tf.î, I, p. 371, agô; Sion : .ï/o, p. i40, 147; de Beaurepaire: -97/j, p. a64 ; de la Rue: 39, p. 4 18; B. mun.: ms. iaoi,p. 342, ^Qi , 'tQ-^ ; A. mun.: dclib., A"^ i4o5, A' i447; A. S. I.: G i448.
2. D'Avenel: ouv, cité, p. igS; Sion: .î/o, p. i44; de Beaurepaire: s-jl], p. 447. 470, 703, 701, 705, 726; Duchcmin: -jH!!. p. 18; A. S. I.: Fonds Saint- Wandrille.
Levai.nvilli;. — Houtii. ly
Alors, l'alimentation du citadin comprenait surtout du poisson. La rivière eût fourni d'abondantes ressources si les abbayes riveraines, principalement celles de Jumièges et de Saint-Ouen, n'avaient accaparé le monopole de la pèche. Le poisson à lard, le marsouin figurait souvent dans les menus religieux. Néanmoins, la pèche était encore assez rémunératrice pour que les habitants de Tourville consentissent à payer à Fabbaye de Saint-Ouen une rente annuelle de 12 deniers par fdet. Toutefois, la grande majorité du poisson consommé provenait d'importations nationales et étrangères. C'étaient, outre les éperlans, les esturgeons, les aloses, les marsouins de Seine, les truites des Andelys, les anguilles de Marne, les saumons d'Angers, les aloses de Bordeaux, les poissons plats de la Rochelle, les juliennes et congres de Guernesey, les saumons salés d'Ecosse, les mélus des Biscayes et surtout les huîtres et harengs d'Allemagne et d'Irlande. Le cardinal d'Aragon, qui visita Rouen en 1617, remarque les débarquements incessants de poissons de rivière et de mer « dont le peuple est très friand' ».
Bien qu'il soit extrêmement difficile d'évaluer la dépense de bouche, chez les artisans, dans une époque aussi reculée, l'intérêt du travail a tenté plusieurs historiens normands. M. de Beaurepaire, merveilleusement servi par le dépouillement des archives dont il avait la garde, a établi que la dépense journalière de louvricr, pour sa nourriture, variait de 5 à 18 deniers. Au xv* siècle elle peut être fixée à Rouen à 10 deniers. L artisan consacrait journellement pour achat de pain 'S deniers, soit environ le tiers de sa dépense de bouche, et pour ce prix, il en recevait I kilogramme et demi dans les bonnes années. La somme de 10 deniers paraîtra sans doute trop faible si l'on ne songe pas que le plus souvent l'artisan se désallé-
I. Paslor: 'io4, p. 126; Auge: 3i5. p. loi, loa; de Fréville: tti.'i, p. 75, 76, 175, 176, 2914, 2()^ ; Ch<5ruel: 33l>. I, p. ^^17; J.-B.-S. Noël: ;;;. p. 5a; A. mun.: délib., A- iSgo.
rait avec de l'eau pure. Le cidre n'existait pas encore. En i58^, Masselin dira aux Etats Généraux de Tours que loo ans auparavant les poiriers et les pommiers n'étaient pas encore acclimatés dans le Gaux. La cervoise était la boisson du petit bourgeois, le vin celle du riche et ne paraissait sur la table du pauvre qu'aux jours de fatigue et aux fêtes carillonnées. A la même époque, le salaire moyen d'un ouvrier de profession moyenne, maçon ou charpentier, était de 5 sous à la ville, de 3 sous dans la banlieue'. La famille de l'artisan pouvait donc vivre pourvu que le nombre de ses membres ne fût pas trop élevé, pourvu que les jours de chômage ne fussent pas trop fréquents. Malheureusement les jours ouvrables ne dépassaient pas la moitié des jours de l'année entière.