‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 89 sur 168 · IJ · texte numérisé non relu

IJ

Veau .

1 0- 1 Cl

Mouton. .

Porc. . .

La pêche en Seine était toujours très prisée des Rouennais. C'était un passe-temps et un moyen de se procurer un aliment très nutritif. Au xvi" siècle, Taillepied signale avec orgueil qu'on vend ordinairement en ville « de l'esplan, poisson fort rare ailleurs et commun à Rouen, très délicieux au goût jusqu'aux arrêtes ; il y a aussi force carpes, brochets, truites et saumons frais. » Au xvii*" siècle, [\ toises sont réservées au poisson de rivière sur les quais nouvellement construits. Au xv!!!' siècle, le pacage et la pêche de l'île aux Oiseaux sont affermés 3700 livres, la

3. A. S. L : C io3, io4, io5, 106, m, 118, ai^o; A. Nat. : Q' i384.

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pêcherie d'Ambourville, seule, vaut une rente de 5i 2 livres. Les fonds les plus poissonneux élaient devant Duclair, Tourville et Fréneuse. Le saumon, l'éperlan et surtout l'alose s'y arrêtaient au printemps. Les bras morts de Fréneuse et de Criquebcuf en étaient si garnis qu'on relevait les filets avant la passe pour qu'ils ne fussent pas détériorés. En une saison les pêcheurs ramassaient plus deSoooo aloses et les envoyaient sur le marché de Rouen qui en était très friand ' . Cependant l'intérêt de la pêche de rivière diminua avec les grandes inondations qui marquèrent le xviii* siècle et surtout avec l'importation de plus en plus importante des poissons de mer. Aux Etats de 1627, les échevins rappellent que le produit de l'octroi sur les vins a beaucoup faibli mais que (( ce qui restait maintenant de plus entier était le trafic de poisson sec et salé qui abordait en si grand nombre en la ville de Rouen » et faisait vivre plus de 20000 personnes. Plusieurs fois, dans le courant du siècle, les intendants de la généralité et les échevins de la cité se plaignent des droits trop forts sur le poisson (( qui entre pour une grande part dans l'alimentation populaire ». Plusieurs fois, au siècle suivant, la Chambre de commerce est appelée à s occuper des taxes mises sur les pêcheries, à demander la réglementation de la prise du hareng, à solliciter l'exemption de tout droit de bâtisses, armements et victuailles pour les navires morutiers. Les harengs de la mer du Nord, les morues des côtes d'Islande, les poissons plats de la Manche et de l'Atlantique, venus par mer ou par roulage, entraient pour une grande part dans la subsistance de Rouen ^ (fig. 16). Sauf le poisson, les denrées de consommation domestique atteignirent, le plus souvent, avant la Révolution, des prix inabordables pour les petites bourses. Môme pour

I. Taillcpicd : 2^42. p. 33 ; Tougard : .'ii 1, p. 34 1, S. B. S. ; Nocl : 9/, p. i; Wallon: i/j, j). 37, 38; Héduit: iHj, p. 19/J; A. Nat. : A' i38o, i38i.

a. De Bcaurepairc : 2ji), p. 267 j .\. Ch. Com., IX ; .\. S. I. : C 867, 3îi3, ili\i\; A. Nat.: G^ ^91, 4y5.

la bourgeoisie, la vie était sensiblement plus chère à Rouen qu'à Paris. A. Young remarque qu'une seule entrée de table d'hôte anglaise pesait plus que le dîner entier d'un hôtel rouennais. Un artisan avait donc grand peine à s'en tirer. Bien que le cidre eût remplacé le vin et la cervoise, bien que la viande fût presque inconnue à sa table, bien que les salaires eussent sensiblement augmenté, l'ouvrier de Rouen ne pouvait joindre les deux bouts.

Farine Viande .

Poisson.

FiG. i6. — Ci^iîtrcs approvisioniiL-urs de Rouen à la fin du xYiii* siècle.

Les calculs de Boisguilbert établissaient le salaire d'une famille de six personnes à /i87 livres lo sous par an et leur dépense totale à 689 livres 3 sous 3 deniers. Ces considérations expliquent les tableaux sinistres tracés par un médecin rouennais sous le règne de Louis X\ I. Lepecq de la Clôture nous montre les cotonniers de Martainville, de Saint-Hilaire, de Darnétal, entassés dans des taudis infects, sans air, sans lumière, réduits à une alimentation exclusivement composée de harengs et de maquereaux salés, de viandes gâtées, de fromages pourris, de pain

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avarié et surtout d'eau -de-vie. L'ouvrier urbain à la fin delà royauté était plus malheureux qu'à la fin du moyen âge. La population de Rouen, malgré l'essor prodigieux de son commerce et de son industrie, est restée stagnante du xvi" au XVIII* siècle parce que les problèmes de l'habitat et de l'abri n'ont jamais été résolus de manière satisfaisante'.

IIL — La liberté de l'approvisionnement.

La circulation des grains. — Les effets de la liberté de circulation sur l'alimentation des Rouennais peuvent se mesurer facilement. A la fin de l'ancien régime, le Rouennais consomme i livre 12 onces (856 grammes) de froment par jour et paye la livre de pain 2 sous 10 deniers (environ o fr. 3o de notre monnaie). En 191 1, il consomme i kilogramme par jour et paye la livre o fr. 16.

Cependant, durant toute cette période, Rouen n a pas trouvé dans la région qui l'environne les ressources nécessaires à sa subsistance. En l'an VIII, les administrateurs du département estiment le déficit au tiers des besoins ^ Le préfet Savoye-Rollin évalue en 1809 ^^ P^~ pulation de l'arrondissement de Rouen à 19/13^9 âmes, le nécessaire en blé à ^808725 myriagrammes, le déficit annuel à 2 908 000 myriagrammes ; malgré tous les efforts de la Société d'Agriculture, ce déficit dura pendant tout l'Empire. Il était la conséquence de l'insuffisance des emblavures, des levées de conscrits, du réveil de lindustric, de la conservation des grains par le plat pays. L'année 181 1, où les récoltes manquèrent, fut marquée

I. V. \oung: .'i'jo, II, |). 26/1; Lepccq «le la Clôture: ii'>/, p. 68; Sion : •'iio. p. 383; Villermc: a/^, II, p. 26, 26; A. S. I. : C 2211 ; G 12, igfi, 336; A.Nat.: H i588'>.

a. Sion : 3 10, p. 23o ; A. S. I. ; M statis., VIII ; A. nat. : F"^ III, S. Inf., 8.

en Seine-Inférieurp par un déficit de ti^-j^ti tonnes'. La commission chargée d'approvisionner Paris avoue que les besoins de Rouen sont aussi impérieux (jue ceux de la capitale. Redevenues meilleures en i8i/i et i8i5, les récoltes suivantes furent encore désastreuses. Les emblavures de blé avaient augmenté de 82 pour 100. Mais les terres épuisées parla même culture, jamais fumées, étaient beaucoup moins fertiles : l'hectare rendait en 1821 quatre fois et demie la semence contre cinq fois en i8t5. Les grands perfectionnements apportés à la technique agricole à partir de 1822 augmentèrent sensiblement la production du froment; elle était cependant en quantité insuffisante pour une population sans cesse croissante et avide de pain blanc". Au fur et à mesure que la surface des terres à blé, le rendement à l'hectare, le poids des grains augmentaient, la population croissait encore plus rapidement. Son pouvoir d'achat eîit indéfiniment reculé la solution du problème si l'administration centrale et la municipalité n'avaient élargi constamment le cercle des importations \

Ce sontles blés d'origine française qui comblent le plus souvent les déficits des grains régionaux, c'est là une habitude ancienne. « Il est reconnu, écrit le rapporteur des travaux de la Seine-Inférieure en 1 791 , il est reconnu que c'est aux farines que fournit le département de l'Oise, aux blés qui sont apportes de l'Eure au marché d'Elbeuf, que la commune de Rouen et toutes les villes qui l'avoisinent doivent l'état d'abondance dont elles jouissent pour la nourriture de leurs habitants. )) J^epuis le début de la Révolution jusqu'en 1800, il n'y a pas à la mairie de Rouen une seule séance où la municipalité ne s'occupe degrains, de farine ou de pain. On essaye d'abord

I. Passy: ()2, p. 3,53; Dcjoan : l'iV.'»', p. 177; A. S. 1. : L 2383; M statis., an X": A. Nat. : F" 4oa ; F'^ V. S.-Inf..

3. B. S. Agr.: VIII, p. 1120; IX, p. 23; A. S. I.: M subsist., 1830. i835, 1887, 18^8.

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