‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 91 sur 168 · VARIATIONS DU KILOGRAMME DE PAIN ET DU QUINTAL DE BLÉ EN · texte numérisé non relu

VARIATIONS DU KILOGRAMME DE PAIN ET DU QUINTAL DE BLÉ EN

ec

if

UJ

Blé. . . .

iG,4

Pain. . . ,

Sous la Restauration, la paix assura de nouveau la libre circulation des grains. Bientôt l'amélioration du réseau routier etl approfondissement du chenal permirent de réparer facilement les déficits de la région. Rouen s'adressa dans l'Eure, dans l'Oise et dans lAisnc, et aussi aux ports anglais de Liverpool, de Hull et de Londres, aux ports des Etats-Unis, au port d'Anvers. Ces grains venaient le plus souvent au Havre où ils étaient transbordés sur des allèges fluviaux. La multiplicité des fournisseurs nationaux et étrangers ne permettait pas de fixer défmitivement le prix du kilogramme de pain. Les variations étaient considérables et nombreuses pendant le

I. Passy : .92, p. '^55, 3o4 ; Leudct: .■?5^. p. 53; Dejcan : :?*.?. p. 38S ; Annu. S. I.: 1807, p. hhh\ B. S. Agr.: XIV, p. ^oo; A. S. 1.: M subsist., 1812, i8i5; A. Nal.: F»2 V, S.-Inf.

l'alimentation 287

cours de la même année. Jusqu'à la Révolution de 18^8 la moyenne oscille autour de o fr. 3o'.

Malgré les voies ferrées d'Amiens et de Dreux qui permirent aux Rouennais de puiser directement dans les greniers de Picardie et du pays charlrain, malgré l'amélioration de la voie fluviale qui facilita la venue des grains étrangers, la crise cotonnière, les grandes années déficitaises du deuxième Empire firent remonter le prix du kilogramme de pain. 11 oscillait avant la guerre autour de o fr. Ao.

Les perfectionnements de la science agricole, l'amélioration constante des transports assurent maintenant les quantités de farines nécessaires. Dès 1892, la compagnie d'Orléans prit 1 initiative d'abaissements rationnels sur les prix de transit des céréales et facilita les relations entre les régions productrices et les contrées déficitaires. Actuellement, Rouen se fournit dans la Seine, dans l'Oise, dans l'Aisne, dans l'Eure et dans la Somme. Les blés nationaux subviennent presque exclusivement à ses besoins. Il faut des années de disette exceptionnelle, comme en 19 10, pour que les minotiers rouennais s'adressent à l'étranger. Enfin les droits protecteurs ont eu pour effet d'égaliser le prix du pain sur tout le territoire national. Les différences minimes sont causées par des taxes d'octroi. A Rouen, depuis 20 ans, le kilogramme oscille très peu autour de o fr. 3o '.

La libre circulation des grains, inaugurée par la Révolution, a eu pour effet de créer dans la métropole normande un marché général de froment pour toute la région. Le sens du mouvement de la denrée a changé. Jadis, la banlieue et le plat pays approvisionnaient la ville. Le contraire se produit dès les débuts du nouveau régime ; par crainte de voir dérober en cours de route les grains des-

I. B. S. Agr., I, p. 8, \IV, p. 1,00; A. S. I.: M subsist., 1826, 1828, i83o.

a. B. S. Agr.: 1901, p. 807; B. muii.: i8yi, p. 3ii; A. S. I.: M subs., 1906.

tinés aux halles urbaines, Rouen fut forcée d entretenir les communes du plat pays dans ses environs immédiats. En septembre 1792, la ville prête 18 sacs de blé-méteil aux municipalités de Canteleu, Grand-Couronne et Grand- Quevilly. En 1793, elle donne 20 sacs à Déville. Les habitants lui prouvèrent leur reconnaissance en participant au défrichement des bruyères Saint-Julien. En 1812, lors de la grande famine, la Seine-Inférieure est en effervescence quand les marchés de l'Eure et du Calvados ferment leurs portes aux courtiers rouennais, car c'est à Rouen que les villages du Caux et du Vexin ont coutume de s'approvisionner'. Sous la Restauration, le maire de Darnétal fait connaître au préfet qu'il n'existe plus de marché dans sa commune, les cultivateurs espérant meilleure clientèle à Rouen. Les marchés forains ne sont guère achalandés qu'au loin de la grande ville". Elbeuf, Duclair, les Andelys, Pont-de-l' Arche, perdent leurs marchés de blé, à mesure que les voies de communication concentrent les transactions au chef-Heu du département. Aujourd hui seules Pavilly et Monville continuent encore à fonctionner, mais de manière intermittente. L'agglomération rouennaise possédait jadis le monopole d'achat dans les provinces suburbaines, elle a maintenant le privilège de les entretenir de froment. Cette transformation, comme tant d'autres, est due à la route, l'agent géographique le plus puissant du xix'' siècle.

La transformation du régime. — Le xix'" siècle fut, pour l'alimentation, le siècle du pain blanc, il fut aussi celui de la viande. Mais le mouvement fut plus long à se dessiner. Dans la Normandie, comme partout en France, la production de la viande de boucherie ne suffisait point aux besoins de la population. Le troupeau dénombré

1. Passy : ()-j, [>. 'iol\ : A. mun.: ilrlib., sept. 171)2, juill. I7ij3; ventôse an II.

Page 1