‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 92 sur 168 · ID · texte numérisé non relu

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Au début du xi^*" siècle, Beugnot constate que le bœuf normand était rare dans les étals rouennais. 20 bœufs normands, seulement, furent abattus en ville en l'an ^ III, G6 en l'an IX. Beugnot réprimande le maire de Duclair pour avoir livré du bétail aux navires qui descendent la rivière. Les bœufs venus d Angleterre mouraient en route. Rouen s'approvisionna aux marchés de Routot et de Poissy. Le prix de la viande de boucherie varia peu durant cette période. Le bœuf valut i franc le kilogramme dans les premières années du xix'' siècle, i fr. 10 à partir de 1808 jusqu'en 18 15 dans la grande période des réquisitions pour les armées'.

Sous la Restauration, les demandes des drapiers incitèrent les fermiers à l'élevage du mouton ; ils ne gardèrent que le nombre de vaches nécessaires à leur alimentation. Les cantons de Buchy, de Clères, de Darnélal, d'Elbcuf, de Maromme venaient se ravitailler aux marchés de chef-

I. Bergasse: f'n/, p. aii, 3o6, 807; B. miin., ms. 1761 ; A. S. I. 1790; .\. Nat. : F'" 507, 5o8, 5 10, 5i i .

Levai.nville. — Uoiieii. 19

290 LA VIE DE nOUEN

Heu. Rouen recevait ses bœufs: de l'Eure, 1/18; de la Seine-Inférieure, 3/18; de l'Orne et de la Sarthe, 3/i8; de la Loire et de la Marne, 3/j8: du Calvados et de la Manclic, 9/18. Les moulons, les veaux et les porcs provenaient presque tous du département. Le nombre des animaux conduits aux abattoirs augmentait dans de notables proportions. C'était la conséquence de la clientèle foraine et aussi de l'introduction du machinisme. Les nouvelles usines exigeaient un travail plus soutenu et un ouvrier mieux nourri. Le même phénomène s'était produit en Angleterre 5o ans plus tôt. En 1825, le poids de viandg consommé annuellement par habitant atteint 55''''', 65, contre ^2 kilogrammes seulement à la fin de 1 Empire. Cependant les tarifs avaient progressé de même manière. Vers 18/io, le taux moyen était constamment à Rouen de i fr. /jo le kilogramme ; ce prix qui n'avait cessé de croître depuis 181 6 était trop élevé pour la moyenne des salaires de presque tous les ouvriers, en dehors des filateurs et des tisserands. Il était reconnu qu'à Rouen plus de 20000 personnes ne pouvaient jamais manger de viande'.

Vers 18/^0, commence la dernière période dans l'évolution de l'élevage. Après avoir « fait » du cheval sous l'ancien régime, du mouton sous la Restauration; on transforme les terres pour « faire » du bœuf. On sait comment la dépréciation des mérinos nationaux, la demande plus active des bouchers, les encouragements de la Société d'agriculture de la Seine-Inférieure contribuèrent à évincer des prairies de la Normandie orientale l'ancienne race, forte en os, tardive, pesant seulemenl 670 kilogrammes vers 7 ou 8 ans et lui substituèrent une race de boucherie dérivée du Durham anglais, précoce, pesant 700 kilogrammes dès luge de 3 ans'. Cependant,

I. Sion: .V/o. p. 38() ; Scliullze : ouv. cité, p. /i3; lîergasse: (If), p. a3'j, 3o3 ; Moll: ()(>. p. 9^4 ; Cons. gûn. S. I.: i84i, p- 209; 18^6, p. 375; B. S. Agr.: 1, p. i3/,, i35, 433; V, p. i8a; IX, p. -iln ; A. S. I.: M subsisl., i836, i84i, 18/I2, i843; M. stalis., iSao.

a. Marchand: fiS, p. 2o3 ; B. S. Agr.: séance publique. iS^o, p. 207;

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aux environs de l'agglomération, l'essor de la population et de la richesse urbaine, l'amélioration des routes déterminèrent les paysans à augmenter surtout le nombre des vaches laitières. Grand-Couronne, en iS/ji, possède 2060 vaches et pas un bomT. Dès cette époque le rapporteur de la Société d'agriculture remarque que si les vaches suflîsent à la nourriture des campagnes, les villes ne peuvent s'en contenter. Rouen, seule, doit importer plus de 9000 bœufs. La Basse-Normandie était son fournisseur. Cette considération explique la position prise par la municipalité dans la construction des chemins de fer. Alors que Rouen élevait de nombreuses difficultés au projet le Havre- Rouen- Paris, le projet Rouen -Serquigny avait toutes ses sympathies, la ville proposait même des garanties d'intérêt sans qu'on les lui demandât. Ses intérêts vitaux étaient en jeu. Les bœufs de la Basse-Normandie, les vaches de la Normandie orientale améliorèrent profondément le régime alimentaire des Rouennais. La consommation de la viande passa de 4018889 kilogrammes en i8/|6 à .") ■^06370 en i853. En 1869, il s'est vendu sur le marché de Rouen : 16 633 bœufs, i5 264 vaches, i386/| veaux, 70638 moutons, 9 46/i porcs, pour une somme de 20 millions de francs environ. La quantité des ressources maintint, sous le second Empire, le prix du bœuf autour de i fr. lio. L'épizootie de 1862, qui enleva 26 pour 100 des bestiaux dans le département, n'eut aucun elFet ; elle arrivait au irKJinent où la crise cotonnière restreignait les salaires et par conséquent la demande'.

Les débuts de la troisième Républicpic sont remarquables par la faible quantité de bétail amené aux abattoirs rouennais ; il faut l'attribuer à l'invasion,

Mil, p. a3o; XVI, p. 3^2 ; Cons. gén. S. T., i8'|3, p. 39^ ; Ann. des 5 dcp.: 18")^, p. 107, 169.

I. Sioii : .'iio, p. 87; Noiret: l>oj, p. Sa; de la Londe du Tliil : 8p, p. ^, 5; Gurmer: 7/, i85a, p. 9. 1857, p. 7, i85/j, p. lit; Bergasse : flr/. p. 309; B. S. Agr.: VII, p. O9; XX, p. 2/i; XXVI, p. 37; A. mun. : délib., 1849, I, p. 9; i85i, I, p. 86; A. S. I. : M subsist., 1873, igoS.

à la fièvre typhoïde de 1871 et à l'ouverture du marché du Havre. Mais par la suite, l'amélioration des pâtures et des plantes fourragères, le remplacement des emhlavures de lin, de colza, de chanvre par les prairies temporaires augmentèrent rapidement le troupeau de boucherie. Cependant les statistiques agricoles indiquent encore l'insuffisance des ressources de la Seine-Inférieure ; Rouen s'approvisionne de plus en plus àlextérieur. Les arrivages sont différents suivant l'époque de l'année. De janvier à juillet, les abattoirs reçoivent surtout des vaches grasses dans la proportion de 35o vaches sur 5oo bovins. Retirées de l'herbage quand elles ne peuvent plus produire de lait, les vaches sont graissées à l'étable avec des fourrages d'hiver et des betteraves. Elles proviennent de la Mayenne pour 3/8, de Maine-et-Loire pour 1 8, des Deux- Sèvres pour 1/8, de la Sarthe et de la Haute-Vienne pour 2/8, des environs de Rouen et de la Seine-Inférieure pour 1/8. En juillet, août et septembre la Seine-Inférieure (pays de Caux) et l'Eure (marais Vernier) se partagent les fournitures. Le déparlement del'Eure ravitaille presque exclusivement les abattoirs dans les trois derniers mois. Les bœufs remplacent presque totalement les vaches pendant le dernier semestre. Les autres espèces ont une origine plus réguhère. Les veaux viennent de la Somme et du Bray, les cochons de Bretagne et de la région rouennaise, les moutons de Beauce, du Caux et du Vexin. Ces importations sont singulièrement facilitées par le réseau ferré. Sur 128 i85 têtes de bétail parvenues à Rouen en iqoi , 0/1272 sont entrées par les lignes de l'Ouesl, 7 068 par celle du Nord (fig. 17)'.

La vallée de la Rille continue donc à garder pour l'alimentation de l'agglomération rouennaise l intériM qu'elle avait aux siècles précédents. La nouvelle ligne le Havrc- Rouen-Paris par la rive gauche sollicite surtout l'attention

I . Renseignements fournis par le président des importateurs en boucherie ; B. S. Agr. : 1891, p. 'iS ; B. mun.: i89i,p. 3oy, 347-

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des Rouennais parce qu'elle rapproche les abattoirs de la Basse-Normandie et de la Bretagne, ces terres d abondance vers lesquelles « ceux qui ont la charge d'assurer l'approvisionnement d'une ville sans cesse grandissante ont depuis longtemps les yeux' ».

ARRIVÉES DU BÉTAIL l'A H VOIE FERRÉE A ROUEN EN iqoi

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