OG
1ère, les prescriptions du docteur Carrère, son médecin, et paraissait résigné au sacrifice de sa vie. Le samedi au soir, 25 juin, une crise terrible commença son agonie. Le médecin ne croyait pas même le retrouver en vie le lendemain.Quelquesinstantsauparavant,il avait recueilli toutes ses facultés, comme s'il eût senti qu'elles allaient pour toujours lui échapper, et avait fait à M""* Voïart les plus touchants adieux, couvrant ses mains de baisers et de larmes, l'appelant son ange gardien, son sauveur, et la remerciant, dans toute l'effusion de son cœur, de lui avoir rendu ses derniers jours si doux, si fortunés!... Le lendemain matin, j'étais auprès de lui, mais dans quel état, grand Dieu, je le trouvai! Il ne reconnaissait plus personne; ses yeux étaient fermés, ses traits entièrement décomposés, et une respiration pénible, souvent interrompue, annonçait seule qu'un reste de vie animait ce corps souffrant.
« A mon arrivée, cependant, et lorsque M"" Voïart lui eut dit mon nom, ses yeux se rouvrirent; il les porta tour à tour sur elle et sur moi ; sa bouche essaya de balbutier quelques mots, et je sentis sa main répondre faiblement au serrement de la mienne, mais il retomba bientôt dans un lourd abattement et y resta plongé jusqu'au dernier soupir...
« A minuit, il avait cessé de souffrir. »
Par un rapprochement bizarre de date, Rouget de Lisle sortait de la vie juste dix ans après être sorti do prison. 26 juin 182G — 2G juin 183G.
Rouget de Lisle avait 7G ans. Les témoins de la déclaration de son décès furent : le baron François-Ange- Alexandre Rlein, âgé de G8 ans, maréchal de camp en retraite, commandeur de la Légion d'honneur, et Jacques- Philippe Voïart, rentier, âgé de 78 ans, rue des Vertus.
Les obsèques de Rouget eurent lieu le mardi 28 juin. Iles furent simples et modestes. Une députation de la irde nationale de Paris y assista, et une foule nomreuse d'ouvriers et d'habitants de Choisy-le-Roi suirent religieusement le cortège. Les coins du poêle irent portés par le général Blein, par le maire de lioisy, par M. de Quer, ancien administrateur des arlées, par M.Bra, statuaire, qui avait moulé la figure de ouget de Lisle à son lit de mort.
Deux discours furent prononcés sur sa tombe, l'un par ; général Blein, l'autre par M. Gindre de Mancy*.
Rouget fut enterré dans un enclos réservé par le énéral pour sa propre sépulture et celle de sa famille, ur le territoire de Thiais-les-Choisy. En 184»), le 0 mars, jour anniversaire de la naissance de Rouget, le énéral Blein inaugura le monument qu'il avait fait lever en l'honneur de son ami et qui était orné du eau portrait médaillon en marbre blanc sculpté par lavid d'Angers.
Le général Blein mourut, sa fille quitta Choisy. Elle rut devoir emporter le beau médaillon qui ornait la ombe de Rouget de Lisle. Elle le crut avec d'autant plus le raison que le temps attaquait déjà cette œuvre de
avid et qu'il aurait pu disparaître.
Le tombeau de de Lisle devint ce que deviennent en vénérai tous les tombeaux, les herbes et les plantes 'envahirent.
En 1801, la commune de Choisy décida que l'empla- •ement du cimetière recevrait une autre destination et lujourd'liui sur l'endroit où reposent les ossements des
1. Après rinliumation, les nombreux assistants, pour rendre hommage à Rouget de Lisle, entonnèrent avec entliousiasnie plusieurs couplets de la Marseillaise. Cet adieu fait d'un élan unanime produisit un effet touchant et grandiose.
ancêtres est construite l'école communale de Clioisy, des garçons et des filles, dans la rue de Vitry.
Le nouveau cimetière, installé aune plus grande distance de Choisy, date de 1853. Ce n'est qu'en 1861-1862 que les restes de Rouget de Lisle ont été transportés du cimetière où il avait été primitivement inhumé au cimetière actuel. C'est à la sollicitude de M. Perrolin, éditeur des chansons de Déranger, que ce pieux hommage a été rendu à la mémoire 'de l'auteur de la Marseillaise. Sans lui, personne ne saurait où il fut enterré. Déjà, en 1861, on a eu beaucoup de peine à retrouver la place où il avait été inhumé. Comme nous l'avons dit plus haut, la fille du général Dlein avait fait enlever le médaillon en marbre, œuvre de David d'Angers, les pierres tumulaires s'étaient dispersées, comme il arrive si souvent dans les cimetières abandonnés. On reconnut l'emplacement par des thuyas plantés autour du terrain acheté jadis par le général Blein. Quant aux restes mêmes de Rouget, ils étaient difficiles à reconnaître puisqu'on ne connaissait qu'imparfaitement l'endroit précis où il avait été inhumé. On était bien sur l'enceinte restreinte, il est vrai, mais il fallut avoir recours à une vieille bonne qui avait soigné Rouget de Lisle et qui reconnut ses ossements à une dent placée d'une façon toute particulière et à un anneau en or, qu'il tenait de sa mère, qu'il avait porté toute sa vie et qu'on retrouva parmi les ossements.
Ces détails nous ont été donnés par le fossoyeur même qui a déterré ses restes en 1861, la première fois que nous sommes allé sur les lieux faire des recherches et rendre une pieuse visite au tombeau de notre Tyrtéc.
Maintenant, donc, les restes de Rouget reposent dans le nouveau cimetière de Choisy-le-Roi, et dans un terrain acheté et concédé à perpétuité. Perrolin fit tous les frais de cette translation et de la tombe qui existe au-
jourd'hui. C'est le seul monument élevé à la mémoire de Rouget. Espérons que la France n'en restera pas là et qu'un jour Lons-le-Saulnier, Choisy-le-Roi ou Paris verront se dresser une statue digne de l'hymne immortel, la Marseillaise. La tombe de Rouget de Lisle est la quinzième à gauche en entrant dans le cimetière de Ghoisy, sous une allée de sycomores.
La première fois que nous l'avons visitée, en juillet 1871, à l'anniversaire de la prise de la Bastille, les murs du cimetière qui regardent Paris avaient été abattus par les Prussiens, et n'avaient point encore été relevés. Quelques tombes avaient été endommagées. C'est donc avec une double et triple émotion que nous visitions ce cimetière. La tombe de Rouget était un sujet de tristes et douloureuses réflexions, surtout en lisant l'inscription qui rappelait l'influence si énergique du Cha7it de la Marseillaise, quand nous venions d'être si cruellement lancés dans une guerre folle, trahis, vaincus et humiliés.
La pierre tumulaire, penchée vers le midi, de 60 centimètres d'élévation dans son côté le plus élevé et de 30 environ dans le côté le plus rapproché de terre, ne porte aucun signe religieux. L'inscription porte ces mots :
Ici repose :