‹ Rouget de LisleChapitre 13 sur 38 · CLAUDE-JOSEPH · texte numérisé non relu

CLAUDE-JOSEPH

né à Lons-le-Saulnier en 17G0, mort à Choisy-Ie-Roi en 1836.

Quand la Révolution française

en 1792

Eut à combattre les rois,

Il lui donna pour vaincre

Le Chant de la Marseillaise.

Au-dessous figure une torche renversée brochant deux palmes de feuillage*.

Courier entrepreneur — 4862, concession à perpétuité. — Nous citons textuellement les inscriptions pour en attester la date certaine. Un procès-verbal constatant la translation des restes de Rouget de Lisle est ainsi conçu : Ce jourd'hui, 8 nove?nbre 1861, ont été transportés de l'ancien cimetière de Choisy-le-Roi dans le nouveau, les restes mortels de C.-J. Rouget de Lisle, ancien capitaine du génie, par les soins de C. Perrotin, éditeur et mandataire universel de Déranger, poète national de France, et en son nom, en présence de MM. Gindre de Mancy, L. Normand et C. Perrotin.

Perrotin a élevé ce monument au nom de Déranger en disant :

« Il me restait quelques fonds provenant de la succession de Béranger; je ne pouvais mieux faire que de les employer à relever la mémoire de son ami Rouget de Lisle. »

Cet acte plein de délicatesse et qui fait le plus grand honneur à la sollicitude de C. Perrotin est ainsi un touchant témoignage de vénération rendu à la mémoire de deux grands hommes, patriotes et poètes, dont l'un contribua à défendre la patrie contre l'étranger, et l'autre à en expulser les rois qui voulaient la ramener sous le régime que la Révolution française avait détruit.

Honneur donc à ces trois hommes qu'un sentiment de reconnaissance réunit dans une même pensée grande et patriotique.

Quand Rouget de Lisle mourut, à part l'arrière-neveu qui lui survit aujourd'hui et qui regrette les dissensions

1. Ce tombeau a été restauré iiiomcntanénient par un adiuiratcur do Rouget de Lisle.

funestes survenues entre les frères faits naturellement pour s'aimer entre eux et se soutenir, à part cet arrièreneveu, Rouget n'avait plus qu'une cousine, M'" la baronne d'Expilly, qui répudia sa succession, riche cependant de souvenirs.

C'est dans la notice de Cornède-Miramont, déjà citée à propos de l'incarcération de Rouget en 1820, que nous trouvons cette note.

Elle n'est pas exactement conforme à la vérité, car Cornède-Miramont déclare que Rouget de Lisle n'avait ni frères, ni sœurs, ni neveux. Sans l'imparlialilé due à l'histoire, nous aurions omis ces détails toujours tristes quand ils annoncent des dissensions domestiques, de même que nous aurions glissé sur les malheurs de notre auteur de la Marseillaise.

L'histoire et la philosophie qui en découle doivent nous apprendre à vivre mieux que n'ont vécu nos ancêtres. En ce point, celle-ci offre un exemple aux frères qui oublient leur commune origine et les liens sacrés qui doivent les tenir toujours attachés les uns aux autres.

Au point de vue général, la nation française, ingrate et insoucieuse pour l'un de ses grands hommes, lui doit une réparation éclatante et un public hommage dont nous serions très heureux d'être un des promoteurs.

Un lierre est planté autour de la tombe de Rouget. Des plantes fleuries sont de temps à autre déposées au pied de sa tombe. Quelques couronnes, offrandes pieuses, sont placées sur un échalas grossier. Est-ce bien l'hommage qui convient au poète dont la conception sublime a valu tant de succès à nos soldats !

Aujourd'hui que nous publions ce travail, la nation a réparé son oubli. Rouget de Lisle a une statue à Choisyle-Roi, l'autre à Lons-le-Saulnier. Les habitants de Montaigu ont aussi rendu hommage au souvenir de leur illustre concitoyen en élevant dans la bourgade, sur leur petite place, une modeste colonne pyramidale moins fastueuse qu'une statue, mais dont l'idée fut inspirée par un sentiment aussi touchant que vrai.

Entraîné par l'histoire de la Marseillaise et les malheurs de son auteur, nous avons brusquement passé de sa sortie des prisons du Comité de salut public après le 9 thermidor, au moment où Rouget de Lisle quitta Montaigu, en 1847, après la vente de la maison paternelle. Nous allons combler la lacune de son histoire en la suivant pas à pas pour ainsi dire.

Tallien ne contribua pas pour peu cà la sortie de prison de Rouget, et quand ce dernier, se trouvant sans emploi, demanda au Comité de salut public à être réintégré dans ses fonctions, par une lettre datée du 3 ventôse an III, Tallien appuya cette demande en termes chaleureux : « Le nom seul de l'auteur de V Hymne des Marseillais « doit, dans un gouvernement juste, suffire pour lui ac- « corder ce qu'il demande. Rouget fut toujours patriote, ; « et il eut l'honneur d'être persécuté, incarcéré par les « Décemvirs. Je croirais faire une insulte à mes collègues « quedeleur recommander cette affaire. Ils sont patriotes « et justes. Ces deux titres suffisent. »

Telle est l'apostille que mit Tallien sur la demande

le Rouget ; nous l'avons trouvée aux archives nationales.

Merlin de Thionville appuya aussi la demande en ces termes :

« L'auteur de la Marseillaise qui a valu 100,000 hom- « mes à la République et qui est, d'ailleurs, très instruit (( dans l'art de la fortification, a bien, à mon avis, le

droit d'être employé au service de la République. »

Sous quel titre y rentra-t-il? rien ne l'indique, mais nous le retrouvons dans les sections chargées de repousser l'émeute qui voulait envahir la Chambre, le 12 germinal an III (1" avril 1795). On le retrouve encore dans les mêmes rangs le l'"" prairial (20 mai suivant). A cette époque, les émigrés, de concert avec les Anglais, avaient organisé une descente en Vendée et pris pour lieu de concentration de leurs forces la presqu'île de Ouiberon.

Tallien fut désigné avec le député du Finistère, Blad, pour accompagner le général Iloche chargé du commandement en chef. Tallien proposa à Rouget de ftiire partie de l'expédition avec le grade de capitaine du génie. Là, mis en relations avec Hoche, il devint son aide de camp.

Il assista donc aux luttes que l'armée républicaine eut à soutenir contre les émigrés et les Anglais coalisés. Il y reçut même une blessure, et son nom figure dans le rapport officiel.

Il a fait de cette expédition une histoire très exacte, simplement et très clairement écrite. Voilà donc un titre pour classer Rouget de Lisle parmi les historiens. Dans l'appréciation de ses œuvres, nous en citerons quelques passages.

Hoche fut promptement maître de ses adversaires et, par sa fermeté autant que par son énergie et sa bienveillance, il ramena le calme dans la Vendée, et Rouget, qui lui devenait inutile, revint à Paris avec Tallien.

Les sympathies que Tallien avait témoignées à plusieurs reprises à Rouget de Lisle n'avaient fait que resserrer davantage des liens d'aftectioii entre ces deux hommes. Donc, de retour à Paris, Rouget devint un des familiers du salon de M""" Tallien. Sa conversation était agréable, il faisait élégamment les vers, il jouait bien du violon. Toutes ces qualités le faisaient rechercher, peut-être connut-il là M'"' de Beauharnais, qui devint, en 17%, M"' Bonaparte. Il eut occasion de rendre très délicatement et avec une discrétion généreuse, un grand service à M"" Bonaparte qui, plus tard, se montra reconnaissante à son égard du service rendu.

Voilà dans quelles circonstances Rquget fut nommé à un poste dans ce que nous appelons aujourd'hui l'intendance militaire pour les fournitures de l'armée.

Alors, comme depuis la chose s'est renouvelée très souvent, les fournisseurs intriguaient et quelquefois, trop souvent, hélas! obtenaient, grâce à des pots-de-vin, des fournitures avantageuses à livrer. Dans l'une d'elles un banquier du nom de Goisson avait voulu faire du chantage en menaçant de faire connaître l'intervention de M"' Bonaparte dans un marché conclu, Rouget s'in- ■■' terposa et parvint àétoulïer le scandale dont on menaçait M"" Bonaparte.

Dans une lettre qu'il lui écrivit à la date du 29 frimaire, sans fixer l'année, il s'exprime ainsi :

« J'ignore si vous avec connaissance de l'attaque scan- « daleuse que M. Goisson vient de diriger contre nous. « Ce qui m'en révolte surtout, c'est de voir se réaliser, (( à point nommé, la prédiction que je vous fis dans le « \ems (sic)... y>

Plus loin il ajoute :

« ...Je dois vous prévenir de ce qui est, madame, ol

« vous renouveler la promesse que je vous lis aussi dans « le tems, que voire nom serait invioiableraent respecté « par nous dans toutes les discussions que cette alTairc <(. ferait naître... »

Cette lettre figurera entière dans la colleclion des œuvres laissées par Rouget de Lisle, le jour où un éditeur patriote voudra bien publier cette collection dont nous possédons intégralement une exacte et fidèle copie.

Rouget fut indigné des manœuvres qui se pratiquaient pour les fournitures militaires et comme nous l'avons dit déjà, il se retira de ces fonctions que ne lui permettaient pas de continuer la droiture de son âme et sa grande loyauté.

Plus tard, M°" Bonaparte témoigna sa reconnaissance à Rouget en sollicitant et obtenant pour lui la mission d'aller offrir, au nom du premier consul, des présents destinés au roi d'Espagne.

La faction des Muscadins à collet vert conspirait toujours contre la République, et à leur attaque à main armée, le 13 vendémiaire (5 octobre 1795), Rouget était dans les rangs de l'armée pour les repousser.

En ce moment aussi des négociations étaient entamées pour échanger la fille de Louis XVI, duchesse d'Angoulême, contre les députés Quinette, Bancal, Lamarque, Drouet et l'ex-ministre Bournonville que Dumouriez avait livrés aux Autrichiens.

La négociation devait avoir lieu à Bàle. Rouget offrit ses services pour obtenir cette mission délicate, mais il n'eut pas la satisfaction de les voir agréer; il fut blessé du refus et, quelque temps après, il résolut de donner sa démission de capitaine du génie.

A la date du 12 germinal an IV, il écrivait au ministre Delacroix :

(( Citoyen ministre,

« Vous vous rappelez, sans doute, les motifs qui me lïuidaient lorsque je sollicitais près de vous l'honneur d'être mis sur les rangs pour reconduire Mademoiselle de Bourbon, et les formes sous lesquelles cette proposition vous fut présentée.

« Vous vous rappelez, sans dDute aussi, que je vous laissai entièrement le juge des convenances qu'il m'était impossible de calculer; et que l'unique intérêt que j'attachasse à cette mission, était le désir d'adoucir, par les procédés d'un homme honnête et sensible, le sort et l'exil d'une malheureuse enfant, et de lui épargner, au moins dans cette dernière circonstance, les atrocités gratuites depuis si longtemps exercées contre elle.

« La preuve que des intentions si pures furent énoncées comme elles devaient l'être, c'est que vous les accueillîtes avec plaisir et que vous n'avez pas craint de vous en rendre l'interprète auprès du Directoire.

« Je ne reviendrai point sur la défaveur avec laquelle on les y a reçues, sur les inculpations, les déclamations qu'elles y ont excitées contre moi, si je n'apprenais qu'on cherche aujourd'hui à leur donner une nouvelle consistance, et à faire de ma demande le prétexte d'une nouvelle proscription, pour s'indemniser sans doute de ce que celle qu'on me suscita sous Robes n'a pas produit son entier effet.

(( J'en appelle à votre loyauté, citoyen ministre: elle vous suggérera, sans doute, de me fournir le moyen de confondre la malveillance qui me poursuit. Il suffit pour cela d'un mot de votre main qui rende hommage à la vérité : je vous connais trop bien pour douter de votre empressement à me l'accorder.

« Agréez ma respectueuse considération. »

La réponse du ministre des relations extérieures est ainsi conçue :

Paris, le 13 germinal de l'un IV de la République française, une et indivisible.

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