‹ Rouget de LisleChapitre 16 sur 38 · Voii' la note ii la fin ilu volume · texte numérisé non relu

Voii' la note ii la fin ilu volume

pouvez tirer un grand parti. Sauvez-la d'une intrigue infernale qui eut pour premier objet de la rejeter entre les griiïes de l'anarchie, sous les auspices et d'après les documents de cet infâme Dubois-Crancé : intrigue que suit maintenant par esprit de vengeance sa cupidité furieuse de n'avoir pu que se repaître et non s'assouvir, et que fomentent des scélérats implacables que l'échafaud réclame et qu'il aura, tôt ou tard, en dépit de leurs dignes protecteurs.

« Le mal est pressant, mais la guérison est dans vos mains; il en est temps encore, mais vous n'avez pas un instant à perdre.

« Que vous demandent les Balaves? Justice, indépendance, leur flessingue et un traité de commerce, ne fùt-il que provisoire.

(( Or, la raison, le droit des gens, les véritables intérêts de la République ne le demandent-ils pas avec eux?

« Je vous le répète : si vous voulez conserver ce pays à votre alliance, à l'industrie, à la liberté, si vous ne voulez pas que des méchants renversent Tédifice élevé par votre bon et fidèle Joubert et qu'il regardait comme le plus beau monument de sa gloire; si vous voulez épargner de nouveaux malheurs à l'humanité, un nouvel opprobre à la France, avec une tache ineffaçable à votre gloire et un outrage à l'ombre de votre ami, vous le pouvez, mais vous n'avez pas un moment à perdre.

« J'avais aussi à vous parler de la France.

« Ètes-vous content, consul? Je ne saurais le croire. Ce que je sais positivement, c'est qu'on voit avec une douloureuse surprise parmi vos conseillers d'Etat, quatre, cinq et même six noms qui repoussent invinciblement la confiance et auxquels sont attachés le mépris et l'animadversion.

« C'est qiie le Sénat, individuellement passable, ne

vaut rien dans son ensemble, témoins les choix qu'il fait.

« C'est qu'à peine un tiers du Tribunat mérite d'être avoué par la nation, que le second tiers est d'une insignifiance dégoûtante et le troisième odieux à l'excès.

(( Et quant au Corps législatif!!! ne vous le dissimulez pas, citoyen consul ! l'opinion publique se regarde comme entièrement déçue.

(( On se plaint de ce qu'on a, comme de coutume, méconnu ce grand principe : que les places ne sont pas faites pour les hommes, mais que les hommes doivent être faits pour les places.

« On gémit sur l'influence désastreuse, qui, dès qu'il s'agit du bonheur de la France, neutralise tout jusqu'aux intentions, jusqu'aux promesses de Bonaparte.

« On se demande avec efl'roi comment le nouvel ordre des choses pourra s'élever sur les mêmes bases pourries qui n'ont pu soutenir l'ancien.

« On lève les yeux vers le chapiteau et l'on a un moment d'espoir : on les baisse vers le piédestal et l'on désespère.

« On cite avec dérision tous ces noms de gens arrivés aux places sous les livrées de la commensalilé, sous les ailes du népotisme, sous les jupons de telle ou telle intrigante.

« On se répète avec indignation tous ces autres noms avilis, tarés, exécrés, qui auraient dû pour jamais disparaître des listes politiques.

« Ce n'est que du fumier retourné, disait-on, a ces « jours derniers, à la Halle», et à la Halle on a souvent raison .

« Ah ! l'événement n'autorise que trop à vous le demander. Pourquoi momentanément ne vous être pas élevé d'un cran plus haut, comment avez-vous pu vous

résoudre à partager la gloire de réparer, de fonder la République, à compromettre cette gloire en la partageant et en la partageant avec qui ? Quel rôle magnifique unique dans les annales du monde que celui d'être tout à la fois le Lycurgue et le Camille des Français ?

« Je sais qu'une impulsion puissante, telle que vous êtes capable de la donner, suffit souvent pour entraîner dans la bonne voie les corporations les plus vicieuses, et ce qui m'effraye, ce n'est pas tant la mauvaise organisation de vos corps politiques. Mais vous-même, comment vous passerez-vous des données qu'elle vous enlève dans l'opinion ? L'atteinte mortelle qu'elle porte à la confiance nationale, pourrez-vous y remédier ?

« Quoi qu'il en soit de la justesse de mes réflexions, permettez-moi un conseil. Ne vous lassez jamais de la consulter celle confiance nationale. Elle est la boussole qui doit vous guider dans votre épineuse carrière. Elle sera le thermomètre qui vous indiqueia si vos nouvelles institutions peuvent ou ne peuvent pas, doivent ou ne doivent pas être maintenues ; mais surtout quoi qu'il arrive, au nom de votre gloire, au nom de la patrie, ne cherchez jamais à la forcer ou à la suppléer. Du moment que vous y songeriez tout serait perdu.

« Il ne me reste plus qu'un mot à vous dire et il m'est personnel.

« L'oubli que vous avez fait ou laissé faire de moi, la froideur de votre accueil il y a quelques jours, tout m'annonce qu'on m'a desservi prés de vous.

« Si c'était sous les rapports qui intéressent l'honnête homme et lo bon citoyen, la calomnie en aurait fait tous les frais.

« Sous tout autre rapport, peu m'importe. Vraie ou fausse cette conjecture me forcera désormais de me tenir à l'écart. S'il arrivait que la République et vous

eussiez besoin d'un brave homme de plus, comptez sur moi.

(( Salut et respect,

« J. Rouget de Lisle. »

Comment le premier consul reçut-il les avis? il est probable qu'il n'y prêtait guère l'oreille, d'autant plus que dans les salons où allait Rouget de Lisle, il y circulait sous diverses formes des épigrammes et Rouget luimême y prêta la main. 11 ne désavoua pas une fable imitée du russe qui a pour titre :

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