‹ Rouget de LisleChapitre 19 sur 38 · NAPOLÉON · texte numérisé non relu

NAPOLÉON

Monstrnm Horrcndum!

Virgile, Enéide...

Qui dit Néron, dit un tyran féroce, L'horreur des dieux, le fléau des humains; Qui dit un tigre, exprime un monstre atroce Toujours en proie à ses goûts assassins. Qui dit Satan, dit un affreux génie, Ivre d'orgueil, fourbe, parjure, impie, Ne respirant qu'effroyables desseins.

Est-il un mot dont l'affreuse énergie Peigne à la fois tigre, Satan, Néron, Et pis encore? — Oui. — Quel? — Napoléon.

A partir de la nomination de l'empereur, Rouget de Lisle disparait complètement de la scène politique. Il n'avait pas d'emploi. Aucun document n'existe, et malgré nos recherches sur lui, nous n'avons rien pu découvrir sur sa vie. Il est probable qu'il passa ses loisirs à s'occuper d'art, de musique, de poésie. Nous ne retrouvons trace de son existence qu'en 1811, au moment où il revint au domicile paternel à Montaigu, à l'époque où mourut sa mère, le 20 mars, à l'âge de 77 ans.

M. Alphonse Clievassus, dans une brochure publiée en 1869 sur Rouget de Lisle, nous fournira de précieux détails sur notre héros devenu un bon campagnard jusqu'au moment où fut vendu aux enchères le domaine principal de la famille Rouget, le 46 novembre 1817, et à son départ de Montaigu en 1818.

Le village de Montaigu, placé h une altitude de plus de 500 mètres au sud-est de Lons-le-Saulnier, est admirablement placé. De là, on découvre la ville tout entière, l'immense plaine entrecoupée de coteaux fertiles plantés en vignes, ou parsemés de gras pâturages, d'habitations multipliées à l'infini. Le paysage qu'on découvre du coteau qui regarde la ville de Lons-le-Saulnier est splendide. Le mamelon de Montmorot apparaît, de là, avec ses maisons, les ruines de son vieux château et sa verdure comme une charmante oasis au milieu des champs fertiles.

C'est sur le coteau qui regarde la ville qu'est située la maison jadis propriété de la famille Rouget. On y pénètre au sud parla rue à peu près unique du village qui n'est éloigné de Lons-le-Saulnier que de quelques kilomètres. Une grille, modeste, une petite cour en parallélogramme donne accès à la demeure. A quelque distance de cette maison désormais historique, les habitants de Montaigu ont élevé une pyramide d'une dizaine de mètres en l'honneur de l'auteur de la Marseillaise. En face se trouve l'église du village dont la construclion doit remonter au xiv siècle. La maison Rouget se trouve à peu près au milieu entre la pyramide et l'église. Entre Montaigu et Lons-le-Saulnier se trouve la voie ferrée qui conduit vers Bourg ou Besançon, selon qu'on se dirige vers le sud ou vers le nord-est. Telle est à vol d'oiseau la situation actuelle de Montaigu.

C'est dans ce village que Rouget de Lisle a passé sa

jeunesse et c'est là qu'il revient en 1811, âgé de 51 ans. Sa situation de fortune était loin d'être brillante, nous avons expliqué comment la droiture de son caractère et sa grande loyauté lui avaient plutôt été nuisibles qu'utiles. C'est ainsi qu'il en a toujours été quand on vit dans le monde politique où les ambitions et les amours-propres créent un milieu d'intrigues et de déceptions. Les déceptions sont toujours le lot des hommes modestes et honnêtes, quels que soient d'ailleurs leur mérite ou leurs talents.

Avec quelle émotion Rouget dut-il relire les couplets qu'il avait écrits dans sa jeunesse sur Montaigu qu'il revoyait à l'âge mûr, après avois parcouru les étapes pleines d'illusions de la jeunesse et les sentiers rocailleux de l'âge viril et désillusionné.

La pièce de vers que nous reproduisons est extraite du recueil des Cinquante Chants français imhViéa en 1825 par Rouget.

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