CHANT DES INDUSTRIELS
Les temps préparés par nos pères, Les temps sont enfin arrivés :
Tous les obstacles sont levés; Nous touchons à nos jours prospères.
Déjà s'inclinent devant nous La force et l'erreur détrônées :
Quelques efforts, quelques journées, Elles tombent à nos genoux.
Honneur à nous, enfants de l'Industrie ! Honneur, honneur à nos heureux travaux!
Dans tous les arts, vainqueurs de nos rivaux. Soyons l'espoir, l'orgueil delà patrie (bis).
Déployant ses ailes dorées, L'Industrie aux cent mille bras, Joyeuse, parcourt nos climats.
Et fertilisant nos contrées Le désert se peuple à sa voix.
Le sol aride se féconde.
Et pour les délices du monde.
Au monde elle donne ses lois...
Honneur à nous, etc.
Par qui voit-on cicatrisée La trace de travaux divers ?
Sous le poids de tant de revers Qui soutient la France épuisée?
« Enfin, s'écriait l'étranger.
Enfin la France est ma victime. »
Quelles mains comblèrent l'abyme Oîi sa haine allait la plonger?...
Honneur à nous, etc.
Laissons dans sa basse mollesse Le sybarite végéter; Laissons le noble nous vanter Ce qu'il appelle sa noblesse.
Amis 1 les vrais nobles c'est nous, C'est nous de qui la vie active Produit et conserve et cultive, Dévouée au bonheur de tous.
Honneur à nous, enfants de l'Industrie ! Honneur, honneur à nos heureux travaux ! Dans tous les arts, vainqueurs de nos rivaux. Soyons l'espoir, l'orgueil de la patrie {bis).
Assurément ce chant n'est point dithyrambique, mais il pouvait avoir pour la circonstance son utilité. L'entreprise n'eut pas une conséquence qui fut longuement profitable à Rouget.
Il vivait toujours isolé de la famille qui lui restait. Nous avons vu qu'à un moment Rouget avait le dessein de partir pour Nantes et que ses ressources ne lui permirent pas d'accomplir ce voyage. Une circonstance vint se présenter qni remit en question ce voyage à Nantes. Le général Rouget le Ratave, qui y vivait, fit une chute de cheval et le bruit de sa mort se répandit. R.ouget de Lisle écrivit à son frère en lui offrant de l'aller voir. Il y avait fort longtemps qu'ils n'avaient échangé de correspondance. Des questions d'intérêt, à la suite de la vente de la maison paternelle, avaient été la cause de cette froideur entre les deux frères. Le Ratave avait touché intégralement tout ce qui lui revenait, il avait pris ses précautions pour cela, et à de Lisle il n'était resté qu'une modeste somme. La chute de cheval du Ratave avait été occasionnée par une congestion dont il guérit à la suite d'une saignée de 48 onces de sang et la santé lui revint
plus brillante que jamais. Malgré la réponse faite par le ;^énéral même et l'iiivilation un peu embarrassée, il est vrai, qu'elle contenait, Iiouget ne fit pas le voyage.
C'est en octobre 18^-2 que ce fait se passait.
Rouget resta donc à Paris, toujours dans une situation anxieuse et déplorable. La gêne frappait chaque jour davantage à sa porte et avec la gène les dettes forcées. Depuis quatre mois il attendait une rémunération pour les travaux qu'il avait faits dans la grande entreprise dont nousavons parlé. Il devait, je ne sais à qui, 'iO francs qui lui pesaient sur le cœur et qu'il ne pouvait rembourser. Il espérait gagner quelque argent en publiant son recueil, dont la publication ne devait pas s'élever à plus de 1,500 ou 2,000 francs qu'il n'avait pas. Il comptait sur les avances ou les remboursements que pourrait faire M. Ternaux, auteur de la brochure dans laquelle avait été inséré le chant. Au mois de septembre il avait eu enfin la bonne fortune de voir son ami Charles Weiss qui était venu passer quelque temps à Paris.
Il y eut entre ces deux hommes échange d'affectueux rapports qui font autant d'honneur k l'un qu'à l'autre. Charles Weiss fut une providence pour Rouget pendant son séjour à Paris.
Weiss se mit en quatre pour trouver des souscripteurs au volume des Chants français. Il ne reste pas trace de leuis relations pendant le séjour de Weiss à Paris, mais les lettres qui suivent prouvent que non seulement il n'y eût pas le plus léger incident fâcheux dans leurs rapports, mais un resserrement touchant dans les liens d'affections qui les rivaient pour ainsi dire l'un à l'autre.
Ils échangeaient leurs productions littéraires. C'était une consolation, voilà tout, mais qui n'apportait rien à l'office ni à la garde-robe du pauvre Rouget. « Ah ! mon « ami, la misère, la mauvaise santé ! quels éteignoirs î
« Je me trouve coiffé du premier, c'est bien plus qu'assez; « jugez de deux. — Quant à Nodier... Charles ! ne « comptez ni sur lui, ni sur son amitié, et n'en parlons « plus... »
La lettrejJans laquelle se trouvent ces passages est du 14 janvier 1823. Elle contient une fable imitée du russe, que nous publions ici :