MOI
Parler sans art, Penser sans fard.
C'est ma devise.
Aller, venir, Rester, courir, Veiller, dormir, Tout à ma guise, C'est mon plaisir.
Femme discrète Et jolietle, Mais pas coquette, C'est mon désir.
Pour la patrie Donner ma vie, C'est mon espoir.
Mauvaise tête, Le cœur honnête, C'est mon avoir.
Amour extrême Aux bonnes gens, Guerre aux méchants C'est mon système.
Ajoutons que ce sont de hardis essais, puisqu'on trouve parmi eux la Marseillaise sous le titre de Chant des Combals, vulgai-
rement f Hymne des Marseillais. l'estime que le volume a dû être goûté dans son temps. On ne le trouve plus aujourd'hui chez les libraires.
Il est rare et fort rare î heureux ceux qui le possèdent.
Un parent de Rouget de Lisle a eu la satisfaction, après des recherches inouïes, de rencontrer ce livre chez un collectionneur, et s'est empressé de Tacheter.
On y lit, sur le premier feuillet, une note de la main de Rouget de Lisle, indiquant que l'offrande en avait été faite au général Hoche.
C'est une riche trouvaille que ce livre, puisqu'il a appartenu un moment à un personnage de l'histoire.
On dit, c'est un bruit auquel on a peutêtre tort d'ajouter foi, que Carnot, mécontent pour cause, de l'une des poésies du recueil, aurait donné l'ordre de faire bonne justice de tous les exemplaires des Essais de Rouget de Lisle, et qu'on les aurait
détruits pour obéir au ministre de la guerre.
Ce fait, s'il est vrai, expliquerait naturellement la raison pour laquelle le parent du poêle a cheminé si longtemps avant de trouver sur sa route ce qu'il cherchait.
Le livre donné au général Hoche n'a pas subi le sort commun de ceux condamnés à périr.
Il y a donc eu, comme dans l'histoire sainte, un Moïse épargné, et la Marseillaise a été sauvée avec lui !
Hâtons-nous de dire aussi qu'elle n'aurait pas été perdue pour cela, puisque les hommes, les femmes, les enfants, nos soldats, tous les citoyens de la France, la chantaient depuis plus de trois ans.
Nous citerons l'époque de sa création :
C'est au mois d'avril 1792 que Rouget de Lisle la lança comme une bombe qui éclata au milieu de l'armée.
Et voici à quelle occasion :
Ici, pour plus d'exactitude, nous transcrivons les rens3ignements contenus dans une
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lettre adressée de Nancy, le 28 janvier 1 864, à M. Gindre de Mancy, par madame Voïart, dont nous aurons à parler plus amplement dans les derniers chapitres de ce volume, bien que son nom connu en littérature, ait déjà parlé suffisamment en sa faveur.
« . . . Pour ce qui concerne la véritable origine de la Marseillaise, votre version, celle du souper chez Dietrich, est la bonne. Je l'ai entendu conter vingt fois à Rouget de Lisle. Pendant ce repas, où il fut question d'un chant de guerre qu'on désirait pour le départ de l'armée qui devait avoir lieu le surlendemain, Dietrich dit à notre ami : — Voyons, Rouget, vous qui êtes poëte et musicien, faites-nous donc quelque chose qui vaille la peine d'être chanté. On nous a envoyé de Paris des espèces de pontsneufs sans caractère et sur des paroles insignifiantes ! . . . Le modeste jeune homme s'en défendit d'abord, alléguant les difficultés, le peu de temps. Mais la jeune et brillante assemblée applaudit avec trans-
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port à la proposition de son président ! — Oui ! oui ! Rouget, fais-nous cela; fais-nous un chant de guerre que nous chanterons joyeusement tous ensemble ! . . . Et pour l'exciter on remplit coup sur coup son verre de Champagne mousseux. Il cède à tant d'instances; il dit qu'il essayera, et sort enfin du souper vivement impressionné par les discours belliqueux qu'il vient d'entendre. . . En traversant les rues alors silencieuses, mais encombrées de chariots de guerre, de canons, de faisceaux d'armes, l'enthousiasme s'empare de lui. Rentré dans sa chambre garnie, il saisit son violon, et, lout en chantant la phrase musicale, les paroles venaient presque à son insu s'offrir d'elles-mêmes au rhythme guerrier qui résonnait dans sa pensée. — Car, m'a-t-il dit, je ne les écrivis que pour garder l'ordre qu'elles devaient occuper dans la mélodie. »
Ce récit s'accorde parfaitement du reste avec la déclaration formelle de Rouget de
Lisle qui, dans la publication de ses Cinquante Chants français, s'exprime en ces termes par une note placée en tête de l'Hymne des Marseillais (chant n° 23).
« Je fis les paroles et l'air de ce chant à Strasbourg, dans la nuit qui suivit la proclamation de la guerre, fin d'avril 4792. Intitulé d'abord Chant de f armée du Rhin, il parvint à Marseille par la voie d'un journal constitutionnel rédigé sous les auspices de l'illustre et malheureux Dietrich. Lorsqu'il fit son explosion, quelques mois après, j'étais errant en Alsace sous le poids d'une destitution encourue à ïiuningue pour avoir refusé d'adhérer à la catastrophe du 1 0 août, et poursuivi par la proscription immédiate qui, l'année suivante, dès le commencement de la Terreur, me jeta dans les prisons de Robespierre, d'où je ne sortis qu'après le 9 thermidor.
Une gravure de Cottin, d'après le tableau original peint par Pils, et appartenant au
ministère de l'intérieur, représente la famille du maire de Strasbourg, au milieu de laquelle, debout et le front découvert, se trouve le capitaine Rouget de Lisle.
Ce maire écoutant avec un intérêt mêlé de surprise le poëte noble et majestueux qui déclame le Chant de l'armée du Rhin, tandis qu'une jeune fille l'accompagne sur le piano, c'est Dietrich^ l'ami des arts et de la constitution. 11 fut. plus tard inquiété, ainsi que les siens, et conduit à Paris où il fut décapité.
Rouget de Lisle témoignait quelquefois par une larme tout le regret qu'il avait eu d'apprendre les malheurs de cette honorable famille. Cette larme renfermait sans doute un sentiment d'amour que la Terreur avait détruit aussi. Mais comme il ne nous appartient pas de sonder ce mystère, nous respecterons le secret de celui qui voulut vivre seul sur la terre après avoir été séparé de ses affections les plus chères. . .
Il fit donc la musique et les paroles du Chant de l'armée du Rhin.
Eh bien ! malgré la déclaration honnête et sincère du brave officier; car nous y croyons , il y a des gens qui ne craignent pas de dire hautement le contraire.
Nous en avons trouvé un exemple dans la Biographie des Musiciens, 2e édition publiée chez Didot, en 4 864.
M. Fétis, homme d'un talent incontestable, s'y exprime de la manière suivante :
« Navoigille est le véritable auteur du chant de la Marseillaise dont Rouget de Lisle n'avait composé que les paroles ; cependant on a toujours attribué au poêle la part du musicien. Rouget de Lisle ne démentit pas ce bruit, et même après la mort de Navoigille, il eut le tort de donner ce nouvelles éditions de ce beau chant, en so l'attribuant. Je possède la plus ancienne édition, publié en 4793, sur une petite feuille volante, semblable à toutes celles
des airs d'opéras et des chants patriotiques qu'on vendait alors six sous à la porte du théâtre. Elle a pour titre : Marche des Marseillais, paroles du citoyen Rouget de Liste, musique du citoyen Navoigille, à Paris, chez Frère, passage du Saumon, où l'on trouve tous les airs patriotiques des vrais sans-culottes. »
Nous en sommes fâché pour le citoyen Navoigille, s'il est venu au monde un an après Rouget de Lisîe ; mais il existe un exemplaire intitulé : Marche des Marseillais, chantée sur différents théâtres (sans nom d'auteur ni des paroles ni de la musique) édité en 1792, sur format in-octavo par l'imprimerie du Ministère de la guerre, rue Favart, à Paris.
D'un autre côté, M. Fétis, qui a été induit en erreur par la feuille volante de 4793, n'a sans doute pas eu sous les yeux les Essais en vers et en prose dont nous avons parlé; sans cela, il aurait reconnu que, dans cette édition, imprimée en 1796, Rouget de
Lisle a eu le soin de dire : « Toutes les pièces lyriques de ce recueil marquées d'un astérisque ont été mises en musique par Fauteur des paroles. » Et parmi ces pièces on trouve précisément le Chant des Combats ou Hxjmne des Marseillois, qui est marqué d'un astérisque.
Or, combien de fois faut-il répéter: Je me nomme Rouget de Liste?
Et puis encore, tous les grands maîtres et les grands compositeurs de musique ■n'ont-ils pas exprimé l'avis que nul autre que Fauteur des paroles n'avait pu faire la musique d'une œuvre où tout est incontestablement beau , poésie et chant? Les deux ne forment qu'une seule et même inspiration. Il n'y a plus qu'un moyen à employer si l'on n'est pas de cet avis, c'est de faire don de l'œuvre entière au sieur Navoigille, en disant que c'est lui qui a créé la Marseiltaise, et... personne n'y ajoutera foi, attendu qu'il n'a fait valoir aucun droit à cet égard, ni en 1792, ni en 4796.
Rouget de Lisle est né musicien ; mais il a fait tour à tour de la musique et de la littérature, pour prouver aussi qu'il était poëte.
Il a vécu des œuvres de sa plume et de son violon. Au moment de mourir... il a du prononcer tout bas :
Amour sacré de la patrie.
C'est la dernière note harmonieuse qui ^ s'échappa de sahouche.
Mais ne faut-il pas, quand le cygne n'est plus, qu'on lui arrache ses plumes? Les plus belles sont les meilleures à prendre.
Laissez donc à Rouget de Lisle sa Marseillaise ! car c'est lui qui a composé d'un seul trait d'union le chant et les paroles, X Ame et le Corps, comme il le disait.
Rouget de Lisle était un homme franc et loyal, qui n'aurait pas su mentir à sa conscience. Ce qu'il a dit à madame Voïart, celleci l'a répété, et ce qu'il a écrit lui-même dans son livre des Cinquante Chants français, est la vérité du testament. Il faut la respecter!
Un root encore :
A l'époque où le sieur Navoigille publiait à Paris la Marche des Marseillais dont il avait soi-disant fait la musique, Rouget de Lisle gémissait au fond d'une prison. Pouvait-il défendre ses œuvres? La Terreur ne lui en aurait donné ni la facilité, ni le temps...
La question tombe d'elle-même, avec la fraude du citoyen Navoigille.
Il y avait d'ailleurs plusieurs Marseillaises qu'on chantait alors et auxquelles Rouget de Lisle est demeuré étranger.
Son hymne de guerre, le voici: M. Gindre de Mancy en possède la musique primordiale, notée et corrigée de la main de l'auteur. C'est un précieux autographe.
Allons, enfants de la patrie !
Le jour de gloire est arrivé.
Contre nous de la tyrannie L'étendard sanglant est levé (bis).
Entendez-vous dans les campagnes Mugir ces féroces soldats?
Ils viennent, jusque dans nos bras, Egorger nos fils, nos compagnes ! . . .
Aux armes, citoyens ! formez vos bataillons : Marchez (bis), qu'un sang impur abreuve nos sillons,