ROUGET ÔE LIS LE
Noas y trouverons leur poussière Et la trace de leurs vertus !
Bien moins jaloux de leur survivre Que de partager leur cercueil, Nous aurons le sublime orgueil De les veoger ou de les suivre. . . .
Aux armes, citoyens I . . .
Deux autres stances, non imprimées, furent chantées comme appartenant à la Marseillaise, L'une d'elles, composée à propos des arbres de liberté, est d'une touche élégante. Houget de Lisle aurait pu très-cerlainement s'en déclarer l'auteur, s'il n'eût pas été en tout et partout l'honnête Rouget de ïjsle. ,
Donnons-la au lecteur :
Arbre sacré, recois le gage De notre amour et de nos vœux ; Puisses-tu grandir d'âge en âge, Et couvrir nos derniers neveux.
Que sous ton ombre hospibilière Le guerrier rencontre un abri ; Qoe le pauvre trouve un appui.
Et que tout Français trouve un frère!...
Aux armes, citoyens I. . .
Nous avons fait une réserve à Toccasion de la stance qui a été publiée à la suite des six couplets de la Marseillaise, et cela dans le but de terminer ce chapitre par une anecdote qui non-seulement est vraie, mais qui ne manque pas d'un certain sel. Elle donnera un échantillon de la franchise de Rouget de Lisle, tout en atteignant le flatteur qui ne vit pas toujours aux dépens de celui qui Técoute ; car il faut bien le dire, Rouget de Lisle^ qui avait ses amis, a eu aussi ses flatteurs.
On lui adressait, au temps heureux de sa retraite, des compliments exagérés sur ses œuvres. Il les recevait avec complaisance, de même que Béranger recevait de son côté les louanges fastidieuses que certaines gens lui prodiguaient pour se faire encenser euxmêmes. C'est Teffet du miroir qui renvoie à la personne qui le tient la figure qui est placée devant lui.
Rouget de Lisle était le miroir, certain jour qu'un jeune visiteur le salua.
ROUGBT DE LISLE. 57
Comme on doit naturellement le penser, la conversation eut pour sujet la littérature.
On parla de la poésie, et la moderne ne fut pas digne d'être comparée à Tancienne.
— On ne fait plus de chansons aujourd'hui, disait avec affectation le visiteur.
— Vous croyez, répondit Rouget de Lisle.
L*ami Béranger en compose de nouvelles tous les jours.
— Je le tiens pour une exception, répliqua le jeune homme en s'animant par degrés.
Lorsque je parle du présent, j'excepte Béranger comme étant un ancien grand maître aussi bien que Fauteur de la Marseillaise, Quel homme, en effet, produirait de nos jours un chant aussi vaillant, aussi magnanime que celui de la Marseillaise? Il n'y aura jamais deux Rouget de Lisle !
— J'accepte jusqu'à un certain point votre compliment; mais je vous ferai observer que la Marseillaise a plusieurs stances, et qu'elles ne sont pas toutes de même valeur.
Laquelle préférez-vous?
— Elles sont toutes sublimes! objecta le ilalleur. Cependant j'avouerai que jafiectionne singulièrement la dernière.
— Rappelez-moi donc les premiers vers de cette stance, dit avec intention Rouget de Lisle. La mémoire se perd avec Tâge...
— La mienne a toute sa fraîcheur, reprit le jeune homme.
Et il allait réctler complètement le couplet :
. Nous entrerons dans la carrière, etc.
Quand Rouget de Lisle Tinterrompit :
— Vous les trouvez beaux ces vers, mousieur? lui demanda-t-il avec aménité.
— Fort beaux !
— Je suis doublement flatté de votre éloge, que je crois sincère, mais, ajouta-t-il en souriant, le couplet que vous vantez n'est pas de moi.
Les événements du 40 août 4792, et par suite desquels la déchéance de Louis XVI fut prononcée, sont trop connus pour que nous les rapportions dans ce livre. Nous n'avons d'ailleurs pas l'intention de discuter la valeur des faits qui se sont accomplis au moment d'une tempête révolutionnaire.
Nous voulons seulement rappeler une époque qui se rattache à la vie de Rouget de Lisle, et qui brisa sa carrière militaire.
L'oflicier du génie nous a dit lui-même,
de son propre aveu, qu'il avait refusé à Huningue de donner son adhésion à la manifestation populaire, et qu*il avait encouru pour ce refus une disgrâce qui lui enleva son épéeen 1793.
11 fut destitué, proscrit et obligé de se réfugier dans FAlsace, pour n'avoir pas sanctionné par son vote le renversement du trône et fêté l'anniversaire du 1 août.-
En homme d'honneur, il accepta son exil; car il se croyait lié par son ancien serment et ne voulait pas prêter celui à la haine des rois.
Elle se reposa donc cette épée qui avait brillé devant le soleil des combats et les flots harmonieux de la Marseillaise, à Jemmapes et à Nerwinde, en présence du duc de Chartres; mais elle ne vendit pas sa liberté.
Rouget de Lisle pensait vivre ignoré, lorsqu'au bout de quelques mois il fut inquiété dans sa retraite et pris par des agents terroristes qui le jetèrent dans une prison à Saint-Germain-en-Laye.
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Il eut le bonheur d*en sortir quelque temps après la mort de Robespierre, avec le petit nombre d'individus qui échappèrent aux massacres des prisons et à la guillotine. . .
Pendant son séjour à Strasbourg, Rouget de Lisle, avait composé, outre son Chant du Rhin, une pièce de vers dont il fit aussi la musique, et qu'il appela : Roland à Roncevaux, Sa date est du mois de mai 4792, c'est-à-dire peu de jours après la naissance du premier chant.
Ou trouve le chant national de Roland à Roncevaux dans Tédition des Essais en vers et en prose, et dans celle des Vicloires et Conquêtes des Français, Il est en tête des Cinquanta Chants de Fauteur, et se compose de neuf stances, parmi lesquelles on relit avec plaisir ce beau défi jeté à la face des ennemis de la France.
Combien sont-ils? combien sont-ils?
— Qoel bomme ennemi de sa gloire