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— DemandeE-moi ce que tous voudret»
le roi vous l'aeeerdera.
— le ne demande rien pour moi, répondit Bérang»*, mus, si j-en Aim la permission, je solliciterais une pension pour un anbien miBUiiré qui a versé son sang pont son pays, et que personne encore n^a soogé à récompenser. Ce brave miUtaire, c'est mon ami... c*esl Rouget de Lisle, Tauteur de (a Marseitiaieef qui cacbe sa pauvreté à Cboisy-le-Roi.
Les paroles de Béranger furent reportées à Louis-Philippe qui, lui non plus, ne fit pas attendre sa réponse.
Un brevet de pensiod dont les fonds fu* rcBt pris sur sa cassette était accompagné de la lettre suivante :
« V Hymne ées MarseUlaia^réveïïié dans le cœur du roi des souvenirs qui lui sont chers; il n'a point oublié que Fauteur de ce. chant patriotique fut Tun de ses camarades d*«rme8. »
Bérai^er aurait pu être satisfait du ré-
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sulut de sa bonne action, mais il voulut <Iu*eUe fftt suivie de deux autres.
11 sollicita encore... et obtint, pour son protégé, deut nouvelles pensions : Tune de mille francs sur la liste civile, Tautre de douze cents francs sur le ministère de Tinteneur.
Le général Blein, le vieux baron de FEmpire, celui qui fut dangereusement atteint en 4 835, lors de Tezplosion de la machine infernale de Fieschi, et qui portait d^à des preuves irrévocables de ses services militaires , moins occupé de verser un baume salutaire sur ses anciennes blessures que de répandre des bienfaits sur ses amis , s'était mis aussi en campagne pour Rouget de Lisle.
Il avait demandé et obtenu la croix d*bonneur. Ce fut le 6 décembre 4 830 qu'elle fut décernée au défenseur de la patrie.
Rouget de Lisle allait la recevoir comme un témoignage rendu à ses vieux services, lorsqu'il se rappela tout aussitôt que Bé-
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ranger ne portait aucun insigne de gloire.
Il se récria :
— Non, mon ami, non, comte, dit-il au général Blein, je ne mérite pas la croix d^honneur? L'auteur de la MargeiUaise doit s*effacer devant Béranger. G*est lui... lui, Béranger, le véritable chantre de la France^ le défenseur de sa gloire et de nos libertés!
Portez-lui le prix de ses triomphes avec mes témoignages affectueux. Je veux voir la croix d'honneur, non sur ma poitrine, mais sur la sienne.
Les insunces du général Blein furent vives; mais Rouget de Lisle, toujours ferme dans ses résolutions, ne voulut rien écouter ni rien entendre.
Il fallait la voix de Béranger pour trancher la question.
— C'est un enfant que votre Rouget de Lisle; il s*6terait volontiers de la bouche un bonbon rouge pour me Toffrir. Il Ta, qu'il le garde! Pourquoi n'aimerait-il pas les douceurs, lui qui a dû les désirer toute
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sa vie, et qui ii*a toujours ?écu qve de {iri- Tations?
Reportez-hii donc la croix d^honneiir qui lui est bien légîtittieiiieDi due. Dites-lui que je n*ai rien fait éL ue ferai jamais irien pour l'atoir.
S'il refusaileneore* rappelez«lui que tous êtes son général et qu*il doit you» dbéir. . .
Un refUa, dans la ^» a quelquefois sa rais<» d'élre, suHout lorsqu'il s*agity par ee refus, de défendre les droit» de l'équité et de l'honneur; mais doit -on refuser ce que la main d'un ami nous donne? doit-on refuser rinsigne éclatant qui nous relève aux yeux des hommes et nous fait briller devant eux sans intrigue et sans baasesae.
Rougei de Lisle pesa toutes ces considérations, et, comme il ne pouvais faire autrement que de comprendre la noble conduite du général Blm, il accepta l'étoile de l'honneur.
A Ghoisy-le-Roi, Rouget de Lisle vivait joyeux et content de son sort. Il avait pu»
grâce aux retenus providentiels qui lui étaient échus, éteindre certaines dettes qu'il avait à cœur d*acquitter. Déjà même il songeait à ce qu'il pourrait l'aire du restant^de sa petite fortune pour soulager les pauvres qu'il rencontrerait sur sa route.
Et rheureux vieillard souriait à la vie et au soleil qui réchauffait ses membres} refroidis par Tâge.
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On le voyait qui se promenait chaque jour le long de la grande avenue de Ghoisy, et fort souvent un livre à la main. Il portait une longue redingote d*officier, un chapeau à larges bords et une forte peiTuque, laquelle, soit dit entre nous, le vieillissait un peu; mais on reconnaissait toujours llouget de Lisle, à son air doux et bon, à son attitude noble et chevaleresque.
Rentré chez lui, il lisait, il écrivait ou se livrait tout entier à la conversation de ses hôtes aimables et spirituels.
En 4 834, il prit part à. la. publication des Mifmaireê de tauBf. et doma, dans le second volunw de- cet intéressant ouvrage, la relHH tion^ exacte de TeipéditioD de Quiberon, où ih «fai« glorieusement payé de sa personne.
Une jolie nouvelle en prose, Rota mou-rmUêi wrtît également de la plume de Rou* get de Lisle.
1^ umt une correspondance smvie avec ses amis. Rétanger et M. Oindre de Maney étaient ceux sur lesquels il reportait toute
sa sollkitude. Il s'informail de leurs i velles aussitôt qu'il était privé die les voir, et s'inquiétait en tout temps de la prospérité de la France.
Parfois, le gai chansonnier se plaisait à tourmenter Rouget de Liste sur l'emploi de ses revenus^
— Qu'allez -vous devenir maintenant, lui disait-il, avec une fortune aussi considérable ?
Béranger ressemblait de la sorte à ces bons horticulteurs qui ont pris plaisir à charger de fleurs et de fruits leurs visiteurs, et qui se récréent ensuite de rembarras où se trouvent ceux qu'ils ont comblés de présents.
Et Rouget de Lisle répondait spirituellement aux plaisanteries de son bienfaiteur.
Nous possédons une lettre qu'il adressa à M. Gindre de Mancy, à la date <fa 2 février 1830.
C'est antérieur aux événements heureux qne nous venons de raconter. Nous l'offrons
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toulefois au lecteur, persuadé qu'il ne sera pas fâché de la connaître :
« J'ai prévenu Béranger, mon cber ami, il vous verra avec grand plaisir, et vous remettra deux de ces fratras que vous savez :
l'un pour la société compatriote, et Tautre pour vous, si le cœur vous en dit. Dans tous les cas, madame pourra s'en servir pour faire des papillotes.
< J'attendais pour vous écrire la réponse de Béranger qui s'est fait attendre; vu qu'il a été malade depuis deux mois, s'il ne l'est encore. Sa poitrine parait être dans un état inquiétant. Vous le trouverez le jeudi et le dimanche, rue des Martyrs, n"* 23. Âllez-y jeudi, si vous pouvez, et parlez-lui de vos Bucoliques. Moi-même je lui en ai dit quelques mots.
« Que font nos Tercy? Ce frère, mort en odeur de sainteté^ m'écrit-on, à cela près, je crois pas grand' chose , sera-t-il meilleur pour eux dans l'autre monde que dans celui-ci?. . . Ah ! ne me parlez pas des frères!
« Et VOUS, OÙ en êtes vous?
« Je comptais aller à Paris, demain; mais le froid me cloue au coin de mon feu... »
Dans cette lettre on a dû comprendre que par le mol fatras Rouget de Lisle a voulu désigner son recueil des Cinquante Chants français. C'est ainsi qu'il traite ses compositions. Pourrait-on douter encore de sa modestie à l'égard de ses œuvres?
Il n'a jamais essayé de les faire valoir aux dépens de celles d' autrui. Il les a plutôt négligées en tout temps.
11 indique à M. Gindre de Mancy le jour où celui-ci pourra#enconlrer Béranger pour lui oflFrir son élégante traduction des Buco^ ligues de 'Yirgile, et il termine sa. lettre en se plaignant des frères et du froid.
Ses plaintes étaient fondées. Un frère l'avait chassé du domaine de Montaigu, pour vendre cet héritage ; quant au froid , celui des prisons lui avait glacé les membres.
r/hiver, auprès d'un bon feu^ Rouget de
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Lisle aimait qu'on lui rendit vi»te. Ses réceplioDs étaient affables et pleines de courtoisie. Il appartenait à Tancienne noblesse par le cœur et la distinction des sentiments.
C'était une grande saUsIaction pour lui que de raconter en petit comité les événements qui lui étaient arrhes, notamment Taventure relative au chien qui lui avak sauvé la vie.
C'est aussi près de Tfttre que se passa la petite scène que nons avons reproduite plus haut touchant un couplet ajouté à la MarseiUaise»
Mais hélas! quand o» est au déclin de rage, il reste sur les derniers sentiers de la vie fort j[>eu de fleurs à cueillir. Il n'y a pins de bonheur durable. Il n'y a pas de Irait qui n*ait d'ailleurs sa piqûre de ver au cœur.
Rouget de Lisle avait été cruellement atteint par le mal que lui avait causé son incarcération à Sainte*Pélagie.
Son attaque d* apoplexie et quelques
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symptômes de paralysie q« semblaient 4e menacer encore étaient les piéeunears dkn nonteau mal qui devait remporter. ..
Ici je cède la plume à M. Gôuire 4e If ancy qui a été le triste témoin 4e ce -qn^ûl ta nous dire :
« L*hiTer de 4835, si rude, si humide, si long, porta uu c^p fatal à la santé de Rouget de Lisle. Un catharre pulmonaîiv, dont les approches se manifestaient di^s quelque temps^ prit tout d*un coup un lel caractère de gravité que, sans les soinaJMfin entendus qui lui furent ausntèt adminhrtréfi, il en eût été infailliblement étoulfi^. Peu à peu, les symptômes les pins alaroantfi 4taparurent; le malade reprit quelques fetess^ et, au mois d^avril, il put se lever, «angar à table, se promener dans le jardin et rts- |Mrer avec délices Tair tiède et emhanmé du printemps. Je le lâs dans cet heureux **§heminement à la santé, et sa guériaM alors paraissait assurée ; mais le mob suivant, ordinairement doux, ramena, en rânnée-
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4836, les frimas et, avec eux, pour le pauvre conTalescent, une rechute qui fut, hélas ! la dernière. Averti de cet accident, je courus aussitôt à Choisy-le-Roi. Il était levé, et son état donnait encore quelques espérances. Le mal ne fit ensuite qu*empirer de jour en jour. Lui^ d'ailleurs parfaitement calme, suivait avec une docilité peu conforme à rimpatience de son caractère, les prescriptions du docteur Garrère, son médecin, et paraissait résigné au sacrifice de sa vie. Le samedi au soir 25 juin, une crise terrible commença son agonie. Le médecin ne croyait pas même le retrouver en vie le lendemain. Quelques instants auparavant, il avait recueilli toutes ses facultés, comme s'il eût senti qu'elles allaient pour toujours . lui échapper, et avait fait à madame Yoîart les plus touchants adieux, couvrant ses mains de baisers et de larmes, l'appelant son ange gardien, son sauveur, et la remerciant, dans toute l'effusion de son cœur, de lui avoir rendu ses derniers jours si doux.
si fortunés!. . . Le lendemain matin, j'étais auprès de lui ; mais dans quel état, grand Dieu, je le .trouvai ! Il ne reconnaissait plus personne; ses yeux étaient fermés, ses traits entièrement décomposés, et une respiration pénible, souvent interrompue, annonçait seule qu'un reste de vie animait ce corps souffrant. A mon arrivée cependant, et lorsque madame Voïart lui eut dit mon nom, ses yeux se rouvrirent; il les porta tour à tour sur elle et sur moi ; sa bouche essaya de balbutier quelques mots, et je sentis sa main répondre faiblement au serrement de la mienne, mais il retomba bientôt dans un lourd abattement, et y resta plongé jusqu'au dernier soupir.... A minuit, il avait cessé de souffrir. . . »
Nous devons faire ici le rapprochement de deux dates que personne n'oubliera.
C'est le 26 juin 4826 que Rouget de Lisle sortit de prison. Ce fut le 26 juin 1836 qu'il sortit de la vie.
Puisse-t-il jouir dans un monde meilleur