‹ Rouget de Lisle et la MarseillaiseChapitre 20 sur 24 · ROUGET SE LI8LB · texte numérisé non relu

ROUGET SE LI8LB

général Blôii, q«i ami •blean en 4843, rautorisation de placer Rouget de Lisle dans un endos réserré pour sa propre sépulture et celle èe sa famlle, sur le territoire de Thiais-les-Choisy , inaugura^ le 40 mars 4846, jour anniversaire de la naiflsanee de son illustre aun^ le monu»

ment qu'il avait élevé à sa mémoire.

On y plaça son portrait, beau médaillon «n marbre que P. J. David (é^Angers) avait sculpté tout exprès.

Le peuple assista celte fois encore à la nouvelle cérémonie , et M. Gindre de Maney, qui s'était proenré une couronne de fleurs cueillies à Montaigu dans le jardin qui avait reçu les premiers pas de Rouget de Lisle, déposa cette couronne sur la tombe, après avoir lu la pièce de vers suivante :

Et moi je tiens aassi, dans la fiinèhre enceinte, Te payer mon tribnt, ombre chère, ombre sainte ! Sur eette pierre encore hnmide de nos pleurs, Je Yiens des monts lointains t'apporter quelques fleors.

ROUGET DE LISLB. lU

Des flears de ce taa d plein de ta Méineifc.

D'oè, clairon des oomlnte et fimfaie de gleiie. Ta grande yoix, d'écho» en échos» réaonna, Et, SOT le monde entier, hante et fière, tonna.

De mes pieases mains, reçois cet hvnlrte hommage,

Et qo'il orne nn moment le marbre où ton image.

Sons le hardi cisean dn noutean Hiidiat,

Vit, respire et triomphe k jamais du trépas !

Des denx oh ta t'assieds près de ces grands poStes,

Des volontés de Dien redoutés interprètes,

Et dont la lyre encor tressaille avec fierté

Aux beanx noms des vertus et de la liberté.

Jette un regard propice ici, loin dn tumulte,

Sur ce groupe d'amis fidèles à ton culte.

Qui viennent envers toi, sons les eafanes eypW's,

De la patrie entière acquitter les regrets !

Puis tout ce peuple enfin qoi', dans ce jour suprême, D'un hommage empressé vient t'honorer lui«-mème. Toi. dont l'hymne sublime enftmta ses héros.

Et porta le frisson ao ccBur de ses bourreanz; Toi, par qui, sur lein frenti brisantses vieillesçhtîne::. Il reconquit ses droits, il sttfsflt ses hunes. Bt sur fai liberté fonda, par ses exploits.

L'indestraetible empire et de l'ordre et des leis.

Oui. peuple, tons ces biens qui te semblaient un rêve, Le terme inespéré du long joug qui te grève.

112 IlOUGET D£ LISLE.

L'égftlité sur tons étendant son niveao, Et commençant pour l'homme on âge (ont nouveau ; Des droits et des devoirs le parfait équilibre. Ce ciel plus doux vers qui s'élève ton firont libre, De son dôme éclatant le jour pur qui t'a lui, Ces cbamps que pour toi seul tu sèmes aujourd'hui. Et qui des blonds épis de la moisson dorée Partout t'offirent aux yeux l'espérance adorée ; La science en toute ftme épendant son trésor. Aux vertus, au mérite ouvrant un large essor, Et du chaume élevant aux dignités premières Tes enfants qu'éclaira le feu de sa lumière.

Puis, avec les tyrans, ces luttes corps à corps. Et ces combats sans fin oii, bravant mille morts. Tu brisas leur pouvoir comme un roseau fragile. Et scellas de ton sang le nouvel Évangile, Par qui d'un même pas marchant au même but.

Un jour l'humanité te devra son salut. . .

Voilà ce qu'ont ravi tes mains victorieuses l Voilà tes lauriers saints, tes palmes glorieuses. Et rinefbble prix de ton sang généreux I Peuple, voilà pourquoi nos pères valeureux, Aux accents inspirés de l'hymne des batailles, Ont vaincu tant de rois, forcé tant de murailles. Et planté sur tout sol, de leur bras indompté, L'étendard rédempteur de notre liberté.

ROUGET DE LISLK. 113

Donc, 81 dans l'ombre encor, les rois ou leurs ministres Ourdissaient contre toi quelques trames sinistres. . . Sur l'arche de tes droits s'ils étendaient la main ! Ou si, là-bas, du Nord l'autocrate inhumain.

L'implacable bourreau des Polonais, nos frères, T'osait porter l'insulte et la menace allière. . . peuple, j'en appelle à tes nobles instincts, A tes grands souvenirs, à tes futurs destins, A ce qu'il est en toi de cœur, de sang et d'âme ! Alors pour écraser la tyrannie infâme, Foulant d'un pied vengeur le paternel sentier, Tu renaîtrais soudain le même et tout entier ! Alors, comme autrefois, de tes vertes campagnes, Du fond de tes hameaux, des flancs de tes montagnes. L'arme au bras, vers le Rhin on te verrait courir. Et ta devise encor serait : Vaincre ou mourir! Et, dans tes fortes mains, de ton vaste oriflamme, Au souffle d'un vent pur se déploierait la flamme ; Et des cieux entr'ouverts, tes vaillants et tes forts T'applaudiraient en chœur, béniraient tesefl'orts. . . Puis ton chantre héroïque, en la mêlée horrible, Reviendrait te conduire, et, de sa voix terrible, Il s'écrierait, planant au loin sur les sillons : Aux armes, àtoyent I forme% vos bataillons !

Ces Ters, pleins de vigueur et vivement sentis^ furent chaleureusement applaudis par tous les assistants. L'auteur les répéta

114 B0U6BT DB LISLB.

le soir avec la même verve, ches le maire de Thiais, en présence du général Blein, du sculpteur David et de nombreux invités.

Ainsi, par deux fois différantes et dans Tespace de dix années, les honneurs funèbres furent dignement rendus à Rouget de Lisle. Chaque fois, la c^émonie fut grande et solennelle. Il y manquait pourtant les grands du monde, qui semblaient oublier encore celui qui avait favorisé par ses chants héroïques Tétat de leurs grandeurs. .,

Aussi ce manque de leur part fut-il vivement relevé dans les vers d.e madame Amable Tastu, lorsqu*elle dit :

Page 1