‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 10 sur 124 · MARY-CLiQrET, Bouget de Lisle, p · texte numérisé non relu

MARY-CLiQrET, Bouget de Lisle, p

plus loin : racontant les circonstances relatives à la naissance de la Marseillaise^ il ne craint pas de rendre Rouget de Lisie amoureux d'une des nièces du maire de Strasbourg, pensant évidemment rendre ainsi son récit plus attachant*. Le malheur est que, de tous ces braves gens, pas un n'avait reçu les confidences de Rouget de Lisle: il ne les avait faites à personne ; aucun de ses biographes franc-comtois, les seuls qui l'aient vraiment connu, ne parle de ses amours, pa.-) plus pour sa jeunesse que pour la suite de sa vie. Avant que le malheur se fût définitivement arrêté sur lui, il passait pour un homme aimable, allait dans le monde, se plaisant dans la société des dames et recherché par elles ; on a retrouvé dans sa correspondance nombre de lettres écrites par des femmes qui semblent avoir été fort séduites par son talent et sa personne^ : sa vanité en fut évidemment satisfaite, mais son cœur n'en parut pas troublé. Si Rouget de Lisle fut jamais amoureux, il a gardé son secret pour lui.

Par contre, un souvenir de ce temps lui est resté profondément. Il allait voir quelquefois au château de Versailles une jeune dame de ses parents qui faisait partie de la suite de la reine. Un jour qu'il était chez elle, on frappe à la porte: « C'est la

i. Poisle-Desgranoes, Rouget de Lisle et la Marseillaise^ p. 46.

2. Catalogue d'autographes, vente du 26 novembre 1883, Eug. Gharavay, n^ 247.

reine ! » s'écrie la dame ; et, pleine de trouble, elle se hâte de cacher le jeune homme dans Talcove, derrière les rideaux. Pourquoi cacher dans ttoe alcôve un cousin qui vient faire une innocente visite à sa cousine, ou un neveu à sa tante, c'est ce que je ne saurais dire ; je me borne à suivre fidèlement le biographe qui a recueilli le récit de la bouche de Rouget de Lisle, rien de plus.

Marie-Antoinette entra, accompagnée de Madame Elisabeth, et bientôt les deux jeunes princesses, •< un moment débarrassées du joug de l'étiquette, se mirent à jouer, à sauter, à courir, à se livrer à toute la vive et innocente gaîté de leur âge. » Ce divertissement royal piquait naturellement au plus haut point la curiosité de Télève de l'École militaire, qui ne tarda pas longtemps à trahir sa présence: surprise générale, confusion des coupables, explications et protestations de fidélité; et la reine, qu'on désarmait facilement avec quelques paroles marquant de la « sensibilité », parla à Rouget de Lisle avec bonté et avec sa grâce coutumiùre, et le laissa tout ému de cette rencontre*. Il ne l'oublia jamais, et Ton peut croire, étant donnée sa'nature encline aux illusions sentimentales, qu'elle ne fut pas sans influence sur la suite de la vie. Quand, la Révolution venue, le chantre de la Marseillaise ^véfera briser son épée et renoncer à sa carrière plutôt que de reconnaître la légitimité des événe-

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